Réagissant à la session inaugurale de la nouvelle assemblée nationale, un opposant a estimé que c’est le comité central du RPG qui s’est réuni au palais du peuple. Un autre a martelé que le chef de file de l’opposition guinéenne reste et demeure Cellou Dalein Diallo. Or, si c’est le président du parti de l’opposition qui a obtenu le plus grand nombre d’élus au parlement qui devient le chef de file de l’opposition, ce statut revient de droit à Mamadou Sylla, président de l’UDG, qui a obtenu 4 élus. Un nombre qui fait sourire les observateurs.

Une démocratie qui avance à reculons

A titre de comparaison, après les élections législatives de septembre 2013, une alliance électorale regroupant seulement deux partis politiques avait raflé 47 sièges. A ceux-là il fallait ajouter d’autres formations politiques qui avaient obtenu eux aussi un certain nombre de sièges. Deux ans après la consécration de son leader, le RPG avait certes obtenu une majorité mais s’était vu obliger de partager la gestion du pays avec l’opposition. Il y avait encore un semblant de démocratie, estime un opposant visiblement nostalgique de cette époque.

Depuis, toutes les autres élections qui se sont déroulées dans le pays ont démontré que le parti au pouvoir était en perte de vitesse. Particulièrement les dernières élections communales et communautaires de février 2018. Au terme des résultats proclamés par la CENI, le parti au pouvoir fut incapable d’obtenir une seule marie de la capitale.

L’obligeant à modifier les résultats d’un vote de 45 personnes pour s’octroyer une victoire à l’arrachée à Matoto. Il en sera de même pour Kindia où, grâce à une stratégie jugée peu démocratique, le même parti s’accaparera la mairie.
Il est inutile de dire que tous les résultats de ces différentes élections ont fini par convaincre le RPG à revoir sa stratégie. C’est au regard de la contre-performance du parti au pouvoir que la volonté du chef de l’Etat d’organiser des élections inclusives a été battue en brèche. Le principal intéressé réalise que face à son opposition il lui était difficile d’avoir en même temps des élections inclusives, issues d’un fichier électoral consensuel et une majorité à l’assemblée nationale. Du coup, il fallait tout mettre en œuvre pour que l’opposition boycotte les élections.

La désillusion des citoyens

La page kaki tournée en 2010, les Guinéens, dans leur grande majorité, espéraient enfin que la démocratie, telle qu’ils l’observent sous d’autres cieux, aura droit de cité en Guinée. Avec un président de la République élu, même de manière contestée par une partie de l’opposition, une assemblée nationale au sein de laquelle deux partis politiques ont à eux seuls obtenu 47 élus, la démocratie avait fini par s’imposer face à la dictature. Malheureusement, d’année après année, scrutin après scrutin, les illusions se sont effondrées comme un château de cartes.

D’un chef de file de l’opposition ayant à lui seul 37 élus au parlement, le pays se retrouve avec un autre ayant 4 députés. Ce qui en dit long sur une démocratie désormais agonisante. Les nouveaux députés promettent que la nouvelle assemblée ne sera pas une simple chambre d’enregistrement. Mais personne ne se fait la moindre illusion. Là où les désormais anciens députés de l’opposition n’avaient pu faire le contrepoids face à une majorité qui avait réussi à imposer ses lois, ce n’est pas une ultra minorité qui va changer les choses. Encore faudrait-il que cette minorité existe.

Faut-il craindre la nouvelle Assemblée nationale ?

Devant la détermination de tous les Guinéens à arracher la liberté et la démocratie, les autorités ont répondu favorablement à cette volonté populaire. Même si les textes souffrent d’application, ils existent. Avec une assemblée nationale monocolore, les citoyens en général et les défenseurs des droits de l’homme en particulier craignent un retour en arrière par le vote d’un certain nombre de lois liberticides.

Mais, le combat est loin d’être gagné pour le RPG. Car il est illusoire de penser un seul instant que les Guinéens, qui n’ont pas baissé l’échine devant les pouvoirs militaires, le feront devant un régime civil.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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