Depuis 2010, la Guinée est empêtrée dans un cercle vicieux de crises politiques. Des crises qui, par moment, ont été réglées par des pourparlers entre les protagonistes de la classe politique. Même si les conclusions de ces pourparlers (les accords politiques) ont souffert parfois dans leur mise en œuvre, elles ont tout de même permis de surmonter certains obstacles qui se sont posés à la Guinée dans la construction de sa jeune et fébrile démocratie.

Ces derniers temps, le dialogue politique semble être rompu à jamais entre le pouvoir (y compris la mouvance présidentielle) et l’opposition. Les acteurs des deux camps se sont visiblement inscrits dans une logique de défiance. Chacun peaufine des stratégies et affute ses armes pour une démonstration de force. Le climat politique est constamment crispé et cela suscite des interrogations sur l’avenir du dialogue politique dans le pays en prélude à l’élection présidentielle, prévue en octobre prochain.

Le dernier dialogue politique en date en Guinée remonte au mois de décembre dernier. Les pourparlers entre la mouvance présidentielle et l’opposition s’articulaient autour du « parachèvement des élections communales et communautaires » du 4 février 2018. Les échanges entre les acteurs des différents bords politiques avaient duré quelques jours, le temps de deux séances. Ils avaient eu lieu avec la facilitation de Laho BANGOURA (le conseiller du Premier ministre) et s’étaient soldés par un par un « échec ». L’opposition s’était retirée du dialogue sans jamais y revenir. Les divergences politiques n’ont pas permis d’aboutir à un accord. Et, depuis, le pouvoir (épaulé par le RPG arc-en-ciel) et l’opposition ne cessent de s’affronter sur le terrain. Chacun se targue d’une légitimité populaire et campe sur sa position de combat. L’entêtement des uns et des autres, ainsi que le désire constant de chacun de prouver sa suprématie politique a coûté la vie à plusieurs dizaines de guinéens. En témoigne les manifestations contre la tenue du double scrutin législatif et référendaire du 22 mars dernier et leur tribut de morts, de blessés et de destruction de biens matériels.

Ce double scrutin, tenu dans un bras de fer, est venu accentuer les divergences et creuser davantage le fausser entre le pouvoir et l’opposition. Une opposition qui accuse l’actuel chef de l’Etat guinéen (Alpha Condé) de vouloir briguer un troisième mandat à la tête de la Guinée. « Alpha Condé veut une présidence à vie à la tête de la Guinée », déclare-t-on inlassablement dans les rangs de l’opposition. De son côté, le chef de l’Etat reste imprécis sur cette situation qui pose inévitablement l’épineuse question de l’alternance démocratique en Guinée. « C’est le parti (le RPG) qui décidera si je me présente en 2020 ou pas », répond-t-il chaque fois qu’on lui demande s’il compte rempiler pour un troisième mandat.

Le dialogue entre les deux bords semble avoir rejoint son tombeau, alors que le pays est à l’orée d’une élection présidentielle. « L’insuffisance de dialogue entre les différents acteurs politiques provoque une escalade de tension avec des recours à la violence susceptible de porter gravement atteinte aux acquis démocratiques en Guinée. Nous appelons tous les acteurs à renouer le dialogue dans le cadre du comité de suivi », s’était ainsi exprimée la communauté internationale (ONU, CEDEAO, UE, Etats-Unis…) au mois d’octobre 2019 dans un communiqué conjoint. Un communiqué publié au lendemain d’une « manifestation anti-3ème mandat » organisée par le Front National de Défense de la Constitution (FNDC) et qui avait coûté la vie à près d’une dizaine de guinéens.

Ces appels de la communauté internationale se sont multipliés ces derniers temps. Et, à l’occasion d’une cérémonie de décoration à titre posthume de l’ambassadeur Simon Hanshaw, le président Alpha Condé a laissé entrevoir la tenue prochaine d’un dialogue politique en prélude au prochain scrutin présidentiel en Guinée. « Il (l’ambassadeur des Etats-Unis en Guinée, Simon Hanshaw) va beaucoup nous manquer, surtout dans le dialogue que nous allons engager avec toutes les forces politiques pour que les élections présidentielles soient inclusives », a dit le chef de l’Etat guinéen.

Seulement, au vue de la situation, des pourparlers entre le pouvoir et l’opposition, sans la médiation de la communauté internationale, sont d’avance voués à l’échec. Car, en plus des nombreux contentieux qui les opposent, il existe un réel déficit de confiance entre les acteurs des deux bords.

Cet article est écrit par un journaliste de Guineematin.com sur initiative de Search For Common Ground, en collaboration avec le NDI (Nationale Democratic Institute) sur financement de l’USAID

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