Les mots et les maux du ministre

Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Comme tu dois le savoir, j’ai fait cette semaine la Une des médias traditionnels mais aussi les désormais incontournables et très redoutables réseaux sociaux. En cause, un petit terrain que j’ai acquis bien avant de devenir ce que je suis aujourd’hui. Mes adversaires ont brandi des images de ce petit bâtiment comme leur preuve que j’ai détourné de fonds publics.

Mais, comme dit le dicton, c’est pendant les difficultés que l’on découvre ses vrais amis. Comme tu ne suis pas forcément l’actualité, saches que je n’ai même pas eu besoin de me défendre. Même mon avocat s’en est abstenu pour le moment. Parce que j’ai d’autres avocats. Et pas n’importe lesquels. Comme si je savais que ce jour arriverait, je me suis fait un solide et fidèle réseau d’amis qui évoluent dans le domaine de l’information et de la communication. Ce sont ces amis qui, bénévolement et unanimement, ont témoigné pour dire à l’opinion publique que j’ai acquis ce terrain bien avant d’être à mon poste qui me vaut aujourd’hui tous les malheurs du monde. Car, c’est à cause de lui que les gens veulent m’abattre. Le bon réflexe m’avait suggéré de leur faire visiter ce bâtiment juste après ma nomination. A l’époque, ce n’était qu’un chantier. Et, je dois t’avouer que mes amis ont volontairement occulté cela. Depuis, une belle maison est sortie de terre.

Dis-donc, en quoi la construction d’une simple villa par un ministre peut-elle être un scandale voire séisme ? Ces gens me cherchent. Mais, ils vont me trouver. S’ils n’arrêtent pas, chacun va mettre tout ce qu’il sait sur la place publique. Comment un simple député peut avoir une centaine de camions bennes dans une société minière ? Comment justifier qu’un ministre puisse construire un hôtel du luxe ? Un Premier ministre de transition ne s’est-il pas tapé un château en moins d’une année ? Plus récemment encore, un autre ministre, après s’être battu comme un lion pour attribuer un marché gré à gré à une société étrangère aurait réalisé la maison de son rêve. Et, tout cela n’est que la partie visible de l’iceberg. Et, on trouve tout cela normal. Alors que la construction d’une simple villa avec la sueur de mon front défraie la chronique. Le vrai scandale, c’est le prétendu scandale.

Et que dire du patron même. Lequel il y a dix ans encore n’avait que cette maison qu’il faudrait à mon avis transformer en musée. Car, ni aujourd’hui ni demain cette maison, où nous effectuions un véritable pèlerinage pour témoigner notre soutien inconditionnel à celui qui était persécuté par la plupart de ses thuriféraires actuels, cette maison dis-je, n’est même pas digne à un ancien chef. A plus forte raison à un actuel. Bref, tu te rends compte que je m’écarte souvent de mon sujet pour parler d’autres choses qui ne t’intéressent pas forcément. Ma colère est à la dimension de l’injustice dont je suis victime.

Excuse-moi donc d’avoir presque rempli la page sans t’avoir dit l’objet de cette lettre. Alors, au regard de la gravité de la situation, je souhaite que tu ailles voir notre vieil ami. Lui dire qu’il y a les signes annonciateurs de ce qu’il t’avait dit récemment : à savoir qu’une flamme menaçait la demeure. La mienne en l’occurrence. Je n’ai pas besoin de te dire ce qu’il faut dire. Ce dont il s’agit, c’est d’agir vite afin que l’ennemi n’atteigne pas son objectif. Pour moi, c’est désormais une question de vie ou de mort. Il faut se battre pour survivre. Politiquement. Et même physiquement. Ou baisser les bras et périr.

Il y a encore quelques années, je pouvais reprendre mes anciennes activités. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Un ancien ministre ne peut pas prospérer dans le business. Tout le monde va lui mettre des bâtons dans les roues. Mon avenir, voire ma survie, va se jouera en politique. Et, là-dessus, je n’entends plus jouer les seconds rôles. Comme disait Platon « A pratiquer plusieurs métiers, on ne réussit dans aucun ». Désormais, je vais pratiquer un seul : la politique.

Et, c’est cette volonté qui me vaut les soucis actuels. On me prête même l’intention de remplacer le grand patron. Ce n’est pas un crime.

Je compte donc ouvrir plusieurs fronts. Tu t’occuperas de celui du domaine de l’occulte. Je veux parler des sciences occultes. Car, nous sommes en Afrique. Ce domaine est incontournable. L’autre front est celui d’entretenir, de renforcer et de fidéliser le réseau d’amis. Mon grand-père me disait que la main qui a reçu épargne toujours celle qui a donné. Je viens d’avoir une nouvelle preuve. Et, le troisième front, me demanderas-tu ? Celui-là est personnel. Car, pour citer une nouvelle fois ce vieux qui m’aura marqué à vie, à savoir mon grand-père, il disait qu’il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier.

Attendant impatiemment les nouvelles de ta rencontre avec le vieux et surtout les premiers effets de son travail, je salue toute la famille. Ton ami, le probable futur ex-ministre.

Toute ressemblance entre cette histoire et une autre n’est que pure coïncidence.

Habib Yembering Diallo

Téléphone : 664 27 27 47

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