Cellou Dalein Diallo et Mamadou Sylla

Quand on voit les résultats provisoires des élections législatives, on se rend compte que le boycott de ces élections par l’opposition la plus représentative a eu tout son pesant d’or. En effet, lorsque le parti qui a obtenu le plus grand nombre de sièges n’a que 4, contre 37 lors des élections de 2013, on voit bien que désormais le RPG est seul maître à bord. Et pourtant, le boycott de ces élections par les principaux partis de l’opposition avait fait rêver certains petits partis qui voyaient leur président comme nouveau chef de file de l’opposition. Beaucoup ont déchanté.

Et contre toute attente, c’est Mamadou Sylla qui sera le futur chef de file de cette opposition parlementaire. Parce que, contrairement à ce qui s’est passé jusqu’ici, il y aura une opposition extra parlementaire qui va donner du fil à retordre au pouvoir. L’UDG, qui arrive deuxième, sera donc le premier parti de l’opposition parlementaire. Son président jubile déjà. A ceux qui l’accusent d’avoir poignardé ses anciens alliés de l’opposition dans le cœur, il répond qu’il n’a trahi personne mais a suivi la direction du vent.

Tous ceux qui connaissent Alpha Condé savent que l’homme ne fait rien pour rien. Pour lui tout est calculé avant la mise en œuvre. C’est ainsi qu’en initiant le poste de chef de file de l’opposition, il avait réussi par l’octroi de cette fonction honorifique et protocolaire – dotée tout de même d’un budget- là où il avait échoué par la répression et l’intimidation : diviser l’opposition.

Le chef de file de l’opposition n’est pas nommé. C’est le président du parti de l’opposition qui a le plus grand nombre de députés à l’assemblée nationale qui devient de facto le chef de file de l’opposition. Le poste revenait de droit à celui qui donnait – et qui donne encore aujourd’hui – de l’insomnie à Sékoutouréyah. Ce n’était pas anodin.
La décision avait suscité la jalousie au sein de l’opposition. D’autant plus que le poste n’était pas que protocolaire. Il était aussi juteux. Non seulement Cellou Dalein Diallo était désigné chef de file de l’opposition sans la consultation de ses pairs de cette opposition dans sa diversité et sa pluralité, mais il avait un budget. Ce choix apporte de l’eau au moulin du pouvoir. Lequel parvient à semer la discorde entre ses pires ennemis.

Et puisqu’un vieil adage nous apprend que l’ennemi de ton ennemi est ton ami, le pouvoir tend la perche à ceux qui, il y a quelques temps encore étaient les plus virulents à son égard. Les deux Aboubacar, Sylla et Soumah, et Mouctar Diallo acceptent la main tendue par le pouvoir. Ils signent un mariage de raison avec ce pouvoir. C’est le début de l’isolement du chef de file de l’opposition. Cellou est accusé de faire de l’UFDG « first » en préférant ses propres cadres à ses alliés pour la candidature pour les futures échéances électorales. Mais d’autres l’accusent d’être trop avare.

Il aura fallu l’obsession pour une nouvelle constitution pour voir à nouveau une certaine union sacrée de l’opposition. Ou ce qui en reste. Une opposition regroupant malgré tout les principales personnalités qui comptent sur l’échiquier politique. En effet, lorsque vous avez à la fois Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Faya Millimono, Ousmane Kaba, Bah Oury et beaucoup d’autres, vous avez les poids lourds de la classe politique guinéenne.
Pour sa part, Alpha Condé ne pouvait pas espérer mieux que d’avoir un chef de file comme Mamadou Sylla. Non seulement c’est un ancien allié mais c’est aussi un homme d’affaires arrivé à la politique par accident. En tous les cas, cette réalité est l’illustration la plus parfaite que notre démocratie a encore du chemin à faire. Entre le premier et le second selon les résultats de ces élections il y a près de 95% de sièges. C’est inédit.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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