Feu Amadou Gon Koulibaly

Par Amadou Diouldé Diallo : A 61 ans, il avait traversé le temps comme un météore. Sur les traces de ses parents et grands-parents de la noblesse de l’aristocratie Senoufo régnante, sur le Nord de la Côte d’Ivoire et d’une bonne partie de l’actuel Burkina-Faso. Ce qui dans la hiérarchie des valeurs traditionnelles au manding ne saurait surprendre dans la mesure où la charte de Kouroukanfuga de 1236 classe les Coulibaly dans les 4 familles régnantes de ce grand espace sociopolitique.

Cette famille riche et respectée des Gon a apporté des soutiens considérables au PDCI-RDA, dans sa lutte pour l’indépendance de Côte d’Ivoire, sous l’impulsion de feu Félix Houphouët Boigny. Et, après des classes excellentes à Korogho, sa ville natale, que le jeune Amadou Gon Coulibaly va succomber au charme et aux compétences avérées d’un autre fils du Nord, de Kong, celui-là, et va en faire son idole et son mentor. Alassane Dramane Ouattara, dont l’exemple et les références académiques brillamment obtenus aux Etats-Unis, en font un symbole de fierté.

Comme le disent les soussous, il faut bien que quelqu’un plie son genou pour qu’il serve d’appui au pied d’un autre pour s’élever. Pour le jeune Amadou Gon Coulibaly, c’est le genou d’Alassane Ouattara qui lui servira de rampe de lancement. Devenu Premier ministre en 1990, ce dernier fait de lui un conseiller technique. Et, depuis, plus rien ne séparera les deux hommes. Le second se met à l’école du premier et gravit les échelons sous son aisselle durant les péripéties de la vie politique et économique de la Côte d’Ivoire.

L’opposant, puis le président de la République, Alassane Ouattara peut toujours compter sur la fidélité à toute épreuve de son frère, voire même de son fils, avec qui il partage la vie faite d’ombres et de lumières.

Rassuré que le fils peut désormais porter le sacerdoce et faire comme le père, Alassane Ouattara nomme Amadou Gon Coulibaly secrétaire général de la présidence de la République, le dernier test d’assurance avant la lourde charge de celle que lui-même portait hier, Premier ministre de Côte d’Ivoire avec le portefeuille et le budget dans son escarcelle.

Trois ans à ce poste et au vu des brillants résultats obtenus, grâce à une ardeur au travail et une rigueur dans la gestion unanimement reconnues, le père va franchir le dernier palier en faisant du fils son dauphin à la présidentielle d’octobre 2020.

A 78 ans, soit 17 de plus que son Premier ministre, Alassane Ouattara pense laisser son pays dans de bonnes mains tout en restant à côté, s’il y avait un retard à l’allumage, car l’économiste mondialement reconnu est une école à consulter à tout moment.

Malheureusement, les voies de Dieu sont insondables. Il était écrit que le mercredi 8 juillet 2020 marquait la fin de parcours de Amadou Gon Coulibaly, le candidat du RHDP à la présidentielle d’octobre.

Comme on dit, la difficulté n’est pas de trouver des hommes qui obéissent ; mais, des hommes qui commandent. L’enfant de Korogho savait commander, dépositaire qu’il était de ce pouvoir transmis de génération en génération. C’est pourquoi, il a toujours su allier tradition et modernité comme en juillet dernier à l’occasion du mariage d’une des nièces de son épouse, madame Aïssatou Wora Diallo.

On le voit sur une de ces photos à la réception organisée au centre « Sol Béni » d’Abidjan et animée par Sékouba Bambino Diabaté. Sans protocole, au milieu d’une foule d’invités et devant les artistes traditionnels Senoufo, il avait demandé à ces derniers de faire taire leurs instruments à l’exception du balafon. Au son de cet instrument, il avait esquissé quelques pas de danse comme on le fait en pays Senoufo, pour se rappeler l’ivresse de son enfance et de son adolescence à Korogho. Bercé, il avait fermé les yeux et envoyé son esprit à la recherche du bois mort dans la forêt de souvenirs.

La Côte d’Ivoire a perdu un fils. La Guinée un beau fils, car Amadou Gon Coulibaly avait pour épouse la Kaldouyanké, Aïssatou Wora Diallo, une arrière-petite-fille de Karamoko Alpha Mö Labé. Elle était à la dernière Ziara de son aïeul à Labé.

Aissatou Wora Diallo, épouse du défunt Premier ministre Amadou Gon Koulibaly

Son illustre époux, Amadou Gon Coulibaly, a séjourné pour la dernière fois en Guinée en 2018. C’était à l’occasion des obsèques de son beau-père, Elhadj Tanou Wora Diallo. Il avait assisté à son enterrement au cimetière de Cameroun, avant de présenter les condoléances à sa belle-famille et alliés, réunis chez Elhadj Abdoul Gadiri Wora Diallo, à Gbessia, un des frères du défunt.

Ce jour-là, la forte délégation ivoirienne fut reçue comme le veut la tradition peule par Elhadj Mamadou Cellou Dalein Diallo, le président de l’UFDG, en sa qualité de descendant de l’aînée des 8 enfants de Karamoko Alpha Mö Labé, Nenan Aïssata Ngniré, en l’occurrence.

À rappeler que Madame Aïssatou Wora Diallo, l’épouse d’Amadou Gon Coulibaly est de la branche de Thierno Mamadou Dian. Y prenaient également part, les ministres Kiridi Bangoura et Bah Ousmane, porteurs d’une importante enveloppe du Chef de l’Etat, le professeur Alpha Condé, ainsi que l’ancien Premier ministre et ancien directeur de cabinet de Alassane Ouattara, Sidya Touré.

L’homme qui vient de rejoindre le royaume des cieux était fortement ancré dans la tradition avec un savant dosage de modernité qu’impose la prestigieuse fonction de Premier ministre, ayant la carrure d’homme d’Etat que tout prédisposait à accéder à la magistrature suprême de Côte d’Ivoire et donner par ricochet la place de première dame à notre sœur Aïssatou Wora Diallo. Elle aurait été la troisième, après madame Zenab Soumah Djammeh de Bintimodia (Boké) et Chantal Marshall Compaoré de Tombo (Kaloum).

Repose en paix, cher beau. Amine !

Amadou Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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