Quatre jours après avoir été saccagés par des jeunes conducteurs de taxis-motos en colère, les « barrages sanitaire » refont surface aux entrées principales de la ville de Mamou. Les kits de lavage de main et le thermo-flash (pour le prélèvement des températures) ont aussi été redéployés ce samedi, 09 mai 2020, par le comité préfectoral de gestion et riposte à l’épidémie de coronavirus qui sévit actuellement en Guinée.

Depuis son apparition en Guinée, le 12 mars dernier, la maladie due au nouveau coronavirus a officiellement contaminé plus de 2000 personnes en République de Guinée et causé la mort de 11 personnes dont de hautes personnalités au sommet de l’Etat. Et, pour l’instant, Conakry reste l’épicentre de cette épidémie dans le pays. Mais, face à la vitesse de propagation de cette maladie, des mesures locales de prévention contre le COVID-19 ont été prises dans plusieurs préfectures. Et, à Mamou, la mise en place d’un comité préfectoral de gestion et de la riposte au COVID-19 a permis d’établir des « barrages prévention sanitaire » aux trois principales entrées de la ville. Des barrages aux niveaux desquels les personnes en provenance d’autres localités pour le centre-ville de Mamou sont obligées de se laver les mains et à se soumettre au thermo-flash pour une prise de température. Des équipes de policiers et d’agents de la protection civile veillent au respect scrupuleux de ces mesures de prévention.

Apparemment, tout se passait bien jusqu’au mercredi dernier, lorsqu’un conducteur de taxi-moto a été « agressé » par des policiers au niveau du barrage de l’ENATEF (situé à environ 3 kilomètres du centre-ville, sur la route nationale Kindia-Mamou). « Le motard était en provenance de Tamagali. A son arrivée au niveau du barrage, un des policiers a subitement soulevé la corde. Celle-ci a étranglé le motard qui est tombé sur le dos. Il a perdu connaissance », avait expliqué un responsable syndical.

Mamadou Saliou Sigon Baldé, secrétaire général de l’union locale des travailleurs de Mamou

Comme une traînée de poudre, la nouvelle de cette agression s’est répandue au sein des différentes bases de taxis-motos. Et, les conducteurs de taximotards de la ville ont aussitôt pris d’assaut les différents barrages pour les saccager. « Ils se sont attaqués à trois policiers. Certains ont été blessés », a confié Mamadou Saliou Sigon Baldé, le secrétaire général de l’union locale des travailleurs de Mamou.

Ce responsable syndical, joint au téléphone ce samedi, assure que des dispositions sont en train d’être prises pour éviter ce genre « d’incident malheureux » entre les policiers et les usagers de la route. « Nous allons continuer la sensibilisation. Et, nous comptons réaliser aussi une émission, avec la police, sur la sécurisation des usagers de la route, pour que chacun sache où il doit s’arrêter », a dit Mamadou Saliou Sigon Baldé.

Hadja Mariama Kankalabé Baldé, DPS de Mamou

Mais, avec l’attaque de ces barrages, les kits de prévention contre le COVID-19 avaient disparu des entrées de la ville carrefour. Toutes les personnes qui se pointaient aux portes de Mamou entraient dans la ville sans se laver les mains et sans qu’on ne prélève leurs températures. Et, cette attitude qui est de nature à favoriser le voyage et la propagation du coronavirus a duré quatre jours avant que les autorités de la ville carrefour ne décident de remettre les barrages et redéployer de prévention. « Les barrages vont être remis aujourd’hui (samedi). Et, toute personne qui s’y présentera va se laver les mains et être flashée avant de passer », a indiqué Hadja Mariama Kankalabé Baldé, la directrice préfectorale de la santé de Mamou.

Au kilomètre 7, le barrage est déjà fonctionnel. On y trouve des policiers, des agents de l’unité de protection civile. Ils ont un kit de lavage de mains et un thermo-flash à leur disposition. Mais, selon notre constat sur place, seules les personnes en direction du centre-ville de Mamou sont soumises au lavage des mains et au prélèvement des températures. Celles qui sont en provenance du centre-ville (pour d’autres localités) passent librement le barrage.

Interrogés sur cette sélection, les agents qui sont sur les lieux n’ont pas voulu faire de commentaires. « Faites votre constat et laissez-nous en paix », a lancé un policier à notre reporter.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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