Selon les dernières informations, Oumar Sylla, connu sous le nom de Foniké Mangué, chargé de la mobilisation du Front national pour la défense de la constitution, a été arrêté ce vendredi par des inconnus. L’arrestation de cette figure de proue de la société civile guinéenne en pleine crise sanitaire romprait de facto une trêve non écrite entre le FNDC et le pouvoir. Et pourtant, ce dernier, à travers le premier magistrat du pays, avait appelé lundi dernier à une union sacrée de tous les Guinéens pendant cette épreuve difficile que le pays, à l’instar du monde entier, traverse.

Si cette arrestation se confirme, deux hypothèses sont envisageables : soit l’appel du chef de l’Etat à une union sacrée de tous les Guinéens pour faire face à la pandémie n’était pas sincère, soit les extrémistes n’obéissent plus à leur chef. Dans un cas comme dans l’autre, c’est grave. Au moment où tous les pays vident leurs prisons, le nôtre irait à contre-courant de l’Afrique et du reste du monde.

Alors qu’il aurait dû se contenter de sa victoire, à la fois pour les élections législatives et pour l’adoption de la nouvelle constitution, le régime durcirait sa position. Les responsables locaux du FNDC font l’objet d’intimidation voire de persécution dans plusieurs préfectures de l’intérieur du pays.

L’arrestation de cet activiste intervient à un moment où le FNDC brandit la menace de reprendre ses manifestations. Il demande à ses antennes de se mettre en ordre de bataille. Arguant la légitime défense. Les deux parties se livrent donc à une véritable surenchère. Chacun se disant que la meilleure manière de se défendre est d’attaquer l’adversaire. Les caciques passent à la vitesse supérieure par l’arrestation de celui-là même qui avait assumé l’intérim du numéro 1 quand ce dernier fut à son tour arrêté.

Le moins que l’on puisse dire est que cette arrestation serait la goutte d’eau qui va faire déborder le vase. C’est celui qui était sur le point de tomber en sanglot qui aura reçu une paire de gifle. Et pourtant, malgré une telle provocation, le déclenchement de nouvelles manifestations par le FNDC pourrait être contreproductif pour ce mouvement.
Le contexte n’est pas favorable. Partout dans le monde, les manifestants ont marqué une pause. Que ce soit en France, à Hong Kong, en Algérie, au Soudan ou au Liban, partout les manifestants ont observé un « cessez-le-feu ». Le FNDC ne fera pas exception. A moins que le mouvement veille se mettre sur le banc de la communauté nationale et internationale. A chaque chose son temps.

Ceci dit, dans tous ces pays les gouvernements ont aussi mis de l’eau dans leur vin. Devant le drame humanitaire auquel on assiste impuissant, aucune partie ne doit jeter de l’huile sur le feu. C’est apparemment ce que le régime guinéen veut faire. Mais devant l’épreuve, l’adversité doit céder la place, sinon à la fraternité, tout au moins à l’entente. D’autres ont donné le ton. Au Sénégal voisin, le président et ses opposants accordent leurs violons pendant cette épreuve. Preuve, s’il en était besoin, que la Patrie doit être au-dessus de partis.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin