Dr. Jean Edouard SAGNO, ancien Directeur de cabinet de l’Assemblée nationale et porte-parole du président du parlement

Ancien Directeur de cabinet de l’Assemblée nationale et porte-parole du président du parlement, Dr. Jean Edouard SAGNO a été remplacé par Mamady 3 Kaba le 05 mai 2020, comme d’autres de ses collègues du cabinet du président de l’Assemblée nationale, par le nouveau patron du parlement guinéen. Au cours d’un entretien qu’il a bien voulu accorder à Guineematin.com, l’ancien proche collaborateur de Claude Kory Kondiano a parlé des actes posés par la 8ème législature, des difficultés rencontrées, des projets non exécutés et aussi ses relations de travail avec le personnel et les autorités parlementaires, particulièrement ses relations avec l’Honorable Amadou Damaro CAMARA, ancien président du Groupe parlementaire RPG arc-en-ciel et nouveau président de l’Assemblée nationale.

Décryptage !

Guineematin.com : le 5 mai 2020, un arrêté du Président de l’Assemblée nationale a mis fin aux fonctions des membres du cabinet du Président. Comment est-ce que vous avez accueilli cette nouvelle ?

Jean Edouard SAGNO : Cet acte marque la fin d’une mission qui nous a été confiée pendant la 8ème législature. Ce n’est pas un remerciement et ce n’est pas un limogeage, je le rappelle. Vous retiendrez qu’à l’Assemblée nationale, il y a ce qu’on appelle la législature qui dure un mandat. Lorsqu’un Président est élu au perchoir, il met son cabinet en place et qui l’accompagne pendant tout le mandat. Si la mandature finit, les fonctions du cabinet qu’il a mis en place prennent fin également, surtout si le Président sortant n’est pas reconduit à son poste. Voici comment est-ce que ça se passe. Et, il appartient au nouveau Président de mettre en place sa nouvelle équipe.

Guineematin.com : Après six ans d’exercice à la tête du cabinet du Président de l’Assemblée nationale, quels sont les meilleurs souvenirs que vous gardez ?

Jean Edouard SAGNO : Les meilleurs souvenirs que je garde de cette institution, c’est l’adoption des conventions minières comme celle de Rio Tinto et de la SMB. A part les conventions minières dont l’adoption a suscité un grand espoir chez les Guinéens, il y a le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale dont le premier texte date de 1991. Ce texte phare régit le fonctionnement de l’Assemblée nationale. C’est finalement en 2017 qu’il a été modifié et adopté aux nouvelles réalités de l’institution. Il y a aussi la composition du Parlement lui-même. La majorité sortante était simple avec 59 députés. Et, l’opposition comptait 39 députés. Cette partition équilibrait et enrichissait les débats. Mais également, il y a la valeur intrinsèque de chacun des députés. C’était des anciens ministres, des anciens hauts cadres de l’Etat, des personnalités issues de tous les domaines socioéconomiques et politiques de la vie et qui se retrouvaient dans les débats. Ce qui était très important et fascinant à la fois.

Guineematin.com : Par rapport à l’administration et vos rapports avec le Président de l’Assemblée nationale, qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Jean Edouard SAGNO : Vous savez que le Directeur de cabinet était également le porte-parole du Président de l’Assemblée nationale. Le Président Claude Kory Kondiano était animé d’un souci. Celui de revaloriser le traitement des travailleurs de l’institution. A notre arrivée, le Directeur de cabinet par exemple prenait un million 200 mille francs. Alors qu’avec les améliorations, le moins payé avait cinq millions parmi les Conseillers du cabinet du Président. Donc, le traitement salarial a été revalorisé au niveau des travailleurs et au niveau des députés. Et l’acte le plus important à ce niveau, c’est l’affiliation du personnel parlementaire à la Caisse nationale de la sécurité sociale.

Avec nos partenaires, l’appui a été de très grande taille. Le PNUD, l’USAID, le NDI, l’Union Européenne et France expertise internationale ont accompagné l’Assemblée nationale pendant toute la législature. Avec France Expertise par exemple, on nous a aidés à avoir une radio parlementaire opérationnelle. L’unique radio de ce type dans la sous-région. Puisqu’au Benin et au Niger, la radio parlementaire est là pour couvrir juste les plénières. Mais, en Guinée, la radio parlementaire émet sans arrêt. C’est un acquis très important ; sinon, le plus important. Les autres partenaires nous ont accompagnés dans de nombreuses activités pour la qualification du travail parlementaire. Des formations, des voyages d’études, des documents édités… C’est l’occasion pour moi de les remercier.

Guineematin.com : Sans doute, un tel travail ne va pas sans difficultés. Quels sont les principaux défis auxquels vous vous êtes confrontés finalement ?

Jean Edouard SAGNO : D’abord la collaboration, puisque les gens viennent de divers horizons. Ensuite, notre prise en charge qui a pris un peu de retard. Mais, la plus importante difficulté était que plusieurs collaborateurs à un certain niveau n’étaient pas habitués au rythme du travail qui était intense. Mais, avec le temps, tout est rentré dans l’ordre.

Guineematin.com : Pendant cette législature, est-ce qu’il y a eu des objectifs ou des projets qui n’ont pas pu aboutir ?

Jean Edouard SAGNO : Bien sûr, il y a quelques objectifs non accomplis. Mais, le plus important qui tenait à cœur le Président Kory Kondiano et son équipe était la construction du siège de l’Assemblée nationale. Un partenaire a été identifié, c’est la Chine. Malheureusement, en 2015, c’était la fin de l’épidémie d’Ebola. En 2016, il fallait se lancer à l’identification du domaine. Le premier n’était plus disponible. Finalement, c’est en 2017 que ces questions ont été finalisées ; et, en 2018, c’était la fin de la 8ème législature, qui a été prolongée jusqu’en 2020. Donc, toutes ces choses ont joué sur le calendrier d’exécution du projet. En 2019, nous avons même reçu ici le 1er Vice-président de l’Assemblée nationale de Chine dont le pays avait déjà envoyé une équipe de prospection du terrain qui fait plus de 2 hectares et demi du côté de Koloma. Heureusement, le domaine est identifié et est clôturé à date. C’est une situation délicate puisque nous sommes le seul pays de la sous-région à ne pas avoir un siège de l’Assemblée nationale. Alors que des pays comme la Guinée Bissau, la Sierra Léone ou le Togo disposent chacun un siège de l’Assemblée nationale. Pourtant, en termes de PIB, la Guinée devance tous ces pays. Donc, cela nous tenait beaucoup à cœur, celui de doter notre Assemblée nationale d’un siège. Si le principe est acquis, mais nous n’avons pas pu faire mieux et c’est dommage !

Guineematin.com : Vous avez connu et pratiqué l’actuel président de l’Assemblée nationale. Qu’est-ce que vous retenez de lui ?

Jean Edouard SAGNO : Je retiens du Président Amadou Damaro Camara un homme courageux. Et en politique, les hommes courageux sont rares. Je retiens de lui des choses absolument positives. Pendant que j’étais Directeur de cabinet du Président de l’Assemblée nationale, il m’a facilité le travail. Je retiens de lui personnellement une citation qui m’a permis d’être libre dans mon travail. En présence de plusieurs responsables du parlement, plus d’une dizaine, l’Honorable Damaro a dit, je cite « Sagno, c’est quelqu’un de compétent, poli et aux relations humaines faciles ». …Depuis lors, je puis vous dire que mon travail a été rendu facile ; et, malgré mon jeune âge, les gens respectaient les instructions et se donnaient plus facilement au travail.

Ensuite, vis-à-vis de l’homme, je dirai que c’est un homme audacieux à l’esprit très ouvert. Vous savez, dans le monde anglo-saxon que nous avons tous pratiqué, les gens sont directs. C’est pourquoi, lui et moi on se comprenait bien.

Enfin, par rapport à l’acte qu’il a pris, voici le message que je lui ai envoyé, « Monsieur le Président de l’Assemblée nationale, je me réjouis de la nomination de mon remplaçant. Un jeune intellectuel que j’apprécie. Cela dénote de votre souci à obtenir un résultat ». Mamady 3 Kaba, c’est un jeune intellectuel que je connais depuis plus de 10 ans, qui est de la société civile et qui est très respecté… Cela me permet de rester ouvert et d’apporter tout ce qu’on me demandera dans ce sens.

Guineematin.com : Quel message avez-vous à lancer en direction de l’administration parlementaire, des députés et des citoyens par rapport à la propagation dangereuse du Covid-19 et qui a déjà coûté la vie à des hauts responsables du Parlement ?

Jean Edouard SAGNO : Je voudrai présenter mes condoléances aux familles qui ont perdu des siens par le coronavirus et souhaiter un prompt rétablissement aux malades. Je voudrais inviter tout le monde à observer les gestes barrières. Vous voyez que nous sommes obligés de nous masquer pour parler. Il est donc urgent, voire très urgent, que chacun se mette à la tâche pour endiguer la pandémie. Je voudrais inviter tous les Guinéens à observer les mesures sanitaires édictées par les autorités de la santé pour arrêter la chaîne de contamination. Vous voyez que toutes les activités sont à l’arrêt. Le transport aérien, la plupart des usines, tout est à l’arrêt…

Ce que je peux retenir enfin, avec l’Honorable Lucény Fofana, deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, décédé le 3 mai dernier, nous étions très proches. Nous voyagions toujours ensembles dans le cadre de l’Union inter parlementaire, UIP. Et, maintenant, il part ; et, deux jours après, moi aussi je ne suis plus Directeur de cabinet. Tout cela, nous le mettons au compte de la vie. Et, nous partons de l’Assemblée nationale, la tête haute. Puisque nous étions là pour un mandat.

Pour finir, je tiens à remercier les autorités et à tous les niveaux pour le soutien et la confiance placée en nous et au personnel de l’administration parlementaire pour l’accompagnement dans le travail. Je dis merci à tout le monde.

Propos recueillis et décryptés par Abdallah BALDE pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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