Répression de Coyah : blessée par balles au ventre, Mabinty Sylla a accouché

Mabinty Sylla, blessée par balles à Coyah

Donnée pour morte après avoir reçu trois balles, dont une au ventre, lors des échauffourées de Coyah au mois de mai dernier, Mabinty Sylla, jeune dame en grossesse à l’époque, avait été envoyée aux urgences de l’hôpital Ignace Dean. Après y avoir passé près de 6 semaines, elle a fini par donner naissance à une fille dans la journée d’hier, mardi 23 juin 2020, a appris sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Son histoire avait ému toute la Guinée. C’est dans sa chambre familiale à Coyah que Mabinty Sylla, en grossesse avancée, a reçu des balles dont une au ventre. C’était à l’occasion d’une féroce répression des manifestants contre les rackets des agents des « corona-barrages », le 12 mai 2020.

Pr Aïssatou Taran Diallo, cheffe de service de la chirurgie générale de l’hôpital national d’Ignace Deen

Transportée à l’hôpital Ignace Dean, elle y a passé quelques semaines où elle a donné naissance à une fille. Interrogée par notre reporter ce mercredi, 24 juin 2020, Professeur Aissatou Taran Diallo, cheffe de service de la chirurgie générale de l’hôpital national d’Ignace Deen, a expliqué les péripéties de cette affaire. « Le 12 mai, suite à un traumatisme survenu à Coyah par arme à feu, nous l’avons reçue dans une circonstance d’urgence avec des lésions thoraciques et abdominales. Elle a été prise au bloc opératoire grâce à la coordination de tous les efforts de la direction, de l’équipe de chirurgie, l’équipe des anesthésistes. Cette équipe pluridisciplinaire a permis de la prendre au bloc et de l’opérer dans l’urgence. Les lésions thoraciques ont été réparées, les balles extraites et les lésions abdominales aussi réparées, et par chance la grossesse a été conservée. Lorsque la cicatrisation des lésions chirurgicales est intervenue, nous avons préféré la garder ici à proximité du service de la maternité pour qu’elle bénéficie d’un accouchement assisté dans un meilleur environnement. On l’a reçu aussi après la maternité, son état est stable, ses plaies sont cicatrisées, et le bébé pèse deux kilogrammes. Cependant, on a demandé une consultation à l’institut de nutrition de santé de l’enfant. Nous allons organiser son transfert là-bas pour qu’elle soit prise en charge au niveau de l’enfant et qu’elle reçoive les conseils qu’il faut pour un bon suivi de l’enfant ».

Mabinty Sylla, blessée par balles à Coyah

Interrogée sur son état de santé, la jeune mère a dit sa joie d’avoir pu accoucher dans les meilleures conditions. « Je commence par remercier les autorités sanitaires, notamment Dr Awada, directeur général de cet hôpital. Mon état d’hier, c’est-à-dire avant l’opération, et aujourd’hui, ce n’est la même chose. Je remercie les médecins et les personnes de bonne volonté qui m’ont secourue et assistée. Je me porte bien aujourd’hui par la grâce de Dieu et mon enfant également. J’en suis heureuse. Je ne pensais pas pouvoir vivre après que j’ai reçu ces balles », a laissé entendre Mabinty Sylla.

Ce dossier a été suivi de bout en bout par Yamoussa Bangoura, chargé des questions de jeunesse et de l’emploi au niveau du Conseil National des organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOCS-G). Il se félicite de cette première victoire qui est celle qui a consisté à sauver cette jeune dame. Il promet de s’investir pour aider à traquer les personnes responsables de la répression de Coyah.

Yamoussa Bangoura, chargé des questions de jeunesse et de l’emploi au niveau du CNOCS-G

« Nous nous sommes saisis du dossier dès que l’acte s’est passé. Parce qu’il fallait d’abord mobiliser les médecins, mais aussi les personnes de bonne volonté pour pouvoir accompagner la pauvre femme. Et heureusement, grâce à l’implication des médecins surtout, tout s’est bien passé. La dame a accouché et sa vie et celle de son enfant ne sont pas en danger. Nous pouvons dire que c’est une première victoire… Le défi que nous avons aujourd’hui c’est celui de faire en sorte que les responsabilités soient situées. Nous interpellons le Chef de l’Etat qui a bien voulu ouvrir une enquête au tour de ce dossier. Nous interpellons le Chef d’état major et la justice à tout mettre en œuvre pour que les présumés auteurs de ces actes soient arrêtés, jugés et condamnés ».

La mésaventure de cette jeune mère avait suscité un grand élan de solidarité. Des fonds ont été collectés pour la circonstance. Des bruits commencent déjà à circuler autour de ces montants au point que la Direction de la Police Judiciaire aurait été saisie.

A suivre !

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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