Par Habib Yimbéring Diallo

Cher ami,

Après avoir longuement réfléchi, j’ai décidé de briser le silence pour me confier à quelqu’un. En l’occurrence toi qui fus, es et seras toujours mon meilleur ami. On ne peut pas raconter ses problèmes à tout le monde ; mais, on ne peut pas non plus ne pas les raconter à personne. C’est pourquoi, j’ai décidé de t’ouvrir mon cœur qui saigne de rage et de colère pour te dire tout le mal que j’ai bien malgré l’apparence trompeuse.

Comme le sait bien, contre l’avis de tous ou presque, j’ai choisi le camp de l’actuel président lors de l’élection qui l’a porté au pouvoir. Cela m’a valu tout ce que tu sais : stigmatisation, délation et ostracisme. Mon choix a été perçu par les miens comme une trahison. Et, ils m’avaient mis au défi me disant que tôt ou tard je vais regretter mon acte.

A l’époque, j’avais mis tout ce qu’ils disaient au compte d’un jugement subjectif, irrationnel et rétrograde. Pour moi, il était hors de question de choisir quelqu’un à cause de son appartenance ethnique, régionale ou religieuse. J’ai choisi mon camp pour être en conformité avec ma conscience et ma conviction ou plutôt je suis resté dans mon camp. Car, celui que j’ai soutenu était dans le même camp que moi durant notre traversée du désert.

Et, c’est justement à cause de ce passé commun que je croyais qu’il resterait fidèle à notre pacte. Erreur. L’histoire est en train de me donner tort. Et donc raison aux miens. Non seulement mon allié fait de moi un complétement d’effectif mais aussi et surtout il fait tout pour déstabiliser mon parti. En comité de réflexion restreint du parti, nous avons essayé d’analyser l’attitude de note allié. Certains cadres ont estimé qu’il (le grand chef) n’aurait pas digéré notre refus de fusionner notre parti avec le sien, comme l’ont fait beaucoup d’autres.

Mais, cet argument ne tient pas la route. Parce que le président soutient un autre dont le parti n’a pas non plus fusionné avec le sien. C’est d’ailleurs cela qui me fait profondément mal. Alors que je me battais contre les miens pour lui, il a choisi quelqu’un qui était dans l’autre camp et qui l’insultait matin, midi et soir.

Aujourd’hui, je ne suis ni à droite ni à gauche ni au centre. Je ne suis nulle part. Et, c’est justement pour cela que j’ai pris la peine de t’adresser cette lettre. Je dois te raconter mes déboires et te demander ensuite conseils. Tu as dû apprendre que je n’ai même pas obtenu le siège uninominal de chez moi alors que, après le boycott des élections législatives par celui que j’ai toujours combattu, ce siège devait me revenir de droit. Mais, on l’a offert à quelqu’un d’autre.

S’il est vrai que j’étais déjà mal à l’aise depuis quelques temps, la perte de ce siège, qui est symbolique, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. En résumé, j’ai aidé mon allié à conquérir et à conserver le pouvoir et il m’a liquidé au figuré comme au propre. Car, la disparition de mon parti risque d’entrainer ma propre disparition.

Après t’avoir tout dit, je vais passer maintenant à la dernière étape de cette lettre : ma décision et tes conseils. J’ai donc décidé, sur la base de tout ce que je viens de te raconter, de rompre avec ce Monsieur. Mais, je me demande comment et quand lui annoncer cette décision. Faut-il le lui dire directement ou passer par les médias ? J’ai besoin de ton avis. Aussi bien sur la décision elle-même que sur la manière de la rendre publique. Dans tous les cas, elle est prise. Et elle est irrévocable.

L’autre question que je veux te poser est celle de savoir, après une telle décision, qu’est-ce qu’il faut faire ? Rejoindre l’opposition parlementaire qui n’en est pas une ? Aller vers l’opposition extraparlementaire que j’ai vilipendée sur tous les toits ces dernières années ou faire cavalier seul ?

Avant même ton avis, j’ai une préférence pour la troisième option. Car il m’est difficile de composer avec des opposants bien sélectionnés. Tout comme mon orgueil ne me permettrait pas de faire comme certains politiciens l’ont fait ces dernières années : tantôt avec le pouvoir, tantôt avec l’opposition dite radicale. Du coup, je risque d’être un vrai centriste. Je l’ai toujours été d’ailleurs. Mais, un centriste avec combien d’élus au parlement ?

C’est compte tenu de toutes les difficultés que j’ai à prendre une décision que je fais appel à toi. Non seulement pour m’aider à prendre la meilleure décision mais à me soutenir pour passer l’épreuve. Sachant qu’il y a un problème majeur : si j’avais pris une décision d’une telle importance il y a un an, j’aurais pu aller me refugier ailleurs. Malheureusement avec la crise en cours, qui oblige chacun à rester chez lui, la seule possibilité qui s’offre à moi c’est d’aller au village. Mais là aussi il y a un problème : je compte très peu d’amis là-bas depuis que je les ai défiés tous pendant la présidentielle dont je t’ai déjà parlé.

Dans l’impatience d’avoir ta réponse et tes conseils précieux et sages, je te prie de garder cette lettre strictement confidentielle pour toi.

Ton ami, le ministre sans portefeuille.

Habib Yembering Diallo

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