Depuis quelques mois, une épidémie de rougeole frappe la Guinée et a déjà fait 17 décès, si l’on en croit le Programme Elargi de Vaccination (PEV). Conakry et certaines préfectures de l’intérieur du pays sont aujourd’hui touchées par cette maladie qui s’attaque spécifiquement aux enfants. Dans un entretien accordé à un reporter de Guineematin.com ce mercredi 17 juin 2020, Dr Moustapha Dabo, coordinateur du PEV, qui relève du ministère de la Santé, a apporté des précisions sur la maladie et sur les actions engagées pour y faire face.

Décryptage !

Guineematin.com : on apprend que des cas de rougeole ont été détectés dans le pays. Qu’en est-il réellement ?

Dr. Moustapha Dabo, médecin, Coordinateur national du PEV

Dr Moustapha Dabo : la rougeole est une maladie virale, très contagieuse qui touche spécifiquement les enfants et se transmet à travers des gouttelettes respiratoires. Et, c’est l’une des causes de mortalité chez les enfants. Si vous prenez toutes les maladies évitables par la vaccination, la rougeole c’est presque la moitié des causes de mortalité au niveau de nos enfants. Donc, nous avons un système de surveillance qui a notifié des cas de rougeole. A date, nous sommes à 517 cas confirmés de rougeole depuis le début de cette année avec 17 décès.

Guineematin.com : on apprend que plusieurs endroits du pays sont touchés, notamment Conakry et certaines préfectures du pays.

Dr Moustapha Dabo : oui, plusieurs localités sont touchées, notamment quelques communes de Conakry, à savoir Kaloum, Ratoma et Matoto. Mais, il y a aussi des cas qu’on a notifiés à l’intérieur du pays. Il s’agit notamment de Kouroussa, quelques cas à Lélouma, à Kankan notamment. Donc, voilà en gros les cas notifiés de rougeole.

Guineematin.com : quelles sont les stratégies mises en place par le PEV pour circonscrire ces cas de rougeole détectés dans le pays ?

Dr Moustapha Dabo : le Programme Elargi de vaccination dans son travail de tous les jours, prend des dispositions pour pouvoir juguler ces cas de rougeole. Il faut rappeler qu’il y a deux ou trois années en arrière, à la même période on avait notifié plus du triple de ces cas. Donc ça veut dire que nous sommes en train de travailler pour circonscrire ces cas de rougeole dans ces localités. Nous avons principalement quatre stratégies pour gérer, pour contenir les cas de rougeole. La première stratégie, c’est de vacciner tous les enfants, c’est-à-dire améliorer les couvertures vaccinales à au moins à 90%, la première dose de vaccin contre la rougeole chez les enfants à 9 mois. Ça c’est la première stratégie dans le cadre de la vaccination de routine. La deuxième stratégie, c’est de donner l’occasion aux enfants d’avoir une seconde dose, entre 12 et 15 mois chez les enfants pour pouvoir renforcer leur système immunitaire. Et cette deuxième stratégie se fait à deux options : la première option, c’est vraiment dans la vaccination de routine, mais je pu dire qu’aujourd’hui on a n’a pas introduit la seconde dose contre la rougeole dans le PEV de routine. Alors, on administre la seconde dose aux enfants lors des campagnes de vaccination. Mais aujourd’hui, le PEV est en train de travailler avec l’appui des partenaires pour pouvoir introduire la seconde dose contre la rougeole et cela pourrait intervenir bientôt. La troisième stratégie c’est de renforcer la surveillance, ce qu’on appelle la surveillance cas par cas. Donc chaque cas qui est investigué, les prélèvements sont faits et ensuite on fait les examens de laboratoire. La quatrième stratégie porte sur la prise en charge des cas. Donc, si nous avons des cas confirmés de rougeole, qu’est-ce qu’on fait ? On les oriente dans les différentes formations sanitaires : dans les centres de santé, dans les hôpitaux pour assurer la prise en charge.

Guineematin.com : à l’immédiat, quelles sont les dispositions pratiques que vous envisagées pour juguler la maladie, puisque déjà 17 personnes en sont décédées ?

Dr Moustapha Dabo : les dispositions pratiques, c’est la prise en charge des cas dans les formations sanitaires. Tous les cas confirmés de rougeole sont prise en charge. Vous savez que nous sommes dans le contexte de la maladie à Coronavirus, et aujourd’hui, il y a beaucoup de rumeurs, il y a beaucoup de réticence envers les services de vaccination. Ce que nous faisons, c’est de renforcer la communication, la sensibilisation envers les parents, les mères de familles, pour dire d’utiliser les services de vaccination pour pouvoir vacciner correctement les enfants. Aussi à l’endroit des agents de santé, de les rassurer, les doter en kits de protection : les bavettes, les kits de lavage des mains, les thermo flashs pour pouvoir assurer le tri, mais aussi la distanciation sociale au sein des formations sanitaires, mettre la distance pour que les enfants puissent être vaccinés correctement. Ce que nous faisons aussi, c’est d’approvisionner ces centres de santé en vaccins parce que s’il n’y a pas de vaccins, il n’y a pas de vaccination. Donc aujourd’hui, nous sommes en train d’approvisionner tous les 417 centres de santé du pays en termes de vaccins et de matériels de vaccination. Voilà un peu les dispositions que nous sommes en train de prendre et nous espérons que tout cela va aboutir avec la sensibilisation, rassurer les populations pour que les enfants soient vaccinés. La meilleure façon de prévenir la rougeole, c’est la vaccination. Et, je pu vous dire aussi que le 11 juin dernier, le ministre de la Santé, Son Excellence Dr Colonel Remi Lamah a signé une note circulaire indiquant formellement la gratuité de la vaccination selon le calendrier vaccinal du programme élargi de vaccination. C’est-à-dire les enfants jusqu’à un an, les femmes enceintes, dans les soins de santé, la vaccination est totalement gratuite. Donc aujourd’hui, nous sommes en train de faire une large diffusion de cette note circulaire et je pense qu’avec votre soutien, cela aura un impact sur le respect de la gratuité des services de vaccination et par ricochet pour améliorer l’accessibilité des services de qualité à tous les enfants.

Guineematin.com : quel est le mot de la fin ?

Dr Moustapha Dabo : le dernier mot, c’est de vous remercier vous les médias qui nous accompagnez dans ce processus. Mais aussi, c’est de rassurer les parents que le ministère de la Santé, à travers le Programme Elargi de Vaccination, travaille d’arrache-pied pour mettre tous les intrants dans les centres de santé, pour renforcer la capacité des agents de santé pour que les enfants soient vaccinés. La vaccination est un droit pour les enfants mais un devoir pour nous les agents de santé, mais aussi pour leurs parents.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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