Poursuivi pour « menaces, outrage à magistrat, coups et blessures volontaires, vol, violences et injures », le colonel Mamoudou Kaba était attendu hier, lundi 18 mai 2020, devant la Cour d’Appel de Conakry. Cet officier de la police judiciaire (donc un auxiliaire de justice) est notamment accusé d’avoir arbitrairement malmené et molesté Abou Nantenin Konaté, le substitut du procureur de la République près le tribunal de première instance de Dubréka.

Seulement, le prévenu (qui est jusque-là non détenu) ne s’est pas présenté à cette première audience marquant le début de son procès dans cette affaire qui indigne les magistrats guinéens. Et, en conséquence, la Cour d’Appel a décerné un « mandat d’amener » contre lui, à la demande du ministère public et du collectif des avocats de la partie civile, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui était à la Cour d’Appel de Conakry.

Les faits reprochés au Colonel Mamoudou Kaba remontent au 04 mai dernier au « barrage de Kenendé », dans la préfecture de Dubréka. A cette date, sur instruction de sa hiérarchie, le substitut du procureur de la République près le tribunal de première instance de Dubréka, Abou Nantenin Konaté, était allé faire des constatations et échanger avec les responsables de ce barrage de contrôle sur des agissements maladroits de certains agents dudit barrage. Cela faisait suite aux dénonciations de certains citoyens (dont des avocats, des huissiers, des élus locaux) sur les abus et la commission, par des agents de sécurité, de certaines infractions au niveau de ce point de contrôle. Les « plaintes » contre ces hommes en uniforme portaient notamment sur des faits de destruction de véhicules (par bastonnade), de violences et d’escroquerie.

Curieusement, plus qu’une simple observation, le magistrat parquetier sera confronté à la férocité de l’impitoyable Colonel Mamoudou Kaba. Cet officier de gendarmerie et officier de police judiciaire, qui nourrissait apparemment une haine viscérale contre Abou Nantenin Konaté, ordonnera à ses hommes de faire arrêter le fouineur substitut du procureur de la République près le tribunal de première instance de Dubréka.

« Arrivé sur les lieux de façon courtoise, je me suis présenté, tout en demande le responsable du barrage. Deux agents en tenue m’ont montré un commandant auprès duquel je suis venu pour expliquer les faits qui nous ont été dénoncés au parquet. Ledit commandant a appelé ses hommes qui ont accordé une importance particulière à notre entretien… Vers la fin de mon entretien avec le commandant qui m’a reçu avec courtoisie, les hommes ont commencé à jeter leurs bâtons et travailler conformément à l’esprit du décret du président de la République, limitant le déplacement des citoyens de la capitale (Conakry) vers l’intérieur du pays… C’est dans cette circonstance que le Colonel Mamoudou Kaba est venu nous trouver. Je me suis approché de lui dans le souci d’attirer son attention en lui adressant mes salutations. Il n’a pas répondu. Ainsi, je lui ai demandé s’il ne me reconnaissait plus. Il a répliqué avec un ton violent en ces termes : ‘’je te connais ; ce n’est pas toi procureur Konaté qui m’a chassé de son bureau ? Alors, je vais te montrer que c’est moi qui suis le commandant d’ici’’. C’est ainsi qu’il a commencé à crier sur moi en m’insultant et en ordonnant à ses hommes de m’arrêter. Quand j’ai constaté dans sa réaction qu’il garde un antécédent contre ma personne, j’ai décidé d’aller prendre ma voiture pour continuer. Et, entre temps, il (le Colonel Mamoudou Kaba) a personnellement pris le pick-up pour venir me barrer la route et a ordonné à ses hommes de me prendre et de me jeter dans le pick-up. Chose que les agents ont fait. Ils m’ont violenté en me blessant au bras droit, détruisant ma montre ; et, dans la foulée, l’un de ses agents m’a dit que si je ne fais pas attention qu’il va me poignarder avec le couteau. C’est dans cette circonstance qu’ils m’ont envoyé au camp Kwamè Nkrumah… », a raconté le procureur Abou Nantenin Konaté dans sa plainte adressée au procureur général près de la Cour d’appel de Conakry.

Dans cette plainte, en date du 06 mai 2020, le substitut du procureur de la République près le tribunal de première instance de Dubréka dit également avoir été victime de viol de numéraire. « J’ai constaté le vol de 45 millions dans ma voiture », dit-il, tout en réclamant justice au près du parquet général.

C’est donc dans cette optique que le parquet général a fait citer le colonel Kaba devant la cour d’Appel de Conakry, dans sa chambre correction. Et, un procès a été programme pour ce lundi 18 mai 2020. Mais, le prévenu (le colonel Mamoudou Kaba) ne s’est pas présenté à cette première audience. Bien qu’il a été « régulièrement cité », cet auxiliaire de justice n’a daigné se faire représenter, encore moins justifier son absence à la barre. Une attitude qui a poussé le ministère public à demander à la Cour de décerner un « mandat d’arrêt » contre le colonel Mamoudou Kaba. Le parquetier sera suivi sur cette demande par le collectif des avocats de la partie civile qui accuse le prévenu de faire preuve de mépris envers la justice.

« Si c’était pour investir les domiciles privés des gens, si c’était pour réprimer des manifestants, molester des gens… le colonel allait être là ce matin. Mais, comme c’est la justice qui a besoin de lui, il est absent. Je suis sûr que, pendant qu’il est en train de narguer les gens ici, le prévenu est tranquillement assis dans le quartier comme ça. Nous demandons à la cour de décerner un mandat d’arrêt contre lui. Il faut qu’on l’oblige à venir ici afin qu’il réponde de ses agissements. Un magistrat a été violenté, humilié, embarqué dans un pick-up, conduit dans un camp militaire où il est resté pendant des heures avant de recouvrir sa liberté. Or, le colonel qui a ainsi agit savait bien que c’était un magistrat. En plus, le magistrat n’a commis aucune infraction qui pouvait le soumettre à de telles tortures inhumaines et dégradantes. Il a été humilié dans sa chair, dans son honneur et dans ses numéraires. Et, cela ne doit pas rester impuni », a indiqué Me Salifou Béavogui, membre du collectif des avocats de la partie civile.

Finalement, la Cour a accédé à la demande des parties au procès présentent à cette audience. Mais, au lieu d’un « mandat d’arrêt », c’est un « mandat d’amener » que la Cour a décerné contre le colonel Mamoudou Kaba. Et, l’affaire a été renvoyée au 25 mai prochain pour la comparution du prévenu et l’ouverture des débats.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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