Comme annoncé précédemment, après les décès liés au COVID-19 et la cinquantaine de cas confirmés de coronavirus qui ont été enregistrés ces derniers jours à la maison centrale de Conakry, l’inquiétude monte au sein de la société guinéenne.

Après les organisations de défense des droits humains, des avocats, qui redoutent une propagation de ce maudit virus en milieu carcéral, appellent l’Etat à désengorger les prisons pour sauver la vie des détenus. Certains hommes en robe noir assurent d’ailleurs que certains de leurs clients qui croupissent à la maison centrale de Conakry sont déjà atteints du COVID-19. C’est le cas de Me Thierno Souleymane Baldé qui relève un malade de coronavirus parmi les détenus qu’il défend devant les juridictions de ce pays. Il l’a dit au téléphone d’un reporter de Guineematin.com hier, jeudi 07 mai 2020.

Maître Thierno Souleymane Baldé, avocat

« Il y a même un de mes clients qui est atteint de cette maladie. Vous savez, les jeunes qu’on avait arrêtés et accusés dans l’assassinat du policier à Wanindara, le juge d’instruction avait pris une ordonnance de non-lieu, le procureur a fait appel. Aujourd’hui, cela fait un an et six mois qu’ils sont en prison. On a commencé le procès ; et, on n’a jamais pu aller jusqu’au bout. Maintenant, un d’entre eux a été testé positif au COVID-19, il est malade comme ça à la maison centrale. Donc, le problème est là ; et, il est entier », déplore l’avocat.

Dans un contexte de crise sanitaire à la dimension de la pandémie du COVID-19, les autorités guinéennes devraient penser à sauver des vies en décongestionnant les prisons par la libération des détenus qui ne représentent aucun risque pour la société, estime l’avocat, ajoutant qu’un travail (allant dans le sens du désengorgement) avait été effectué à la maison centrale. Mais, « le président de la République a refusé de signer le document », fustige Me Thierno Souleymane Baldé.

« Au Sénégal voisin, dans la situation actuelle, même Hissène Habré – qui a été condamné pour crime contre l’humanité – a été autorisé à rentrer chez lui en attendant que la pandémie là puisse passer. Chez nous ici, des gens qui sont arrêtés, accusés sans aucun élément de preuve, au lieu qu’on les mette au moins sous contrôle judiciaire, en attendant la fin de cette pandémie, on les met à la maison centrale. Et, si malheureusement ils contractent ce virus, ils vont mourir pour rien du tout. Au niveau de la maison centrale, il y a eu un travail qui avait été fait, ils ont transmis ça à la présidence ; mais, le président a refusé de signer. Alors que tous les gens qu’on demande de sortir de prison, ce ne sont pas des gens qui ont commis des crimes. Ce sont des gens qui ont été condamnés pour des délits de droit commun et qui ne représentent aucun risque pour la société. Il y a aussi les détenus politiques qu’on ne peut pas mettre en prison avec une telle pandémie. Ça ne se fait pas. Mais, comme ils ont une volonté délibérée d’accentuer la répression, c’est tout. Hier, j’ai échangé avec un juge qui m’a dit que désormais il n’ira pas à son bureau, il n’y aura pas d’audition tant que tous ceux qui sont impliqués dans ce dossier-là soient testés…», a notamment indiqué Me Thierno Souleymane Baldé.

Entretien réalisé par Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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