Moussa Yéro Bah

Comme annoncé précédemment, madame Sow Moussa Yéro Bah, journaliste à la radio Espace FM, est guérie du coronavirus. Elle a quitté le centre de traitement épidémiologique (CTE) de Donka ce jeudi, 23 avril 2020. Juste après sa sortie de l’hôpital, elle a accordé une interview à Guineematin.com, au cours de laquelle notre consœur est revenue sur sa prise en charge au CTE de Donka et ce qui lui a permis de vaincre la maladie.

Décryptage !

Guineematin.com : après 20 jours d’hospitalisation, vous avez été déclarée guérie du Covid-19. Quel est le sentiment qui vous anime aujourd’hui après avoir retrouvé votre famille ?

Moussa Yéro Bah : c’est un sentiment de joie, de fierté d’avoir pu vaincre le virus. Parce que je vous dis que ça a été un long combat, 20 jours vous l’avez dit. C’est un sentiment aussi de réconfort parce que c’est grâce à toutes les personnes qui ont pu nous soutenir : autorités, personnes anonymes confondues, tous les citoyens d’ici et ailleurs qui ont pu nous soutenir et encourager à travers des appels, à travers des messages, à travers les réseaux sociaux, que nous avons pu tenir jusqu’au bout. J’ai l’impression que c’est le soutien de tous les Guinéens d’où qu’ils soient, des anonymes, des femmes, des hommes, des jeunes, c’est ce qui m’a permis aujourd’hui d’arriver à bout du Covid-19 et aujourd’hui je suis très réconfortée. Je sors en me disant que oui, j’étais sur le bon chemin et qu’il faut continuer sur cette lancée, continuer le combat qu’on était en train de mener.

Guineematin.com : comment s’est passée votre prise en charge à Donka ? Parce qu’en tant que femme enceinte, on se dit que votre situation était particulière.

Moussa Yéro Bah : oui, ma situation était particulière. C’est ce qui explique d’ailleurs le fait que j’ai duré au CTE de Donka. Parce que je n’ai pas été soumise au même traitement que tout le monde. Les gens prenaient plutôt de la Chloroquine et de l’Azithromycine, mais moi j’ai pris un antibiotique pour éviter la surinfection. Le reste du travail a été fait par mon organisme (rires), qui a finalement pu après quatre (4) prélèvement vaincre le virus. Il faut remercier le bon Dieu. Grâce à Dieu ça s’est bien passé avec des hauts et des bas. Et, les médecins ont été là, les infirmières, tout le monde s’inquiétait finalement parce que vous l’avez dit, je suis en état de famille. Tout le monde se demandait quand est-ce que j’allais sortir de l’hôpital surtout que je suis en état très avancé de grossesse. Et je pense que finalement Dieu a répondu aux différents appels, aux différentes prières et aujourd’hui je suis sortie guérie.

Guineematin.com : on sait que n’a pas été rose à Donka. Vous avez dénoncé par moments la qualité de la prise en charge, mais aussi du repas servi aux malades.

Moussa Yéro Bah : la prise en charge à Donka s’est faite avec des hauts et des bas, tout n’a pas été rose. Heureusement pour moi, ma famille m’apportait à manger. Donc, les dénonciations que je faisais étaient pour l’ensemble des malades pour que les choses s’améliorent. Parce que lorsque nous faisons des critiques, c’est pour aider notre pays aussi à aller de l’avant. Et, au fur et à mesure que nous en parlions, les choses s’amélioraient. Au départ, par rapport à l’hygiène par exemple, c’était très difficile, les gens faisaient trois jours avant de venir changer les draps. Mais entretemps, à chaque fois qu’on a parlé, ils ont réussi à améliorer les choses. Et parfois, ces derniers temps, ils peuvent venir une ou deux fois par jour pour le nettoyage.

Il en est de même pour l’alimentation. Les repas qu’on amène pour les malades, au début, c’était un peu compliqué par rapport au respect des timings. Le petit déjeuner à un moment donné restait jusqu’à midi avant de venir. Lorsqu’on a parlé, les choses se sont améliorées. Ils ont de temps à autre respecté l’heure, même si parfois ça peut toujours retarder comme avant-hier où le dîner est arrivé à 22 heures pour les malades. Mais, je pense qu’il ne faut pas se lasser de les alerter, les ramener sur la bonne voie. Les autorités ont aussi besoin qu’on leur rappelle à l’ordre parce qu’elles sont là pour nous. Tout ce travail qui est en train d’être fait, c’est pour le peuple et donc il ne faut jamais se lasser d’alerter quand les choses ne marchent pas et reconnaitre le bien fait quand c’est le cas.

Guineematin.com : malgré les multiples dégâts causés par le Covid-19, il y a des personnes qui ne croient toujours pas à son existence. Qu’avez-vous à dire à ces derniers ?

Moussa Yéro Bah : je pense qu’il faut y croire. Vous avez vu, chaque jour, les chiffres sont en train d’augmenter, on tend vers les 1000 cas en Guinée. Ça veut dire que la maladie est une réalité en Guinée : il y a des porteurs sains (qui ne présentent pas de symptômes) et des gens qui peuvent développer des symptômes. Et donc, il ne faut pas penser que la maladie n’existe pas. J’en suis un exemple, moi j’ai été une porteuse saine. A part la perte de l’odorat, je n’ai pas eu grand-chose. Par contre, d’autres tombent malades réellement. Et, il ne faut pas attendre de tomber malade et avoir des difficultés respiratoires pour aller à l’hôpital. Il faut aller à l’hôpital pour se faire soigner avant que les poumons ne soient atteints. Parce que quand vous avez des difficultés respiratoires, ça devient très compliqué.

Il ne faut pas se gêner, il ne faut pas du tout avoir peur d’aller à l’hôpital. Il faut y aller parce que les gens sont en train d’être débordés tellement que les chiffres sont en train de grimper. Aux personnes alitées, il ne faut pas rester dans les quartiers et attendre qu’on vienne vous chercher. En le faisant, vous dispersez les efforts des médecins. Il faut que les gens y croient. Il suffit de voir ailleurs ce qui se passe dans les pays les plus développés, où les gens n’ont pas pu canaliser la maladie. Il ne faut donc pas blaguer avec. Surtout que nous savons qu’ici, nous n’avons pas suffisamment de moyens pour cette prise en charge. Nous prions Dieu que ça ne déborde pas plus que cela, sinon ça risque d’être très compliqué. Il faudrait que les gens respectent les mesures barrières, que les gens comprennent que cette maladie est une réalité et que ça peut tuer beaucoup de personnes.

Guineematin.com : avez-vous un dernier mot ?

Moussa Yéro Bah : un mot de remerciement à l’endroit de tout le peuple de Guinée. Quand je dis tout le monde, il s’agit des Guinéens d’ici et d’ailleurs qui nous ont soutenus, les autorités, les personnes anonymes, ces personnes qui nous ont appelés en larmes, pour compatir à cette situation que nous avons vécue. Ce qui nous a permis d’avoir le moral, de se battre et d’aller jusqu’au bout de cette maladie.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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