Amara Camara, journaliste et rédacteur en chef de la radio nationale

Comme annoncé précédemment, il n’y a pas de cérémonie commémorative de la journée mondiale de la liberté de la presse, ce dimanche 03 mai 2020, en Guinée. Cela, en raison de la crise sanitaire liée à la pandémie du coronavirus qui sévit dans le pays. Malgré tout, cette journée ne passe pas inaperçue. Les professionnels de médias mettent l’occasion à profit pour se prononcer sur la situation de la liberté de la presse en Guinée. C’est le cas du journaliste Amara Camara, rédacteur en chef de la radio nationale, interrogé par Guineematin.com sur le sujet. Il estime que la liberté de la presse a encore du chemin à parcourir dans le pays.

« Je pense que l’année 2019 a été une année difficile pour la presse guinéenne, toutes tendances confondues, parce qu’il y a eu quand même des interpellations. Quand je me rappelle du cas de Lansana Camara qui a été interpellé et mis en prison pendant quelques jours, au moins une semaine, je me dis qu’il y a des problèmes. Je me rappelle aussi du cas de Souleymane Diallo et d’Abou Bakr, tous du Lynx, qui ont été mis sous contrôle judiciaire. Donc, je me dis que c’est des problèmes qu’on a rencontrés. Et ça, c’est au niveau de la presse privée.

Au niveau de la presse publique, il n’y pas eu beaucoup d’injonctions, mais je sais qu’il y a eu beaucoup plus d’autocensure à ce niveau. Pratiquement, durant l’année, on s’est beaucoup plus concentrés sur la campagne menée par le parti au pouvoir. Donc, pour moi, ce n’est pas que forcément le chef de l’Etat qui demande de faire ça ou bien les ministres, mais je me dis qu’il y a eu beaucoup d’autocensure. Chez nous, on s’est dit non, il ne faut pas faire ceci ou faire cela. Or, l’autocensure, c’est la caractéristique la plus mauvaise pour la liberté de la presse. Ça veut dire que les gens sont obnubilés, ils agissent par intérêt. Ce qui n’est pas du tout normal. Donc, je me dis qu’il y a eu pas mal de problèmes durant l’année 2019 », souligne notre confrère.

Et pour mettre un terme à ces problèmes, le journaliste préconise le respect strict de la loi par tout le monde. « Je pense que les problèmes sont réglés à travers la loi qui donne la voie à suivre. Je sais qu’on a changé la loi actuelle, mais il y a la liberté quand même qui est consacrée. Je ne vois pas par exemple dans la nouvelle constitution la Haute Autorité de la Communication (HAC), mais je sais que ça a été une omission puisque dans le préambule, la HAC figure, c’est dans le contenu de la loi qu’elle ne figure pas. Or, elle doit être là pour la surveillance de l’exercice des libertés.

Maintenant, si la loi définit quelque chose, c’est aux Hommes de se battre pour que cela soit. Donc, il appartient aux journalistes de se battre pour que leur droit soit respecté et que eux aussi exercent dans la légalité. Parce que si on est les premiers à ne pas exercer dans la légalité, on donne le flanc à ceux qui veulent réprimer… Les autorités aussi doivent veiller à l’application de nos lois. C’est l’exécutif qui doit surveiller l’application des textes de loi. C’est dire que chacun a son rôle à jouer. Et quand c’est bien joué, c’est tout le monde qui gagne », soutient Amara Camara.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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