Alpha Condé, président de la République

A date, la Guinée compte plus 3 000 cas confirmés de COVID-19 dont une vingtaine de morts. Plusieurs secteurs d’activités socioéconomiques- y compris la politique- sont touchés par cette crise sanitaire. Pour l’heure, aucun indicateur ne présage un ralentissement de la maladie dans le pays, malgré les mesures prises par les autorités. Cette propagation soulève des interrogations sur l’organisation cette année, à date, de l’élection présidentielle en Guinée. La crise sanitaire actuelle aura-t-elle un impact sur ce scrutin ? Peut-on assister à un glissement du calendrier électoral ? Les avis divergent au sein de la classe politique et la société civile se montre dubitative sur la question.

Selon l’article 28 de la constitution, « le scrutin pour l’élection du président de la république a lieu, quatre-vingt-dix jours, au plus, et soixante jours, au moins, avant la date de l’expiration du mandat du président de la république en fonction ». Ceci dit, les guinéens devraient être convoqués aux urnes en octobre prochain, au plus tard.

Mais, sur le terrain, la pandémie de Covid-19 brise quasiment tout espoir pour l’organisation de cette consultation électorale. Tous les efforts semblent tournés vers le combat contre le coronavirus dans le pays. Ce qui laisse planer le doute sur un possible glissement de calendrier électoral pour des raisons sanitaires. Pour certains acteurs de la société civile, la Covid-19 aura naturellement un impact sur la présidentielle.

« Quand on regarde les rapports en termes d’importance et de pertinence, l’état d’urgence sanitaire ne devrait permettre de grandes consultations sur l’étendue du territoire national. Mais, nous sommes dans un pays où la démocratie est en construction. Donc, est-ce que la nécessité de reporter les élections pour des raisons de COVID-19 peut être comprise de la même manière par la classe politique ? S’il y a un consensus national autour de la nécessité de reporter les élections, tant mieux. Mais, si la classe politique est divisée, d’autres évoquent même une transition au cas où les élections ne sont pas organisées à date, il faut mesurer entre l’impasse politique qui peut engendrer des situations incontrôlables et la prise de mesures nécessaires pour éviter la propagation de la maladie lors du processus électoral », explique Dansa Kourouma, président du Conseil National des organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSCG).

En d’autres termes, le président du CNOSCG admet qu’il est extrêmement difficile de trancher sur cette question ; d’autant plus que l’analyse des profits montre une division totale de la classe politique. Déjà, certains acteurs politiques pensent qu’un report ouvre inexorablement la voie à une transition, alors que d’autres estiment que l’état d’urgence sanitaire combiné à l’interdiction des rassemblements ne peut pas permettre la tenue d’une élection. Mais, la troisième chose qui est importante, c’est la population qui est partagée entre la nécessité d’éviter une nouvelle impasse politique et l’éminence nécessité de se protéger contre cette maladie qui fait des ravages à travers le monde.

« Alors, une consultation électorale dans un contexte de crise politique me semble être important pour éviter un vide institutionnel qui puisse précipiter le pays dans une situation inconnue. Mais, il revient aux citoyens de choisir entre l’inconnu et le connu mesurable qui consiste à organiser les élections en obligeant tous les citoyens de porter des masques le jour de l’élection », enseigne Dansa Kourouma.

Cependant, en se fondant sur la tenue du double scrutin législatif et référendaire du 22 mars dernier en Guinée et de l’organisation cette année d’élections nationales dans certains pays comme le Bénin, quelques acteurs politiques et certains observateurs estiment que la pandémie de coronavirus ne peut avoir un impact significatif sur le processus de la présidentielle en Guinée. Un processus électoral qui peine a démarré malgré l’élection d’un nouveau président à la CENI.

« Analyser l’impact du COVID-19 sur le calendrier électoral guinéen revient à mettre en évidence deux visions. Il y a d’abord la vision immorale et antirépublicaine qu’incarne aujourd’hui la mouvance actuelle. Parce que pour parler du calendrier électoral, le coronavirus n’en est qu’un seul petit facteur qui pourrait expliquer pourquoi les élections n’ont pas lieu… Alpha Condé savait que le coronavirus était en Guinée quand il a maintenu la mascarade électorale du 22 mars pour le double scrutin qui a exposé les gens à cette maladie… Alpha Condé décrète l’état d’urgence, interdit les regroupements de plus de 20 personnes, ferme les écoles et les lieux de cultes ; mais, dans le cadre de son plan, de sa stratégie, de ses petits calculs politiciens, il convoque l’assemblée dont beaucoup étaient déjà porteurs du virus. Donc, pour cette vision que je considère immorale et antirépublicaine, le coronavirus ne devait pas avoir un impact sur le processus. Au contraire, ça conforte cette position d’aller aux élections », indique Faya Milimono, le président du Bloc Libéral.

Plus loin, l’autre vision que relève cet opposant au régime d’Alpha Condé, est le souci pour le bien-être et la santé du guinéen, le respect de nos lois, la préservation des acquis démocratiques et le renforcement de l’Etat de droit dans notre pays. « Et, selon cette vision, on aurait à notre portée aujourd’hui, un fichier fiable. Il ne serait pas parfait, bien sûr ; mais, qui aurait l’avantage de bénéficier de la confiance de la majorité des acteurs politiques… Il faut reconnaître que n’ayant pas de fichier électoral, n’ayant pas une CENI digne de ce nom, les élections présidentielles pourraient ne pas avoir lieu avant la fin de l’année en cours, pour des raisons qui sont quand même objectives. Mais, la question la plus pertinente qu’il faut se poser, c’est si les élections n’ont pas lieu, qui sera tenu pour responsable et quelle sera la prochaine étape pour le peuple de Guinée dans son souci de préserver les acquis démocratiques. A cette question moi je dis : la faute sera imputable à Alpha et à sa mouvance… Quand on a un président qui ignore la loi et qui ne se soumet plus aux décisions de justice, naturellement, tout ce pourrait arriver est imputable à son régime. Par conséquent, on ne peut pas permettre, durant une période transitoire qui sera de fait créée parce qu’on n’a pas d’assemblée, que Alpha reste même pour une seconde », estime Faya Milimono.

Du côté de la mouvance présidentielle, on joue la prudence sur la question. On estime que l’urgence du moment, c’est la lutte contre le coronavirus. Et, par conséquent, tous les efforts, toutes les attentions doivent être accentués sur comment endiguer la pandémie actuelle.

Quant à la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante), on affirme ne rien pouvoir garantir pour l’instant.

« Vous savez que la CENI vient juste d’élire son nouveau président. Et, on est en train de travailler maintenant là sur les différents rapports des élections législatives. Il y a la direction des opérations qui doit réfléchir, avec certains commissaires, sur le chronogramme électoral. Donc, c’est après le chronogramme que nous allons démarrer les activités du processus électoral. Mais, avec la crise sanitaire, nous nous allons faire le chronogramme et l’ANSS (Agence Nationale de la Sécurité Sanitaire) verra ce qui est faisable… Pour le moment, avec la crise sanitaire, on ne peut rien vous garantir quoi que ce soit », explique Aly Bocar Samoura, chargé de communication à la CENI.

Cet article est une initiative de Search For Common Ground en collaboration avec le NDI (Nationale Democratic Institute) sur financement de l’USAID

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