Les vendeuses de poissons et les pêcheurs du grand port de pêche artisanale de Boulbinet, dans la commune de Kaloum, sont aujourd’hui affectés par le couvre-feu décrété en rapport avec l’état d’urgence sanitaire. Les hommes et femmes de ce port très convoité assistent impuissants à une baisse significative de leurs revenus à cause de la rareté des clients qui ne s’approvisionnent plus la nuit à cause du couvre-feu allant de 22h à 5h. Tel est le constat fait sur place dans la journée du samedi, 16 mai 2020.

Le manque de clients lié au COVID-19, la cherté des matériels de travail, sont entre-autres difficultés auxquelles font face les acteurs de la pêche au port de Boulbinet.

Béby Camara, vendeuse de poissons au port de Boulbinet

Pour Baby Camara, vendeuse de poissons, même s’il y a suffisamment de poissons à vendre, il n’y a quasiment pas de client pour l’acheter. « On ne dit pas qu’on ne gagne pas de poissons. On gagne bien sûr le poisson, mais qui pour l’acheter ? Le plus souvent, nos clientes viennent la nuit après avoir fait le marché pour prendre de nouveaux stocks de poissons, pour que ça passe la nuit avec elles et le lendemain matin, elles revendent au marché. Mais actuellement, quand elles finissent le marché, elles vont à la maison d’abord pour la rupture du jeûne avant de revenir ici. Le temps pour elle de finir tout ça, il se trouve qu’il est déjà 21h. Donc, elles ne peuvent plus sortir à cause du confinement. Maintenant nous, nos poissons restent et se gâtent. Et beaucoup de ces femmes habitent Coyah et Kilomètre 36. C’est cette souffrance que nous rencontrons au port de Boulbinet ici », se plaint-elle.

Mansa Mensah, ghanéenne d’origine et vendeuse de poissions

Pour sa part, Mansa Mensah, ghanéenne d’origine et vendeuse de poissions, le manque de clients crée une perte énorme dans son business. « Quand nous prenons les poissons dans les mains des pêcheurs et qu’il n’y a personne pour les acheter, pour éviter que ça se gâte et éviter de perdre tout, nous donnons aux clients au prix qu’on ne désirait pas. A cause de la maladie du coronavirus, nous perdons assez d’argent. Donc, nous demandons au gouvernement d’augmenter notre heure, de repousser le début du couvre-feu jusqu’à minuit ».

Mafoudia Camara, vendeuse et fumeuse de poissons au port de Boulbinet

Devant ces difficultés, Mafoudia Camara, également vendeuse et fumeuse de poissons au port de pêche de Boulbinet, profite de l’occasion pour interpeler les autorités sur leur situation. « Ce que moi j’aimerais dire aux autorités, c’est pour faire tout possible pour nous aider. C’est ici que nous travaillons nuit et jour pour gagner les dépenses pour nos enfants qui vont à école, pour aider aussi nos maris qui n’ont pas de travail. Les frais des loyers sont chers, si ce n’est pas 500 milles, c’est 1 million GNF. Nous n’avons nulle part où aller, la Guinée est notre seul pays. C’est vrai que la maladie est là mais, les autorités devraient nous aider à alléger un peu les heures de confinement pour nous. Nous avons nos deux mains au dos pour leur demander pardon. Nos marchandises se gâtent et la clientèle devient de plus en plus rare à cause du confinement. Nous n’avons rien contre Alpha CONDE mais qu’il nous aide à nourrir nos familles en diminuant les heures du couvre-feu ».

Mam Sheck Fall, pêcheur au port de Boulbinet

Les pêcheurs artisanaux ne sont pas épargnés par cette situation. Mam Seck Fall, pêcheur rencontré au port de Boulbinet, raconte. « La nuit passée, ma pirogue s’est noyée au fond de l’océan. J’ai perdu tout ce que j’avais dedans. Que ce soit filets, poissons et moteur, tout est parti. J’ai perdu plus de 14 millions comme ça. Mais je peux dire Dieu merci parce je suis en bonne santé. Deuxièmement, nous souffrons beaucoup de l’effet du coronavirus et du couvre-feu. A cause de ça, le marché est cher et nous faisons face aux taxes qu’on doit payer à chaque fois. A l’heure-là, je n’ai rien ».

Soriba Soumah, travailleur au port de boulbinet

Même son de cloche chez Soriba Soumah, travailleur au port de Boulbinet, qui se plaint de la cherté des matériels de travail. « On souffre depuis que cette maladie est venue. A partir de 21 heures, plus rien ne sort du port et le poisson c’est quelque chose qui se gâte facilement, surtout dans la chaleur. Les gros filets qui étaient acheté à 1 million avant sont maintenant revendus à 1 million sept cent mille GNF. A l’heure-là, nous souffrons beaucoup à cause de cette maladie « .

Mohamed DORE était pour Guineematin.com

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