Après plus de 6 ans d’existence dans la sphère médiatique guinéenne, la télévision privée Espace Tv du Groupe Hadafo Médias vient d’intégrer le bouquet Canal plus. Malgré les obstacles qui ont jalonné son parcours et le mépris de certaines autorités guinéennes à son égard, la « télé d’une autre planète », comme on la surnomme souvent, a fait, le 12 mai dernier, ses premiers pas vers la conquête du monde terrestre. Sur le canal 243, elle fait désormais partie de la mosaïque de chaines qui se bousculent sur le bouquet Canal+.

A Conakry et sur les réseaux sociaux, ce pas de géant du Groupe Hadafo Médias est parfois perçu comme une consécration. Mais, pour Lamine Guirassy, le PDG de cet important empire médiatique guinéen, cette montée d’Espace Tv sur le bouquet Canal+ est juste « un complément ». Il l’a fait savoir lors d’un entretien accordé à Guineematin.com le mercredi dernier, 20 mai 2020.

Décryptage !

Guineematin.com : Espace Tv du Groupe Hadafo Médias est désormais sur le bouquet Canal+. Qu’est-ce que cela représente pour vous et ce groupe dont vous êtes le PDG ?

Lamine Guirassy : Pour nous, je ne vais pas dire une consécration, c’est plutôt un complément. C’est comme ça que je le dis, parce que je pense que ce combat nous l’avons mené ensemble. Je parle de Guineematin qui est toujours là, depuis le début, pour relayer les infos en ce qui concerne le groupe Hadafo Médias. Donc, pour nous, c’est un complément ; on pouvait s’y attendre parce que le dernier sondage, vous l’avez suivi, on est sorti première télé, la télé la plus suivie en Guinée, en n’étant pas sur Canal+. Je me dis que c’est tout simplement une reconnaissance à la fin du compte et je suis très heureux pour les abonnés de Canal+. Maintenant, il faut se dire aussi qu’on vient compléter la liste des autres chaines que nous avons trouvées sur le bouquet Canal+ ; et, en même temps, j’aime les compétitions. On se dit : Oui, on verra la Guinée sous toutes ses formes à travers cette télé.

Guineematin.com : le chemin a été long, tortueux et parfois parsemé d’embuches. Certains accusent les autorités guinéennes d’avoir carrément voulu vous mettre les bâtons dans les roues. Qu’en est-il réellement ?

Lamine Guirassy : Evidemment, ça, ce n’est pas caché. Je veux dire qu’on a débattu sur Guineematin à un moment donné ; mais, la vie, c’est ça aussi cela. Moi, je n’accuse personne. Et, quand je dis que je n’accuser personne, c’est-à-dire qu’il fallait passer par là pour arriver aujourd’hui où nous sommes. Espace Tv, quand on l’a lancée en 2013, on était censé être sur le bouquet Canal+ en même temps que la radio Espace. Parce qu’Espace radio et Sweet Fm sont sur les bouquets Canal+ depuis plus de 6 ans maintenant. Donc, on se dit : pourquoi pas ? Avec les autorités, à l’époque, on a dit non, on ne peut pas parce qu’on n’a pas de licence. Tout ça est compréhensible dans un niveau où s’il n’y avait pas de mauvaise foi ; c’est comme ça que je dis. Après, on a continué une deuxième tentative, échec ; troisième tentative, pareille. A la dernière minute, on avait même commencé à faire des campagnes, je parle de Canal+ ; finalement, les autorités guinéennes sont intervenues pour bloquer la chaine. Mais, bon, moi, je prends tout ça avec beaucoup de recul pour dire que le moment n’était pas encore venu et qu’il fallait aussi traverser toutes ces années-là avant d’être sur le bouquet Canal+.

Guineemtin.com : On sait que ça n’a pas été facile ; mais, est-ce qu’il vous ait arrivé un moment où vous vous êtes dit qu’il fallait abandonner ?

Lamine Guirassy : Je n’abandonne jamais ! Je me suis dit un moment, si on fait du bon boulot, on n’a pas besoin de faire la publicité. Ce que les gens ne savent pas, ce sont les télévisions ou les radios qui proposent à Canal+ d’être intégrées. Nous, ce n’est pas ce qu’on a fait. A commencer d’abord par les radios, je parle de Espace et de Sweet Fm, c’est Canal qui est venu vers nous pour nous dire : on veut votre radio sur les bouquets Canal+. Donc, c’est comme ça que ça a commencé ; et puis, on a dit qu’on a aussi un projet de télé, est-ce que ça vous intéresserait. Donc, pour cette montée là encore, c’est Canal qui est venu vers nous pour nous dire : écoutez, on a beaucoup de demandes des abonnés pour intégrer Espace Tv. Donc, ça serait intéressant qu’on puisse reconsidérer un tout petit peu nos positions. Je me suis dit : pourquoi pas ? Moi, je n’ai pas de soucis ; sauf que quand on a été une fois, deux fois, trois fois… on prend tout ça avec du recul.

Guineematin.com : Cette montée d’Espace Tv sur le bouquet Canal+ fait déjà parler d’elle à Conakry et sur les réseaux sociaux. Mais, concrètement, à quoi peuvent s’attendre vos téléspectateurs ?

Lamine Guirassy : On ne peut jamais changer en cours de saison les programmes. Je pense que si Canal a jugé nécessaire l’intégration de la chaine Espace Tv sur leur bouquet, c’est parce que nous avons des programmes. Maintenant, on verra à la rentrée ce qu’il faut faire pour évidemment améliorer cette grille qui est là depuis le début de la chaine. Je disais tantôt ce matin : pourquoi pas penser à tous ceux qui nous réclament, qui nous disent souvent pourquoi vous ne faites pas de retransmission de match. Je dis : tout ce qu’on fait, on le fait avec le spectacle à Espace. Donc, si on doit faire demain la retransmission de match, il faut qu’on revoie un peu les paramètres et qu’on se donne les moyens. On se veut aussi une chaîne généraliste. Ça veut dire beaucoup ce live, moins de musique, parce que nous avons une deuxième chaîne (Kalac Tv) qui diffuse de la musique. Donc, je pense que c’est beaucoup plus une télévision Talk, comme on le fait déjà avec la radio, et la nuit avec des séquences d’informations. Je pense que c’est cela Espace tv, si on me parle d’avenir en fait. Parce que je pense sincèrement qu’à partir de 20 heures, les gens qui nous regardent sont les ménagères, etc. Donc, si demain on doit repenser un tout petit peu notre programme, ça va être un peu ça.

Guineematin.com : Apparemment, vous êtes de ceux qui aiment repousser les limites. Vous ne vous arrêtez pas à mi-chemin. Mais, si justement vous devez repenser votre programme, à quoi vos téléspectateurs pourraient s’attendre en termes d’innovation, de créativité ?

Lamine Guirassy : On a une expérience extraordinaire qu’on fait avec la radio, je parle des Grandes Gueules (les GG) sur radio Espace. Vous étiez le premier site en Guinée, je me souviens de Guineematin en 2014-2015 quand je vous ai dit que j’ai acheté un siège pour le Groupe Hadafo Médias ; et, jusqu’à présent, les travaux sont en cours. De ce fait, équiper les studios de nos radios pour essayer de faire radio-Tv. C’est-à-dire que hormis les GG, il y a la possibilité de voir d’autres émissions comme Politiquement Correct par exemple. Nous sommes en train de repenser tout ça et voir dans quel contexte aujourd’hui la diaspora va pouvoir intervenir à l’antenne. Parce que je sais qu’on est très suivi à l’extérieur par la diaspora guinéenne et également à l’intérieur du pays. Parce que je me dis si Espace Tv a marché, c’est parce que les guinéens se reconnaissent en cette chaine. C’est-à-dire que demain, on peut la retrouver à Boké, à Télimélé, à Gaoual, etc. On va au fond à la rencontre du peuple. Donc, ça fait que, comme le dit Moussa Moïse, c’est la télé qui regarde le peuple. Et, pour moi, ça, c’est important.

Guineematin.com : Vous avez prévu de mettre une antenne à Dakar (au Sénégal). Où en êtes-vous aujourd’hui sur ce projet ?

Lamine Guirassy : C’est en cours. Pas plus tard qu’hier, j’ai reçu les échos avec Tamba Zakary Milimono qui suit ce dossier de près. C’est au niveau de l’autorité de régulation, c’est-à-dire l’ARPT du Sénégal. Et, on verra ce que ça va donner. Parce que quand on prend aujourd’hui l’Afrique, la communauté guinéenne est plus nombreuse du côté du Sénégal. Donc, pour nous, il est important que Espace puisse avoir une antenne du côté du Sénégal. Encore une fois une précision, parce que quand on lance Espace au Sénégal, ce n’est pas pour dire que c’est radio Espace Guinée. C’est carrément une autre entité, radio Espace Sénégal où ce sont carrément les sénégalais qui vont y travailler. Nous avons aussi pensé à créer des antennes d’Espace Tv dans la sous-région. Ça va commencer par le Mali, parce que là-bas nous sommes sur la TNT. Donc, demain, il faut s’attendre à faire le décrochage comme nous le faisons déjà avec la radio. Je pense à Espace Labé, Espace N’zérékoré qui décroche à midi pour faire des éditions en locale. Nous sommes en train de réfléchir dessus pour voir dans quel contexte les régions, s’il y a la TNT évidemment, mais aussi ces capitales africaines où nous sommes repris par la TNT comme au Mali, on peut avoir nos studios dans ces zones-là.

Guineematin.com : le Groupe Hadafo Médias a été beaucoup éprouvé par le coronavirus, plusieurs de vos journalistes ont été atteints de cette maladie en Guinée. Comment vous faites pour vous en sortir aujourd’hui ?

Lamine Guirassy : C’est difficile ! Si vous avez remarqué, depuis que les premiers cas ont été signalés, on a mis à l’antenne que des rediffusions. Donc, à un moment, on s’est dit : est-ce que coronavirus doit nous arrêter à tous les niveaux pour ne pas suivre l’actualité ? On s’est dit « off à toutes les émissions », on va essayer de maintenir les Grandes Gueules et repartir avec les éditions d’informations à la radio (le 18 heures) et sur Espace Tv où nous n’avons maintenu qu’une seule édition d’information (le 20 heures). Et, aussi, avec le directeur des ressources humaines, voir dans quel contexte aujourd’hui, parce qu’ici il y a trois radios et deux chaines de télé, comment limiter au maximum le contact des gens. Donc, nous avons essayé de scinder le groupe en deux ; je pense que c’est ce qui se passe maintenant, nous sommes passés un peu en quatorzaine. C’est vrai que ce n’est pas facile. Mentalement et financière, on est touché. Mais, on se dit, tant que nous pouvons donner ce qu’on peut à ces auditeurs, à ces téléspectateurs, nous allons tout faire pour y arriver. Mais, j’avoue que ce n’est pas facile. On essaie de tenir, on se dit que Aboubacar, Madame Yéro, entre autres, sont sortis guéris de cette pandémie ; donc, on verra bien la suite.

Guineematin.com : La télé d’une autre planète est désormais à la conquête du monde terrestre. Alors, quel message avez-vous à l’endroit de vos employés ; mais, aussi, à tous ceux qui vous suivent à travers le monde ?

Lamine Guirassy : C’est de leur dire merci de la confiance. C’est vrai que ça n’a pas été facile ; mais, je pense que c’est la Guinée qui se retrouve sur Espace Tv. Et, quand on est guinéen, on ne lâche pas. Je découvre une émission sur Espace Tv qu’on appelle Rétroviseur, que je ne rate pas du tout chaque vendredi après le journal, où on revient un tout petit peu sur l’histoire de notre pays et tout ce qu’on a traversé. Si on retrouve un peu dedans cette idée de lutte, c’est d’abord le peuple, le reste on verra. Donc, c’est leur dire vraiment que ce n’est pas facile ; mais, leur dire aussi de continuer à nous suivre. Parce que je pense qu’en ayant en tête qu’ils nous suivent, c’est en cela seulement que nous pouvons nous surpasser et donner du propre à ces téléspectateurs, à ces auditeurs, à ces lecteurs de Guineematin.

Interview réalisée par Mamadou Baïlo Keïta et Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

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