Lansana Camara, administrateur général du site Conakrylive.info et correspondant de la Chine Nouvelle en Guinée

A l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, ce dimanche 03 mai 2020, le journaliste Lansana Camara, administrateur général du site d’informations Conakrylive.info et correspondant de l’agence de presse Chine Nouvelles en Guinée, a donné son regard sur la situation de la liberté de la presse dans le pays. Selon lui, il y a encore beaucoup de choses à faire pour que la liberté de la presse soit effective en Guinée. Il l’a dit au cours d’un entretien avec la rédaction de Guineematin.com, à travers un de ses journalistes.

« Quand on parle de liberté de la presse en Guinée, je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire dans ce domaine. C’est vrai que cette liberté est consacrée par la constitution, mais le quotidien des journalistes, l’accès à l’information, les conditions de vie et de travail des journalistes posent problèmes. Il faut dire que la création des organes de presse en Guinée ne suffit pas, il faut aussi la liberté de l’exercice ou de la pratique du métier. Mais, si l’accès à l’information n’est pas là, la sécurité des journalistes n’est pas là, les conditions de vie et de travail des journalistes ne sont pas assurées, on ne peut pas parler de liberté de la presse.

Je rappelle qu’il y a juste un an que moi j’ai été victime dans l’exercice de mon métier. On a mené une enquête sur une tentative de détournement, une tentative je dis bien puisque l’argent n’était pas encore sortie. Mais il se trouve que dans le contexte actuel, recouper l’information est très difficile. Lorsque vous appelez quelqu’un pour lui dire que vous êtes sur un sujet d’enquête, c’est soit il vous raccroche au nez ou alors il vous donne des rendez-vous qui ne seront jamais respectés. Alors nous, on a voulu recouper l’information, mais les gens n’ont pas voulu répondre. On a pris donc la responsabilité de diffuser l’information. Juste après, on reçoit une lettre de convocation envoyée par la DPJ (la direction centrale de la police judiciaire, ndlr).

Et après la DPJ, on a fini par arriver à la maison centrale de Conakry, où nous avons passé une semaine en prison. Comme moi, beaucoup d’autres confrères ont eu des problèmes dans l’exercice de leur métier au cours de l’année passée. Donc, tout cela démontre que cette liberté de la presse que nous réclamons, n’est pas encore là. Aujourd’hui, vous n’êtes pas libre de vous intéresser à tous les sujets. Parce que d’abord, vous n’avez pas d’interlocuteurs, surtout quand il s’agit d’une affaire de détournement de fonds. Dieu seul sait combien de détournements sont enregistrés dans le pays.

Mais si un journaliste s’intéresse à ce sujet, c’est soit on cherche à le corrompre ou en tout cas à le faire taire d’une manière ou d’une autre. Et si la personne résiste et diffuse l’information, elle doit s’attendre rapidement à une plainte. Donc, le fait de trimbaler tout le temps des journalistes à la police, à la gendarmerie ou dans les juridictions, cela ne donne pas de la sérénité dans la pratique du métier », soutient notre confrère.

Et pour inverser cette tendance, Lansana Camara propose des pistes de solutions. « Je dirai à tous les journalistes de rester soudés, de ne pas céder à l’intimidation et à la corruption. Je sais que l’absence de bonnes conditions de travail contribue grandement à la vulnérabilité des journalistes guinéens, mais chacun n’a qu’à s’efforcer à ne pas céder. En plus, je pense qu’il faut que les patrons de presse, les partenaires et tous les acteurs sociaux évoluant dans le secteur de l’information et de la communication, se retrouvent pour définir les modalités sur lesquelles la presse va fonctionner avec dignité en toute liberté », préconise le journaliste.

Mamadou Bhoye Laafa Sow pour Guineematin.com

Tel : 622919225

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