Dr. Faya Millimono, président du Bloc Libéral

Comme annoncé précédemment, les avocats français du FNDC (Front national pour la défense de la constitution) viennent de saisir la Cour Pénale Internationale (CPI) d’une plainte contre le régime Alpha Condé. Dans cette plainte, Me William Bourdon et ses pairs dénoncent les « répressions violentes » exercées ces dernières années par le pouvoir de Conakry sur l’opposition guinéenne ; et, en particulier sur les leaders et partisans du FNDC en Guinée.

Des répressions meurtrières qui sont « fondées sur des considérations politiques et ethniques » de nature à justifier la qualification de « crimes contre l’humanité ». Et, on apprend que la présente plainte vise l’actuel chef de l’Etat guinéen et plusieurs dignitaires de son régime qui se sont rendu auteurs ou complices d’exactions sur ceux qui sont opposés à une présidence à vie du Pr Alpha Condé à la tête de la Guinée.

Joint au téléphone hier, samedi 02 mai 2020, le leader du Bloc Libéral a dénoncé le régime d’Alpha Condé. Tout en précisant que sa formation politique est partie de cette plainte, Dr Faya Milimono estime qu’il est temps que « les criminels de Conakry » soient confondus devant la justice pour qu’ils répondent de leurs forfaitures.

« Nous vivons en 2020 ! Derrière nous, est déjà très loin le moment où on pouvait simplement évoquer la raison de souveraineté pour se mettre à tuer sa population. On en a connu ça dans notre pays. Les chefs d’Etat de ce pays n’évoquent la souveraineté que lorsqu’ils tournent l’arme contre leur propre peuple. Il faut mettre fin à ça. Depuis que Alpha est arrivé au pouvoir, il a utilisé beaucoup de méthodes pour réduire au silence l’opposition. Vous vous rappelez quand il a dit que dans quelques temps il n’y aura plus d’opposition en Guinée. Quelqu’un qui a été opposant historique, il a trouvé qu’être opposant, c’est être un paria. Est-ce qu’il n’a pas donné raison à ceux qui ont voulu lui ôter la vie au temps de Lansana Conté (deuxième président de la République de Guinée, NDLR) ? Il y a eu tellement de morts à Conakry dans les manifestations. Tantôt, c’est lui-même (Alpha Condé) qui justifie : il a été tiré dans le dos, il a été tiré de face… Quand on est un chef d’Etat, il y a des institutions, quand il y a un meurtre, on fait ouvrir une enquête qui se fait de façon transparente et indépendante pour confondre le commanditaire et l’exécutant ; et, faire en sorte qu’il y ait la justice. Cela n’a jamais été le cas. Si vous prenez Zogota (à N’zérékoré), c’est l’armée et la gendarmerie qui réveillent un village, on tue six personnes. Nous, nous nous sommes constitués partie civile, jamais la justice guinéenne n’a daigné donner suite à cela. Aujourd’hui, nous venons de vivre des massacres à N’zérékoré. Ce sont des milices qui sont armées contre une partie de la population. Moi qui vous parle, je suis le petit fils d’un chasseur traditionnel (un donzo). Mais, c’est un corps noble qu’on est en train de transformer en un corps délinquant aujourd’hui. Doublement, ça me fait mal. On arme une partie de la population pour tuer une autre partie de la population. On a des fosses communes aujourd’hui à N’zérékoré. Personne ne peut savoir exactement combien de personnes ont été enfuies-là. Il faut que la CPI s’y mêle pour décanter tout ça et confondre Alpha Condé et les extrémistes qui l’entourent… Nous savons que se commettent tous les jours en Guinée des meurtres. L’Etat est devenu terroriste aujourd’hui en Guinée. On vient de déporter 40 et quelques personnes à Kankan, comme s’il n’y a pas de juridiction à N’zérékoré. Voilà autant de raisons qui justifient que la communauté internationale se penche sur le cas guinéen. Il faut que les criminels de Conakry soient confondus devant la justice pour qu’ils répondent de leurs forfaitures », a indiqué Dr Faya Milimono.

Alors que certains guinéens se montrent plutôt sceptiques sur une éventuelle comparution de l’actuel chef de l’Etat guinéen devant la CPI, le leader du Bloc Libéral espère que cette procédure ira jusqu’à son terme.

« Non seulement nous avons l’espoir que la procédure va aboutir, mais nous le souhaitons. En 1984, lorsque les portes du camp Boiro ont été ouvertes, on a vu la personne humaine transformée en animal, nous avons crié haut et fort : plus jamais ça ! Aujourd’hui, Soronkoni n’est pas seulement une répétition de l’histoire, c’est une menace claire de notre vivre ensemble. C’est pourquoi, nous souhaitons que cette procédure aboutisse pour que plus jamais quelqu’un en Guinée, parce qu’il est ministre, directeur de la police, ne se considère comme ayant le droit de vie ou de mort sur un autre guinéen. C’est ce qui va nous faire entrer définitivement dans une société civilisée, où les gens peuvent être en contradiction et s’accepter mutuellement pour évoluer ensemble. Voilà ce que nous souhaitons pour notre pays. Vous avez évoquez le dossier du 28 septembre 2009. C’est parce qu’on a une gouvernance bancale comme celle que Alpha Condé nous a offerte pendant les 10 ans qu’on n’a pas vu ce cas-là traité… Aujourd’hui, Thiégboro qui a été inculpé dans ce dossier est en train de continuer à faire la chasse à l’homme à N’zérékoré, avec tous les privilèges. Il y a beaucoup d’autres qui, aujourd’hui, devaient normalement être derrière les barreaux, qui continuent à endeuiller les guinéens. Ce, avec toute l’arrogance nécessaire. Nous voulons faire entrer la Guinée dans le concert des nations civilisées, pas des nations voyous comme ce qu’on est en train de nous vendre aujourd’hui », a martelé Dr Faya Milimono.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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