L’humanité a célébré la journée internationale du tabagisme le dimanche, 31 mai 2020. Pour ce qui est de la Guinée, cette journée est passée inaperçue à un moment où toutes les attentions sont focalisées sur la lutte contre le coronavirus. Pourtant, le tabagisme est à l’origine de nombreuses maladies cardio-pulmonaires. Une situation que regrettent certains médecins qui ne manquent pas de tirer la sonnette d’alarme. C’est le cas du Professeur Lansana Mady Camara, maître de conférences en pneumologie et chef service de la pneumologie à l’hôpital Ignace Deen.

Dans un entretien accordé à un reporter de Guineematin.com dans la journée d’hier, mardi 02 juin 2020, Professeur Camara a évoqué les multiples facettes liées à la consommation régulière du tabac.

Décryptage !

Guineematin : bonjour Professeur. D’entrée de jeu, dites-nous, qu’est-ce c’est le tabagisme ?

Professeur Lansana Mady Camara : le tabagisme est la consommation abusive de la cigarette. C’est lorsqu’on consomme régulièrement le tabac, c’est ce qui constitue le tabagisme.

Guineematin : quelles sont les maladies causées par la consommation de ces substances ?

Pr. Lansana Mady Camara, maître de conférence en pneumologie et Chef du service de la pneumologie à Ignace Deen

Professeur Lansana Mady Camara : les maladies causées par la consommation du tabac sont nombreuses. Ce qu’il faut savoir, c’est que quand quelqu’un consomme la cigarette, il y a plusieurs facteurs qui peuvent provoquer la maladie. Premièrement, le bout incandescent, c’est-à-dire la partie qui brûle, a une température qui va jusqu’à 850°, donc très élevée. Donc, l’air chaud qu’il entraîne peut favoriser une perte de vue, un cancer de la cavité buccale. Ensuite, deuxièmement, la fumée qui est inhalée peut avoir des effets directs sur la muqueuse bronchite, et enfin les substances contenues dans cette fumée là peuvent être absorbées et atteindre n’importe quel organe dans l’organisme. On peut classer ces maladies là en deux groupes, à savoir : celles qui sont liées à l’appareil respiratoire, dont le cancer du poumon, et les maladies cardiovasculaires, dont l’hypertension.

Guineematin : quelles sont les conséquences de cette maladie sur la santé du consommateur ?

Professeur Lansana Mady Camara : la consommation de ces substances a d’énormes conséquences sur l’organisme, dont entre-autre : les infections respiratoires, des cancers au niveau du larynx et du pharynx, l’enzyme de poitrine, les maladies cardiovasculaires, le cancer du poumon, l’hypertension, les AVC (Accidents Vasculaires Cérébraux)… Ça, ce sont les conséquences physiques sur l’organisme. Sur le plan économique, c’est comme si on dépensait de l’argent pour acheter de la maladie pour soi. Parce que le consommateur va dépenser pour acheter la cigarette. Après, il sera obligé de payer les médicaments pour se soigner. Sans compter les inconforts entraînés par la maladie tels que la douleur, les arrêts du travail, etc.

Guineematin : disposez-vous de statistiques liées à cette maladie ?

Professeur Lansana Mady Camara : c’est difficile de donner les statistiques sur cette maladie. Parce que le suivi n’est pas très bien fait ici, on ne décèle pas tous les cas. Donc, on ne peut dire exactement ces statistiques-là. En dehors du service de la pneumologie, les autres recueillent très peu les maladies liées au tabac. Ce qui fait que nous ne disposons pas de tous les chiffres. Mais, selon les études que nous menons au niveau par exemple du personnel médical au niveau des hôpitaux, on a une fréquence de 45% des fumeurs. Chez les infirmiers, nous avons 39%, chez les tuberculeux, nous avons le taux le plus élevé, 72%. Selon une étude faite à Forécariah, nous avons eu 43,75% au niveau des médecins.

Guineematin : comment se passe la prise en charge de cette maladie ?

Professeur Lansana Mady Camara : la prise en charge de ces maladies, notamment la bronchite chronique et le cancer du poumon, se passe comme suit : il y a le programme national de la lutte contre les maladies transmissibles qui assure une partie de la prise en charge, sinon la prise en charge ou le traitement repose uniquement et essentiellement sur le malade lui-même. C’est-à-dire les examens, les suivis, les médicaments sont à la charge du malade.

Guineematin : quel conseil donnerez-vous à ces consommateurs de tabac, notamment la couche juvénile ?

Professeur Lansana Mady Camara : si vous arrêtez de consommer, les effets vont s’atténuer, mais ce serait sur une longue durée. Mais, plus tôt vous arrêtez, plus vous aurez votre santé. Le problème est que si la maladie s’installe déjà dans le corps, le bénéfice devient un peu faible. Il faut conseiller aux jeunes, surtout ceux âgés de moins de 20 ans, de ne pas se livrer à la consommation de ces substances nuisibles. Les enfants surtout sont très fragiles à la nicotine par rapport aux adultes. Maintenant, pour les malades, le sevrage est difficile parce qu’on fait le sevrage pour ne pas tomber malade. Mais, si on est déjà malade, ça devient compliqué. Parce que nous sommes dans un pays en voix de développement où les mesures ne sont pas strictes.

Propos recueillis par Malick Diakité pour Guineematin.com

Tel : 626-66-29-27

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