Dans ce pays de l’Afrique centrale, les médias locaux appellent ce phénomène « la peste du sexe ». Depuis le début du confinement au Kenya, pour éviter la propagation du coronavirus, le nombre d’adolescentes en grossesse a explosé dans le pays. Au moins 4 000 jeunes filles seraient tombées enceinte, entre mars et juin derniers, dans le seul Comté de Machakos, dans le nord-ouest du pays, non loin de Nairobi, la capitale. Les « victimes » seraient âgées entre 12 et 18 ans. Certaines même seraient plus jeunes que ça. Et, dans la plus part des cas, ces grossesses sont liées à des « abus » perpétrés au sein des familles. 

Selon les informations, les grossesses d’adolescentes sont, bien avant l’apparition de la pandémie de COVID-19, une calamité sociale au Kenya. Le pays a l’un des taux de grossesse chez les adolescentes les plus élevés au monde, avec 82 naissances sur mille. « 98 % des filles enceintes n’allaient pas à l’école. 59% des grossesses parmi les filles de 15 à 19 ans n’étaient pas désirées. 45 % des complications sévères suite à un avortement touchaient des filles adolescentes.

Les violences sexuelles affectent environ une fille sur 3 et 1 garçon sur 6 (mais, la majorité d’entre eux ne parlent pas de leur expérience et ne reçoivent aucun soutien). Plus de la moitié (54 %) des adolescentes sexuellement actives au Kenya ne souhaitent pas tomber enceinte ; mais, elles n’ont pas accès à des moyens de contraception », révèle l’ONG ‘’Plan International’’ dans une étude menée l’année dernière dans neuf (9) régions du Kenya.

Seulement, cette année, avec les mesures qui ont été mises en place par les autorités kenyanes (fermeture des écoles, limitation des déplacements…) pour éviter la propagation de la COVID-19 dans le pays, il est devenu très difficile pour les filles et les femmes d’accéder aux services et informations liés à leur santé et leurs droits sexuels et reproductifs. Et, cela a favorisé une augmentation vertigineuse du nombre « d’adolescentes enceintées » dans ce pays où les attentes culturelles encouragent l’abstinence et transforment la santé sexuelle des jeunes en un véritable tabou.

Dans le seul comté de Machakos, « 3964 écolières de 12 à 16 ans sont bombées enceinte de janvier à mai 2020, soit 28 filles par jour », rapporte une récente enquête de l’institut ‘’Health Information System’’ du Kanya.

Cependant, selon des chiffres recueillis dans les hôpitaux de la région et relayés par les médias locaux, « 4000 jeunes filles âgées entre 12 et 18 ans sont tombées enceinte entre mars et juin derniers », depuis la fermeture des écoles pour lutter contre le coronavirus.

Les chiffres réels pourraient être nettement plus élevés ; car, les grossesses d’adolescentes sont souvent sous-déclarées au Kanya.

Les dirigeants politiques de plusieurs comtés du pays ont déjà demandé au gouvernement d’enquêter sur l’augmentation des chiffres. Les auteurs de ces grossesses pourraient s’exposent à des poursuites judiciaires ; mais, une action en justice sera un énorme défi. Car, dans la plus part des cas, ces grossesses sont liées à des « abus » perpétrés au sein des familles.

Dans des propos relayés par RFI (Radio France Internationale), le ministre kenyan de l’éducation, visiblement désemparé par cette situation, appelle à l’interdiction de la pornographie dans le pays.

« Ces filles, c’est-à-dire nos filles et nos petites-filles, tombent enceintes comme si nous ne faisions que penser au sexe. Je vais demander au gouvernement que l’on bloque l’accès à la pornographie dans ce pays. Je pense que c’est une décision sage et appropriée. D’ailleurs, pourquoi ces sites pornographiques sont-ils accessibles au Kenya ? Qui en a besoin ? Ne me dites pas que parce qu’aux États-Unis, les gens y ont accès, on devrait y avoir accès ici. Beaucoup de pays ont bloqué ces sites et leur culture n’en est que meilleure », a-t-il dit.

A noter que malgré cette situation, les écoles devraient rester fermées au Kenya jusqu’en 2021.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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