Feue Dalanda Dieng

Par Amadou Diouldé Diallo : Je suis arrivé à la  » voix de la révolution  » en 1981 comme reporter sportif. Mais, au regard de mes ressources intellectuelles qu’il estima suffisantes pour faire autre chose pour la boîte, le directeur des programmes, feu Bamboun Kaba me confia deux autres émissions. « Afrique combattante « , qui était diffusée les vendredis nuit, et « tribune de la JRDA », les lundis à 17 heures 30. C’est en animateur de cette émission que je fus désigné pour couvrir ce qu’on appelait à l’époque la « tripartite » qui réunissait chaque année la jeunesse des villes frontalières de Mali Yembering, en Guinée, de Kédougou, au Sénégal, et de Kénieba, en République du Mali. L’objectif visé par les dirigeants des trois pays était de poser les fondamentaux de l’intégration africaine à la base par des échanges sportifs et culturels de grande envergure.

C’est à la faveur de ces rencontres qui se déroulaient de façon tournante que je fis la connaissance de Dalanda Dieng dans le gotha de ces fées du Loura. Sa grande sœur, Raye, sa cadette, Ramatoulaye, son grand frère, Ousmane, professeur et membre du comité régional de la JRDA, et les autres : Halimatou, Dienabou Diallo, Nénen Souaré, Gnoumma Sakho pour ne citer que celles-ci.

Il y avait aussi les membres du comité régional des femmes, Nénan Assi fédérale, la présidente, une des filles de « Landho Pellal », le village de la case aux cent portes, chef-lieu du canton Kaldouyanké de Dougountouny, Nénan Hawaou (belle-mère du génie du football Petit Sory), Nénan Fatou Tounkara, sœur cadette du ministre Mamma Tounkara et tant d’autres.

Les jeunes qui occupaient la place forte de Mali à l’époque avaient pour noms Mamadou Cellou, dit « Distel » Kalonzo, Chérif Gaya, le reporter sportif, Noumouké Diabaté, dit « Pelé du Fouta « , footballeur et chanteur du Loura Jazz de Mali, les défenseurs Bangoura « Feu rouge » et « Blesky », le meneur de jeu toujours en plastique Kaou Karim.
Il y avait ceux ou celles fils et filles de Mali comme sœur Kadiatou venaient de Conakry et d’ailleurs pour prendre part à la fête quand c’était au tour de Mali d’accueillir ses frères sénégalais et maliens.

Amadou Keita du comité national de la JRDA coordonnait toutes les activités. Au cœur desquelles se trouvait Dalanda dieng dont le teint terreux de bambara drapée dans son lepi illuminait la scène avec l’exubérant ensemble instrumental de Mali sous les projecteurs.

A Kédougou et à Kenieba où le thermomètre affichait 45 degrés à l’ombre, il fallait jouer 3 fois cet ensemble instrumental de Mali pour satisfaire le public. Dalanda Dieng jouait aussi au basket et au volley sans désemparer, commandant de la voix et du geste ses camarades avant de s’éclater à la soirée dansante.

Toujours souriante avec sa belle dentition, comique tout à la fois, Dalanda Dieng était une sorte de kaléidoscope de qualités humaines qui l’ont poussé à enfiler la blouse de médecin. Je me souviens de ces voyages en sa compagnie à bord des « zil » russes de l’entreprise régionale de commerce « ERC » à Kédougou et à Kenieba. Nous traversions Lébékéré, Kérouané, arrivions à Kédougou où on était accueillis par des effluves populaires et reçus en frères par le député-maire de la ville l’Honorable Mamba Guirassy dont un des fils fut ministre de la Communication du Sénégal, ainsi que l’attaché de presse du ministre de la Jeunesse et des sports l’éminent journaliste sportif Majib Séné.

L’actrice Dialingo Damba était la vedette de Kédougou. Nous longions le fleuve Falémé pour arriver à Kénieba au Mali parfois après des crevaisons qui imposaient de faire avec le terrain. On enlevait la chambre à air pour mettre la paille de fonio en lieu et place afin de ne pas rater le carnaval d’ouverture de la tripartite. Ici l’actrice de charme s’appelait Ndeye Koumba Diong et mon cameramen Mody Sory Diallo fixait les images son lourd « ariflex ».

Dalanda Dieng était toujours là créant l’ambiance dans le groupe et attentive au moindre cas de manger ou de maladie. Elle en faisait plus quand la tripartite se déroulait chez elle à la maison à Mali. Je la revois encore au terrain de football de mali par une après-midi brumeuse comme Mali sait en offrir quand sous le coup du froid, même le petit cheptel est gardé dans les enclos et les hommes femmes et enfants sont enveloppés dans d’épaisses couvertures dans leurs maisons. Nous sommes en 1982. Au loin on aperçoit Somba le village du boxeur Lansana Béa Diallo et seconde résidence du Kaldouyanké Alpha Mamadou Cellou Yembering, de son fils Thierno Chérif et de son petit-fils Thierno Mamadou Saliou Diallo.

Les élections présidentielles françaises viennent de rendre leur verdict. François Mitterrand vient d’être élu président de la république. C’est le journaliste sénégalais Majib Séné qui annonce la nouvelle. Alors Dalanda Dieng exulte. C’était son candidat. La partie de foot est dominée par l’euphorie jubilatoire d’une foule saluant la témérité et la patience de l’enfant de château Chinon.

Hasmiou Diallo, Dion Kébou

La nuit à la permanence fédérale Dalanda Dieng qui était une grande danseuse de latino continua la fête dans une joie indescriptible. C’est tout cela la princesse de la prestigieuse famille Dieng dont le père Alpha Mamadou Cellou fut chef de canton de Mali. Il eut le mérite d’être l’époux de la très convoitée déesse de Madina Wora Nénan Raynatou Diallo fille du Kaldouyanké Alpha Mamadou Cellou Wora l’une des plus belles créatures du fouta-djallon comme son neveu, le cardiologue professeur Dadhi Baldé, Dalanda Dieng avait choisi la médecine et servait à l’hôpital de Labé où elle était membre de la ligue régionale de football, présidée par l’architecte Hasmiou Diallo « Dion Kébou », photo ci – contre.

Dalanda Dieng est décédée le 30 avril dernier à Conakry et repose à jamais au cimetière de Lambagni.

Repose en paix, amine !

Amadou Diouldé Diallo, journaliste-historien

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