Alors que la Guinée avance dangereusement vers le cap de 500 personnes positives au nouveau coronavirus, les ONG de défense des droits humains multiplient les appels pour la libération des prisonniers en Guinée. La démarche vise surtout à éviter une propagation du COVID-19 dans les prisons surpeuplées du pays. Mais, les autorités guinéennes semblent encore dubitatives sur l’utilité d’une telle mesure dans la lutte contre cette pandémie qui a sème des cadavres à travers le monde. En tout cas, le gouvernement traîne les pas ; même si au ministère de la justice, on affirme que la procédure de libération de prisonniers pour désengorger les maisons d’arrêt est à la phase finale.

C’est une situation embarrassante pour les autorités du monde entier. La crise sanitaire due au nouveau coronavirus exige des sacrifices, des mesures exceptionnelles de la part de chaque Etat de la planète. Avec la progression fulgurante du COVID-19, le Haut-commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU (organisation des Nations-Unies) a appelé à la libération des détenus à travers le monde. Cette institution onusienne a notamment suggéré la mise en liberté des « détenus les plus âgés, ceux qui sont malades et les délinquants présentant un risque faible » pour leur société.

Depuis cet appel de détresse qui consiste à désengorger les prisons afin d’éviter des vagues de contamination au COVID-19 en milieu carcéral, plusieurs pays ont pris des initiatives tendant à préserver la santé et sauver la vie de plusieurs milliers de personnes qui croupissaient en prison pour des infractions différentes. En Afrique où les maisons d’arrêt son souvent surpeuplées, plusieurs prisonniers ont recouvré leur liberté au Niger (1 540 détenus), au Maroc (plus 5 600 détenus), en Ethiopie (quelque 4 000 détenus), en Algérie (plus de 5 000 détenus), en Lybie (1 347 détenus), au Nigéria (plus de 52 000 détenus), en République Démocratique du Congo (près de 1 200 détenus)…

En Guinée, malgré les appels des ONG de défense des droits humains et la montée en flèche du nombre de cas confirmés du COVID-19, les autorités refusent encore d’ouvrir les portes des prisons. Officiellement, le pays compte 477 cas confirmés de coronavirus avec 3 morts ; et, rien ne semble présager un arrêt ou une diminution de la progression de cette maladie dans le pays. Et, la situation des détenus, dont le nombre dépassent de loin la capacité des prisons, inquiète « Avocat sans frontière ». Le président de cette ONG, Me Labilé Christophe Koné, appelle l’Etat guinéen à prendre « des mesures humaines » en faveur des personnes condamnées et qui tendent vers la fin de leurs peines.

« Cette maladie a pris le monde de court. Et, il est vraiment sage, puisque nous vivons sur la terre des hommes, que nous ayons des pensées humaines pour les uns et pour les autres. Il y a certes des gens qui ont commis des infractions et qui sont en train de purger des peines ; mais, il faut qu’il y ait des mesures à un certain moment pour désengorger un peu nos prisons. Et, Avocat sans frontière serait vraiment heureux qu’on puisse prendre des mesures humaines pour revoir la situation des gens au niveau de nos différentes prisons. Nous saluerons une telle décision en République de Guinée… Il faut prendre des mesures pour les personnes qui sont condamnées et qui tendent vers la fin de leurs peines. Et, même pour ceux qui sont en détention préventive, dont les dossiers se trouvent dans les cabinets d’instruction, il faut prendre des mesures d’élargissement. Je suis convaincu que la plupart de ces personnes-là ont des avocats ; et, ils souhaiteraient une garantie de représentation… La vie humaine n’a pas de prix, c’est la raison pour laquelle notre pays a banni la peine de mort. Alors, pourquoi laisser des personnes qui vont courir des risques de mourir par rapport à ce que nous sommes en train de vivre (la pandémie de COVID-19). Je demande à nos dirigeants de faire un peu comme les autres sont en train de faire dans le monde. Ça sera vraiment salutaire et humanitaire », a confié Me Labilé Christophe Koné, joint au téléphone par Guineematin.com hier, vendredi 17 avril 2020.

Egalement joint au téléphone par un reporter de Guineematin.com, le chargé de communication du ministère de la justice s’est montré rassurant. Sékou Keïta a laissé entendre qu’une procédure de mise en liberté des détenus est déjà en cours.

« C’est prévu une libération des prisonniers ; et, nous sommes à la phase finale. D’un moment à l’autre, il vous sera notifié le décret de grâce. Vous savez que la Guinée est un cas spécifique. Il faut que nous soyons vraiment très proportionnels en termes de sélection de ceux qui doivent être libérés. Vous savez que chaque fois, il y a des failles en termes de grâce de prisonniers. Et, donc, pour éviter ça, nous sommes obligés d’être stricts. Mais, c’est pratiquement fini cette procédure », a indiqué Sékou Keïta.

A suivre !

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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