Les propriétaires de bars et autres motels du quartier Ansoumanya, relevant de la préfecture de Dubréka, ressentent durement le poids de l’état d’urgence sanitaire décrété pour freiner la propagation du coronavirus. Ils trouvent nécessaire la prise d’une telle décision mais plaident pour un allègement leur permettant de mener leurs activités, surtout que la gendarmerie de Samatran effectue des arrestations régulières sur les lieux. Tel est le constat fait à Ansoumanya par un reporter de Guineematin.com dans la journée de ce jeudi, 9 avril 2020.

Certains responsables des bars et motels du quartier Ansoumanya ne veulent plus se soumettre à cette mesure restrictive de l’Etat. Selon eux, ces lieux de loisirs sont leurs seules sources de revenus.

Felix Soumaoro, propriétaire du bar  »156 pieds » Ansoumanayh

C’est le cas de Félix Soumaoro, propriétaire du bar dénommé 156 pieds à Ansoumanya, comptable de profession. « Je suis d’avis avec cette mesure prise par le président Alpha Condé de procéder à la fermeture des bars et motels sur toute l’étendue du territoire dans le but de lutter contre la propagation de ce virus dans le pays. Mais, il faudrait que le président Alpha Condé sache que nous qui sommes responsables de ces lieux de loisirs ici, tous nos revenus financiers viennent de là. C’est-à-dire que quand un membre de ma famille est malade, c’est l’argent de ce bar qui le guérit, ainsi que notre nourriture et autres dépenses indispensables. Je ne travaille pas il y a deux ans. C’est le bar qui me permet de faire vivre ma famille. Vraiment, je compatis avec l’Etat par rapport à la lutte pour freiner la propagation de ce virus dans le pays ; mais, je lui demande de desserrer un peu cette mesure restrictive parce que nos conditions de vie dépendent de la vente quotidienne de ces bars. S’il faut que nous trouvions nous-mêmes les matériels sanitaires pour protéger nos clients, nous le ferons sans problèmes ».

Toutefois, Félix Soumaoro dit ne pas pouvoir continuer à fermer son bar, surtout qu’il est victime d’abus de la part de la gendarmerie. « Nous n’accepterons pas que l’Etat nous confisque nos vies pendant qu’il ne cherche pas à nous arranger à cette période de crise sanitaire. C’est pourquoi je dis, en tant que porte-parole des responsables de bars et motels à Ansoumanya, que nous en avons assez de cette mesure restrictive de l’Etat qui ne fait que nous appauvrir. Voyez-vous que les forces de l’ordre font souvent des irruptions dans les bars et ils ramassent plusieurs personnes pour les déposer à la gendarmerie de Samatran. Ils payent une somme de 200 à 250 mille GNF pour leur libération. Nous ne fermerons pas nos lieux de loisirs, que cela reste clair pour nos décideurs », a-t-il lancé.

Moise Haba, patron du motel Kilimandjaro

Pour le patron du motel Kilimandjaro, Moise Haba, l’Etat doit accepter qu’ils exercent leurs activités en prenant des mesures d’hygiène conséquentes pour prévenir le coronavirus. « Nous sommes fatigués de cette mesure restrictive parce que ce sont nos bars et motels qui nous font vivre et font vivre nos familles. C’est vrai que nous sommes diplômés des universités mais, nous avons décidons de créer nous-mêmes nos entreprises pour pouvoir joindre les deux bouts. Je reste d’avis avec le président Alpha Condé de prendre des mesures restrictives pour lutter contre la propagation du coronavirus dans le pays mais, s’il faut qu’à cette période de crise que les forces de l’ordre nous tombent dessus chaque jour pour nous racketter parce que nous n’avons pas respecté cette mesure, je dirai non à ça. Ce que je voudrais demander à l’Etat, c’est de nous permettre de nous organiser nous-mêmes, en exigeant à tout responsable de bar et motel à Ansoumanya de mettre des kits de lavage mains devant leurs lieux de loisirs, tout en demandant aux clients de respecter la distanciation sociale. Il faut que l’Etat sache que nous sommes déterminés à ouvrir nos bars et motels parce que c’est ce qui nous fait vivre », a martelé Moise Haba.

Mohamed Guilavogui, diplômé sans emploi

Les clients des bars et motels d’Ansoumanya ont été victimes des agissements des gendarmes, à l’image de Mohamed Guilavogui, diplômé sans emploi. « Cette mesure restrictive de fermer les bars et motels est une bonne décision. Mais, s’il faut qu’à cette période de crise sanitaire, que les forces de l’ordre, qui sont censés nous sécuriser, se permettent de s’enrichir sur le dos des pauvres, ça me fait peur. J’ai été victime d’abus des forces de l’ordre. Quand ils sont venus me trouver dans un bar avant-hier le mardi, aux environs de 10 heures, ils m’ont pris en me brutalisant. Ils m’ont jeté dans leur pickup comme un bœuf. Ils m’ont frappé jusqu’à la gendarmerie de Samatran. Arrivé sur les lieux, ils m’ont demandé de leur donner une somme de 250.000 fg pour que je sois libéré. C’est ainsi que j’ai appelé ma sœur qui est venue sur les lieux. Elle a payé une somme de 200.000 fg pour que je sois libéré. Je pense que l’Etat doit revoir ces mesures restrictives contre le coronavirus parce que les forces de l’ordre se servent de ça pour meurtrir le peuple, et cela est grave », dénonce-t-il.

Léon Kolié pour Guineematin.com

Tel : 661 74 99 64

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