L’honorable Fodé Mohamed Soumah, président du parti Génération Citoyenne (GéCi)

Dans une interview accordée à Guineematin.com dans la journée de ce mardi, 2 juin 2020, le président du parti Génération Citoyenne (GéCi), l’honorable Fodé Mohamed Soumah, est revenu sur la falsification de la nouvelle constitution issue du référendum du 22 mars dernier. Pour ce député ayant participé au vote, c’est « une folie » de la part des auteurs du changement du document avant sa publication au journal officiel de la République.

Décryptage !

Guineematin.com : vous avez accepté d’aller au double scrutin et aujourd’hui la nouvelle constitution a pris un sérieux coup avec une falsification de plusieurs de ses articles. Est-ce que vous ne regrettez pas d’avoir accompagné ce processus ?

Fodé Mohamed Soumah : la GéCi était favorable à une révision de la constitution. On l’a toujours dit et nous estimons qu’il fallait le faire.

Guineematin.com : une révision ou un changement de la constitution parce qu’il y a eu un changement?

Fodé Mohamed Soumah : Attendez ! Je fais la genèse. Nous étions favorables à une révision parce que nous estimons qu’il y a certaines choses qu’il fallait apporter à notre constitution, il y a des choses à attaquer et à améliorer. Mais, on est parti vers une nouvelle constitution. A aucun moment la GéCi ne s’est sentie concernée par le référendum. A aucun moment nous n’avons donné  des consignes de vote. A aucun moment nous n’en avions débattu. Nous avons dit, et il y a les traces, tout ce qui nous intéressait, c’était les législatives. C’est le travail qu’on avait fourni depuis 6 ans pour que la GéCi soit à l’Assemblée. Qui pouvait imaginer qu’il y aurait eu couplage des élections ? Personne. Nous, on ne pensait pas. Mais, quand le couplage est arrivé, on a eu des problèmes à l’interne : on y va ? On n’y va pas ? Si on n’y va pas, on fait quoi ? Finalement, on a décidé d’y aller en mettant le focus sur les législatives. Mais, on n’a pas donné des consignes de vote parce que pour nous, c’était un non évènement. On demandé à nos partisans d’intensifier et de massifier la campagne du parti afin qu’on puisse avoir le maximum de députés. Par rapport à ce qui s’est passé, déjà je regrette que nous n’ayons eu un avant projet qui n’a pas fait le circuit normal, avec des fautes d’orthographe, avec des problèmes de syntaxe. Ça montre l’amateurisme de l’exécutif de notre pays. Maintenant, il y a eu le vote avec plébiscite ; mais, dans le cas d’espèce, c’est la copie conforme qui doit être promulguée. Nous, on a fait un travail à la GéCi, à partir de la 5ème page de ce qui est promulgué, il n’y a pas une seule page où il n’y a pas une modification. Nous avons le document avec le sceau du ministre de la justice et nous avons fait un travail comparatif, avec le copier-coller ; mais, il n’y a pas une seule page où vous n’avez pas une modification ou bien un changement. C’est quand même dramatique. On va où ? Il n’y a pas une seule page où vous n’avez pas une différence entre ce document qui a été soumis aux guinéens avec le sceau du ministre et celui qui a été publié au journal officiel. Il y a en a même qui parlent et qui disent qu’il y a eu plusieurs copies ; mais, la copie qui nous intéresse, c’est la copie qui nous a été soumise avec le sceau du ministre et elle est là avec nous. Maintenant, la photocopie, on a fait la lecture de la première ligne à la dernière, c’est scandaleux. Et, nous avons un ministre de la justice qui vient de nous dire que c’est la constitution qui a été promulguée qui est en vigueur ; mais, non ! On n’est pas d’accord non pas en tant qu’opposant ; mais, en tant que citoyen. Nous avons voté pour une constitution, c’est elle qui doit être promulguée. Ça, ce n’est pas l’opposant qui parle, c’est le guinéen. Et donc, nous disons aux autorités qu’aujourd’hui, ce que nous voulons, c’est la constitution pour la quelle les guinéens ont voté. Cette falsification montre le degré, je ne dirais même pas d’amateurisme, si vous savez, lorsque vous trichez pour que ça ne se voit pas, c’est de la bêtise ; mais, lorsque  vous savez que ça se saura, c’est de la folie. Qui pouvait imaginer qu’entre le document proposé et le document publié il n’y aurait des esprits éclairés ? Comment est-ce qu’on peut imaginer que cela pouvait passer comme une lettre à la poste ? Je trouve que c’est scandaleux.

Guineematin.com : qu’allez-vous faire face à cette situation ?

Fodé Mohamed Soumah : nous sommes en train de travailler au sein de l’Alliance patriotique parce que nous avons des hommes de lois, des avocats. Je pense que ce n’est plus une question de fidélité à un parti. C’est une question de patriotisme. Moi, je ne discute pas seulement pour discuter parce qu’il y a des acquis où je ne suis pas d’accord. Quand on parle par exemple de candidature indépendante, je ne suis pas d’accord. Dans certains pays, ça se comprend mais chez nous, je ne suis pas d’accord pour une candidature indépendante à l’élection présidentielle. Dans les élections locales, oui parce que le tout politique a tué ce pays. Comment vous pouvez dire à l’élection présidentielle oui à une candidature indépendante ? A quoi vont servir les partis politiques ? A quoi servent les militants ? A quoi servent l’opposition et la mouvance ? Non ! On ne peut pas accepter une candidature indépendante à une élection présidentielle, je ne suis pas d’accord. Et dans le cas de la Guinée, c’est serait favoriser ceux qui ont de l’argent.

Guineematin.com : mais, dans la nouvelle constitution, vous avez voté en faveur d’une candidature indépendante parce que c’est ce qui avait été prévu ?

Fodé Mohamed Soumah : ça a été élagué. On parle maintenant de parrainage politique…

Guineematin.com : mais, est-ce qu’il est possible que vous recontactiez vos amis du FNDC pour combattre ce changement de constitution ?

Fodé Mohamed Soumah : non ! Je ne veux pas qu’on change de constitution, je suis un démocrate. Il y a beaucoup de choses pour lesquelles je ne suis pas d’accord. Mais, à partir du moment où la majorité des guinéens approuve, en tant que guinéen, je me dois de m’aligner. Est-ce que vous savez combien coûte une élection ?

Guineematin.com : ce qu’on sait, c’est que cette élection nous a coûtés beaucoup de vies humaines.

Fodé Mohamed Soumah : nous avons tellement de projets, nous voulons arriver au pouvoir. Les élections coûtent chères. Dans tous les pays du monde, c’est l’administration qui organise et elle travaille en connivence avec l’opposition et la mouvance. Donc aujourd’hui, vouloir dire qu’on va mettre tout ça à la poubelle pour revenir à la case départ, déjà que je ne suis pas d’accord par le fait qu’on n’a pas été consulté pour donner notre avis, je ne suis pas d’accord sur beaucoup de choses. Mais, en tant que démocrate, en tant que guinéen, une fois qu’on me dit que ça a été voté, je m’aligne. Je ne suis pas le bon Dieu et je n’ai pas la prétention de bomber le torse face à la majorité de mes compatriotes.

Guineematin.com : désormais, vous soutenez la nouvelle constitution ?

Fodé Mohamed Soumah : je ne la soutiens pas.

Guineematin.com : vous la contestez ?

Fodé Mohamed Soumah : je l’accepte en tant que minoritaire dans ce pays. En tant que guinéen, j’accepte parce que tout simplement c’est le principe majoritaire qui a guidé et qui guide mon action politique. Revenant sur la candidature indépendante, vous vous imaginez dans un pays où il y a le vote communautaire et régional, l’achat de conscience, on va parler de parrainage, on va parler de candidature indépendante, cela veut dire qu’on est en train d’enterrer la jeunesse dans ce pays qui est majoritaire parce qu’elle n’a pas les moyens. La vanne qu’on va ouvrir, cette jeunesse n’a pas les moyens. Une élection, c’est des centaines de milliers d’euros pour des gens qui n’ont même pas de boulot mais qui aiment leur pays et qui sont capables d’apporter quelque chose à leur pays. Moi, je vous dis qu’il y a des choses pour lesquelles je ne suis pas d’accord. Mais, en tant que démocrate et en tant que guinéen, lorsque la majorité dit c’est blanc, je dis ok même si je pense que ce n’est pas bon. C’est ça le principe majoritaire qu’il faudra que chacun applique. C’est ça le pacte républicain que je demande à mes pairs de l’opposition pour dire que lorsque quelque chose est actée, même si vous ne voulez pas vous y associer, il faut l’accepter.

Guineematin.com : monsieur Soumah, dans ce cas, jusqu’où vous irez dans la contestation de celle nouvelle constitution ?

Fodé Mohamed Soumah : au niveau de la GéCi, on va proposer qu’il n’y ait pas une seule virgule qui change par rapport au document qui a été présenté. C’est tout ce qu’on peut faire et nous allons nous battre que ça soit fait.

Interview décryptée par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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