Le port du masque de protection, rendu obligatoire en Guinée depuis le 18 avril 2020, n’épargne pas les prisons. La mesure, visant à stopper la propagation du coronavirus dans le pays, vient de rentrer en vigueur à la maison centrale de Conakry. Et, elle cause déjà des soucis à certains détenus, qui ne sont pas en mesure de se trouver un masque. L’un d’entre eux a contacté la rédaction de Guineematin.com par téléphone pour se plaindre de cette situation. Il dénonce une décision insensée.

« Ils (les responsables de la prison, ndlr) ont dit que le port de masque est obligatoire à la maison centrale, et que tout prisonnier qui ne porte pas de masque aura à faire aux agents de la garde pénitentiaire. Ces agents sont actuellement en train de faire des patrouilles dans la prison. Quand on prend quelqu’un qui ne porte pas de masque, on le transfère dans la cale qu’on appelle Couloir. C’est là-bas la véritable prison, c’est dans cette cale où se trouvent les grands bandits.

Il y a entre 10 et 15 prisonniers qui ont déjà été interpellés par les agents, parce qu’ils ne portent pas de masque. Mais, je trouve que cette décision est tout à fait absurde. Nous, nous sommes des prisonniers, comment est-ce qu’on peut avoir de l’argent pour acheter des masques ? Pourtant, il y a des équipements comprenant beaucoup de masques qui ont été envoyés ici, mais on ne connait pas la destination de ces masques », confie notre source.

Selon lui, tous les prisonniers qui ont des masques, c’est soit leurs parents qui les ont envoyés pour eux ou alors ils les ont achetés avec un tailleur installé dans l’enceinte de la maison carcérale et qui produit des masques. Ce détenu dénonce un manque de volonté des autorités de lutter efficacement contre la propagation de la pandémie du Covid-19 dans le pays. Sinon, dit-il, « on devrait distribuer des masques à tous les prisonniers et faire en sorte qu’ils ne soient pas serrés dans les cellules ».

Dans les cellules justement, notre source souligne qu’il est actuellement impossible de respecter les gestes barrières, comme la distanciation sociale. Cela, en raison du nombre élevé des détenus. « Au moment où je vous parle, il y a une équipe de la Croix-Rouge qui est là pour apporter des médicaments aux prisonniers et les sensibiliser sur le respect des mesures préventives contre le coronavirus.

Ils nous demandent de respecter la distanciation sociale pour éviter la transmission de la maladie dans la prison. Mais, étant donné que nous sommes nombreux dans les cales (le nombre varie entre 50 et 75), d’autres sont entassés presque comme des boites de sardines, c’est impossible de faire une distance de sécurité ici. Donc, je crois que ces mesures barrières ne peuvent pas être respectées ici », a-t-il révélé.

La maison centrale de Conakry a déjà été touchée par le coronavirus. Récemment, plusieurs décès ont été enregistrés dans cette prison, la plus grande du pays. Des informations ont laissé entendre que les victimes ont été tuées par le Covi-19. Ce qui a poussé le ministère de la justice à communiquer sur le sujet. Le département a annoncé que parmi les détenus décédés, un seul a été testé positif au coronavirus.

Malgré tout, les autorités guinéennes tardent à mettre en application les recommandations de l’OMS, relatives à la libération des prisonniers politiques et des autres détenus condamnés pour délits de droit commun. Ce qui permettrait de désengorger les prisons. Le ministère de la justice s’est contenté d’annoncer la désinfection totale de la maison centrale de Conakry après la confirmation d’au moins un cas de Covid-19 dans la prison.

Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

Tel. 628 12 43 62

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