Elhadj Mamadou Saliou Camara, premier imam de la grande mosquée Fayçal

Depuis quelques années, les Guinéens sont profondément divisés. Aussi bien sur les questions nationales, africaines qu’internationales. Ils ont commencé à afficher cette division pendant la crise gambienne. Les partisans du régime de Conakry soutiennent toujours la position officielle. En revanche, les opposants vont à contrecourant de Sékoutouréya.

Après la Gambie, ce fut la Guinée Bissau, au début de cette année. Tous les pro-Condé étaient de facto des anti-Cissoko. Et vice versa. Dans la crise malienne, c’est encore le même scénario. Le chef de l’Etat guinéen, ami d’Ibrahima Boubacar Keïta, ne serait pas en odeur de sainteté avec l’imam Dicko. Tout le contraire pour ses opposants. Lesquels vouent un véritable culte à celui qui perturbe le sommeil de Koulouba.

Le débat malien a traversé la frontière pour s’installer en Guinée. La Guinée étant elle aussi confrontée à une crise politique consécutive au troisième mandat, certains guinéens souhaiteraient qu’un imam guinéen emboite le pas à son homologue malien. Les désormais incontournables réseaux sociaux se sont invités dans ce débat. L’imam Mamadou Saliou Camara, dont il s’agit, fait l’objet de critiques de la part de certains internautes qui souhaiteraient qu’il agisse comme l’imam Dicko.

Admirer, voire adorer, un imam malien est une chose. Clouer au pilori un imam guinéen en est une autre. Une vidéo qui circule sur la toile accuse le premier imam de la mosquée Fayçal de Conakry de faire de deux poids deux mesures entre les président Conté et Condé. Alors qu’il n’aurait jamais ménagé le président Conté, il serait plus indulgent vis-à-vis de l’actuel président de la République, selon cette vidéo.

Reproches justifiés ou simple procès d’intention ? Si les griefs faits au chef religieux étaient relatifs à son silence sur la fermeture prolongée des mosquées de la capitale et de sa proche banlieue, ils auraient été justifiés. Même si, il est encore vrai, les trois saintes mosquées de la Mecque, de Médine et de Jérusalem subissent elles-mêmes des restrictions. Ce qui constitue un argument de taille pour les chefs religieux guinéens.

Aussi, si ceux qui accablent l’homme avaient émis leurs critiques sur le silence de la mosquée devant tous les crimes commis contre des innocents dans ce pays, on pourrait le comprendre. Mais, ce n’est pas parce qu’un imam de la sous-région s’engage ouvertement dans le combat politique qu’un autre doit forcément le faire. D’autant plus que les contextes sont radicalement différents. Le Mali et le Sénégal sont moins confrontés au fléau de l’ethnocentrisme que la Guinée et d’autre pays de la sous-région.

Elhadj Mamadou Saliou Camara, 1er imam de la Grande mosquée Fayçal de Conakry et le président Alpha Condé

Dans la vidéo évoquée plus haut, le jeune, s’exprimant en langue soussou, reproche à l’imam d’avoir ménagé Alpha Condé plus que Lansana Conté. Mais, il n’est un secret pour personne que l’imam serait plus à l’aise en confrontant un ressortissant de la Basse Guinée qu’un autre. Avec le président Conté, personne ne pouvait l’accuser d’être un ethno comme on entend à tout bout de champ désormais. Cette triste réalité s’est accentuée ces dix dernières années.

En outre, le courant religieux auquel Elhadj Mamadou Saliou Camara appartient ne se mêlera jamais de la politique. Ceux qui l’attendent sur ce terrain risquent d’être déçus. Ce courant met en avant le verset du saint Coran bien connu des chefs religieux qui exhorte les musulmans à obéir à Dieu, à son prophète, ainsi qu’à ceux d’entre eux qui ont l’autorité.

Aussi, faut-il le souligner, si l’opposition et le FNDC, qui est un mouvement hétéroclite, sont incapables de préserver les acquis démocratiques, est-ce un imam qui pourra le faire ? Contrairement à beaucoup d’autres pays, nos imams n’ont appris, dans le meilleur des cas, que la théologie. Alors qu’à écouter l’homme qui fait trembler IBK, on se rend compte qu’il n’a rien à envier aux acteurs politiques et sociaux du Mali en termes de formation.

Enfin, il faut dire qu’une éventuelle implication des chefs religieux guinéens dans la crise que traverse ce pays pourrait être contreproductive. Elle apporterait tout simplement de l’eau au moulin du pouvoir. Lequel va crier sur tous les toits qu’il fait face à un mouvement djihadiste et terroriste. Ainsi, comme Idriss Deby, Alpha Condé pourrait signer un mariage de raison avec l’Occident. Le premier devant être l’autre chantre de la lutte contre l’islamisme et le second lui collant la paix pour réaliser son rêve : celui de régner à vie.

Habib Yembering Diallo pour Guineemain.com

Téléphone : 664 27 27 47

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