Oustaz Mohamed Ramadan Bah, chroniqueur islamique et imam à Koloma

L’humanité a entamé avant-hier, mercredi 22 juillet 2020, le douzième mois (Dhul-Hijja) de l’an 1 441 du calendrier musulman. Un mois qui renferme des jours bénis où il est fortement recommandé au musulman de se rapprocher d’Allah (SWT) par le jeûne, les invocations, la lecture du Saint Coran, les prières surérogatoires, etc. Il s’agit notamment des dix premiers jours de Dhul-Hijja dont fait partie le jour de la station d’Arafat (celui du Hajj). Selon Ibn Abbâs, dont les propos ont été rapportés par Al-Bukhâri, le prophète Mohamad (paix et salut de Dieu sur lui) a dit : « Il n’y a pas d’œuvres meilleures que celles faites en ces dix premiers jours ».

Dans un entretien accordé à Guineematin.com hier, jeudi, Oustaz Mohamed Ramadan Bah est largement revenu sur ces dix premiers jours de Dhul-Hijja et leurs vertus, ainsi que le comportement que doivent adopter les musulmans pendant cette période. L’imam et chroniqueur islamique a aussi abordé les questions liées à la fête de la Tabaski et l’immolation du bélier qui incombe à tout musulman (qui en a les moyens) ce jour de grande réjouissance.

Décryptage !

Guineematin.com : Qu’est-ce que le musulman doit faire pendant les dix premiers jours de Dhul-Hijja ?

Oustaz Ramadan Bah : les dix premiers jours de ce dernier mois du calendrier musulman sont des jours bénis par Allah. Puisque Allah Lui-même a juré par ces dix (10) jours, là où Il (Allah) nous dit : ‘’Wal fajr, Wa layaalin ashr’’. C’est-à-dire qu’il a juré sur la prière de l’aube et sur ces dix premiers jours. Donc, vue l’importance de ces dix jours, le musulman doit s’efforcer à faire beaucoup d’adorations. Parce que ce sont les dix meilleurs jours chez Allah Soubhanahou wa ta’ala (SWT). Donc, le musulman peut beaucoup en profiter en faisant beaucoup de biens et des adorations. Et, parmi les adorations, il y a le jeûne (pendant les neuf premiers jours), la récitation du Coran, les sacrifices… Le musulman peut aussi demander à Allah (SWT) sa récompense, sa clémence, d’exaucer les invocations. Donc, ce sont des jours où le musulman ne doit pas s’amuser. Il doit plutôt redoubler d’efforts pour adorer Allah (SWT). Et, il se pourrait que Allah (SWT) l’inscrive parmi les serviteurs qui iront au Paradis.

Guineematin.com : En plus du jeûne, de la lecture du Coran, est-ce qu’il y a des invocations particulières auxquelles le musulman doit s’adonner pendant ces dix jours de Dhul-Hijja ?

Oustaz Ramadan Bah : Oui, il y a une invocation à faire. Et, cette invocation est connue par tous les musulmans ; puisque chaque année on la répète. C’est dire : Allahou Akbar, Allahou Akbar, lâ ilâha illallâh, Allahou Akbar, Allahou Akbar, Wa lillâhil-hamd. Il faut faire ces takbirs (invocations) nuit et jour pendant ces dix premiers jours de Dhul-Hijja, surtout le jour de Arafat (le 9ème jour) et le jour de la fête de Tabaski (le 10ème jour). Donc, tous les musulmans doivent faire ces takbirs à tout moment, surtout après les cinq prières obligatoires. Mais, il ne faut pas attendre le jour de la fête ou après ; c’est maintenant qu’il faut commencer. Au temps du prophète (PSL), ses compagnons sortaient et récitaient à haute voix ces takbirates. Donc, c’est une chose qui est recommandée par la religion et qui a beaucoup de bénéfices.

Guineematin.com : Les premiers jours de Dhul-Hijja comprennent le jour de Arafat, un jour où les musulmans aiment beaucoup jeûner en Guinée. Mais, quelle est la particularité et les vertus de ce jour de Arafat ?

Oustaz Ramadan Bah : Le jour de Arafat, c’est le jour du pèlerinage musulman. Puisque le prophète (PSL) nous dit : Al-hadjou Arafat (le pèlerinage, c’est à Arafat). Vous savez, le pèlerinage a beaucoup de recommandations. Mais, le pèlerinage à proprement dit, c’est le jour de Arafat. Donc, c’est un grand jour ; puisque tous les musulmans qui sont partis à la Mecque pour le pèlerinage doivent stationner forcement sur le mont Arafat, faire des invocations, faire des prières surérogatoires en plus des prières obligatoires. Maintenant, pour ceux qui ne sont pas à la Mecque, qui ne sont pas sur le mont Arafat, ce qui est recommandé, c’est de jeûner ce jour-là. Et, jeûner ce jour est très important parce que ça efface les péchés de deux ans (l’année passée et l’année prochaine). Donc, il ne faut pas négliger cela, la récompense est immense. Il faut en profiter, puisqu’on ne sait jamais quand est-ce qu’on quittera ce bas-monde.

Guineematin.com : Pour celui-là qui n’a pas pu jeûner les premiers jours de Dhul-Hijja, est-ce qu’il lui est permis de jeûner le jour de Arafat ?

Oustaz Ramadan Bah : Oui, il peut jeûner ce jour de Arafat. Car, le jeûne des neuf premiers jours s’inscrit dans un cadre général. Mais, le 9ème jour, celui de Arafat, est fondamental. Parce que c’est le jour recherché parmi ces dix premiers jours de Dhul-Hijja. C’est la journée la plus importante. Donc, même si on n’a pas pu jeûner les huit premiers jours, il faut s’efforcer pour jeûner le 9ème jour.

Guineematin.com : Cette année, le jour de Arafat correspondra à quelle date du calendrier grégorien qu’on utilise généralement dans notre pays ?

Oustaz Ramadan Bah : ça correspondra au jeudi 30 juillet 2020. Et, c’est ce jour-là qu’il faut jeûner ; parce que ça marquera le 9ème jour du dernier mois du calendrier musulman.

Guineematin.com : le 10ème jour de Dhul Hijja est aussi le jour de la fête de Tabaski ou Aïd El Kebir. Alors, comment le musulman doit se préparer pour cette fête ?

Oustaz Ramadan Bah : Nous savons que les fêtes sont des moments de réjouissance, comme l’a dit le prophète (PSL), où il faut manger et boire (ce qui est licite). Maintenant, la fête de Tabaski, c’est la plus grande fête musulmane. Donc, le musulman doit bien se préparer pour cette fête. Il doit tout d’abord s’efforcer pour chercher un bélier pour l’immoler le jour de la fête, après la prière. Toute personne qui a les moyens doit trouver un bélier et l’immoler à cause d’Allah Tabaraka wa ta’ala, pour rechercher les récompenses divines. Et, il y a beaucoup de récompenses ; puisqu’on dit que celui qui arrive à immoler un bélier, il aura les récompenses plus nombreuses que les poils qui sont sur la peau du bélier. Donc, vous voyez combien de fois les récompenses sont immenses. Alors, il faut en profiter quand on a un peu de moyens, même s’il ne te restera plus rien après cela.

Maintenant, il y a la prière de la fête. Il faut aller faire ces deux raka’at. C’est très important, tout le monde (homme, femme, vieux, enfant) doit aller à la prière. Même nos sœurs et nos mamans qui sont en période de logis, des menstrues, doivent aller s’arrêter (elles ne prient pas) pour assister à cette prière. Donc, il ne faut pas négliger cette prière. Ensuite, comme c’est la fête, il faut beaucoup préparer, il faut manger, boire, invoquer Allah et venir en aide aux pauvres, surtout à nos voisins qui ne gagnent pas à manger.

Guineematin.com : Pour le musulman qui a les moyens, qui a l’envie d’immoler un bélier, est-ce qu’il y a un comportement particulier qu’il doit adopter pendant les dix premiers jours de Dhul-Hijja ?

Oustaz Ramadan Bah : Oui, il y a des comportements à observer pendant cette période. Le musulman (en général) et celui qui souhaite immoler (en particulier) ne doit ni se raser la tête, ni se coiffer ou couper les poils de son corps, ni se couper les ongles des doigts ou des orteils. Et, cela va du premier jour de Dhul-Hijja, jusqu’après l’immolation.

Guineematin.com : Pour celui qui veut aller à la prière de la fête de Tabaski, qu’est-ce qui lui est recommandé de faire ?

Oustaz Ramadan Bah : Il doit faire les invocations. Mais, pour aller à la prière, le musulman doit se préparer. Il doit notamment faire les grandes ablutions, il doit se vêtir d’habits propres (même s’ils ne sont pas neufs) et de couleur blanche (de préférence). Il doit aussi, si c’est un homme, se parfumer avant de sortir de chez lui. La femme ne se parfume pas, puisque nous savons que cela est interdit par la religion. En plus, il doit partir très tôt à la prière en faisant des invocations. Arrivée au lieu de la prière, il ne doit pas faire de prière surérogatoire. Cependant, quand il prend place, il doit continuer à faire les invocations jusqu’à ce que l’imam apparaisse pour commencer la prière (deux raka’at). Après la prière, il attend le sermon de l’imam qu’il doit écouter attentivement. Malheureusement, chez nous ici (en Guinée), beaucoup quittent le lieu de la prière sans écouter le sermon. C’est une erreur de ne pas attendre le sermon. Mais, je profite aussi de l’occasion pour dire à nos collègues imams de ne pas être long dans ce sermon. 15 à 20 minutes suffisent pour le sermon.

Donc, après le sermon de l’imam, on doit profiter de l’occasion pour implorer Allah. Et, comme cette année nous sommes en période de pandémie de COVID-19, il faut profiter de l’occasion pour demander à Allah de nous éradiquer cette maladie de notre pays et de toute la planète. Maintenant, en se retournant à la maison, il doit changer d’itinéraire. C’est-à-dire, la route qu’il a empruntée pour venir à la prière, ce n’est pas par cette route qu’il doit se retourner à la maison. Il doit emprunter une autre route, s’il a la possibilité.

Guineematin.com : Cette année, la fête de Tabaski aura lieu en pleine saison hivernale. Et, à cause de la pluie, beaucoup prieront peut être dans les mosquées. Mais, si c’est le cas, est-ce qu’il est recommandé de faire deux raka’at avant la grande prière ?

Oustaz Ramadan Bah : S’il y a la pluie, on sait qu’on ne pourra pas prier dehors. On sera obligé de prier dans les mosquées. Mais, ce que beaucoup n’arrivent pas à comprendre, quand on entre dans la mosquée, il y a deux raka’at à faire. Ces deux raka’at ne sont pas des prières surérogatoires. Ça, il s’agit tout simplement de saluer la mosquée. Parce que quand on entre dans la mosquée et qu’on veut s’assoir, on doit faire deux raka’at. Et, ces deux raka’at sont des raka’at de coïncidence. Car, on ne peut pas s’assoir dans la mosquée sans faire ces deux raka’at.

Guineematin.com : Après la prière de la fête, est-ce qu’il est obligatoire d’immoler son bélier le même jour ou bien il est possible d’attendre le lendemain de la fête ou encore les jours suivants ?

Oustaz Ramadan Bah : Non, ce n’est pas obligatoire d’immoler le jour de la fête. Mais, le jour le mieux recommandé, c’est le jour de la fête, après la prière. C’est le meilleur moment pour faire l’immolation. Maintenant, si on n’a pas pu le faire le jour de la fête, on peut immoler le lendemain ou le surlendemain de la fête. Mais, on ne doit pas faire cela exprès. C’est-à-dire qu’on peut immoler le jour de la fête ; mais, on néglige pour finalement attendre le lendemain de la fête. Là, c’est une erreur. C’est quand on n’a pas les moyens le jour de la fête qu’il est dit qu’on peut immoler lendemain de la fête. Donc, si on a les moyens, il faut immoler le jour de la fête.

Guineematin.com : Pour celui qui immole son bélier, il y a la question du partage de la viande qui se pose. Comment doit-on faire pour le partage de la viande ?

Oustaz Ramadan Bah : Cela n’est pas du tout difficile. Il s’agit simplement de faire trois parts. On laisse une part à la maison pour la famille, une autre part pour les voisins et les amis ; et, le reste pour le sacrifice destiné aux pauvres. Maintenant, je profite de cette occasion pour dire que cette viande, on ne la revend pas. Même si nous prenons un boucher pour venir enlever la peau, on ne peut pas prendre cette viande pour le récompenser. On doit prendre de l’argent pour le payer pour le travail qu’il a fait. Il n’est pas interdit de lui donner cette viande ; mais, ça ne doit pas être la contrepartie du travail qu’il a fait pour nous. Cette viande est un sacrifice ; et, donc, rien ne doit être revendu.

Il faut aussi dire qu’on peut immoler son bélier et garder toute la viande à la maison pour la famille. Mais, il est bien de penser aux voisins, aux amis…

Guineematin.com : Nous arrivons au terme de cet entretien que vous avez bien voulu nous accorder. Mais, avant de nous quitter, quel message avez-vous à l’endroit de la communauté musulmane de Guinée ?

Oustaz Ramadan Bah : C’est de faire beaucoup d’invocations. Puisque nous savons que nous avons fait assez de temps sans faire les prières à la mosquée. Pour tous les musulmans, même ceux-là qui ne partaient pas régulièrement à la mosquée, c’est Allah seulement qui sait combien de fois cette situation est choquante. Mais, on ne peut que se remettre à la volonté d’Allah et Le prier pour que cette pandémie de COVID-19 disparaisse. Il faut aussi prier les autorités, pour qu’elles voient la souffrance dans les cœurs des musulmans, afin de voir ce qu’il faut pour rouvrir les mosquées. Les gens souffrent, certains même veulent se révolter ; mais, Alhamdoullilaye, on arrive toujours à les sensibiliser. Puisqu’on ne veut pas de trouble. Car, vous savez que le prophète (PSL) a dit que toute personne qui réveille les troubles est maudite. Donc, nous ne voulons pas de problèmes entre les croyants et les autorités. Mais, nous demandons aux autorités de revoir cette situation. On a déjà fait plus de vingt (20) vendredis sans prier à la mosquée. C’est choquant ! Mais, la religion nous dit de respecter les autorités. Cependant, si les enfants (les élèves) ont pu respecter les mesures-barrières, ce ne sont pas les adultes qui seront incapables d’observer ces mesures. Les écoles et les marchés sont ouverts. Et, il y a plus de monde dans ces endroits que dans les mosquées. Donc, nous demandons aux autorités de revoir cette situation. Les gens ont vraiment l’envie de reprendre les prières dans les mosquées.

Par ailleurs, je profite aussi de cette occasion pour dire aux fidèles musulmans que si on n’a pas les coyens, il est possible de s’associer (jusqu’à sept personnes) pour acheter un bœuf et l’immoler. Cela est permis.

Entretien réalisé par Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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