Alpha Condé a changé la Constitution pour avoir un 3ème mandat à la tête de la Guinée

En dépit de très graves anomalies du fichier électoral, le président Alpha Condé a convoqué le corps électoral pour l’élection présidentielle prévue le 18 octobre 2020. Et cela sans tenir compte de l’avis des partenaires de la Guinée encore moins de l’opposition. Pour cette dernière, il n’y a désormais que deux options : boycotter la présidentielle comme elle l’avait fait avec les dernières législatives ou y aller dans des conditions totalement défavorables. Avec un fichier électoral taillé sur mesure, une administration profondément impliquée dans le processus électoral ainsi que des institutions dites républicaines entièrement acquises à la cause du sortant. Toutes choses qui ne sont pas de nature à favoriser la transparence et l’équité d’un scrutin.

Devant les enjeux de cette échéance, l’opposition se concerte. Si pour le moment certains partis politiques, comme le PADES, ont fait savoir qu’ils vont bel et bien participer à cette élection, d’autres sont encore confrontés à un véritable dilemme cornélien. C’est le cas du BL, de l’UFR, du PEDN ou encore de l’UFDG. Cette dernière doit certainement se mordre le doigt pour avoir boycotté les législatives. Parce qu’en dépit du chaos qui a caractérisé l’organisation de ces élections, si le principal parti de l’opposition y avait participé, il se serait retrouvé au pire des cas avec 25 sièges l’Assemblée nationale, selon certains observateurs.

Aujourd’hui, ce parti devient une opposition extraparlementaire. Cédant sa place à des petits partis qui ne doivent leur présence à l’Assemblée que grâce la politique de la chaise vide prônée par l’opposition. Si bien qu’aujourd’hui dans plusieurs préfectures, il y a des députés uninominaux dépourvus de toute légitimité, ils sont conscients qu’ils représentent l’Etat et non les populations locales. Du coup, on se rend compte que le boycott des élections n’est pas toujours la solution.

Dès lors, les principaux partis, qui donnent de l’insomnie à Sékoutouréya depuis 2010, traversent actuellement une période peu confortable. Déchirés qu’ils sont entre la participation, que certains qualifient plutôt d’accompagnement du pouvoir, ou le boycott. C’est le cas notamment de l’UFR, du PEDN, de l’UFDG et du BL. Si les deux premiers ont alterné le chaud et le froid avec ou contre le régime ; en revanche, les deux derniers n’ont jamais fléchi d’un iota vis-à-vis du pouvoir ces dix dernières années. Mais, tous les 4 demeurent des partis qui hantent le palais.
Après l’échec du FNDC pour sauver la constitution de 2010, la Guinée est dans une situation comme celle à laquelle le Sénégal était confronté en 2012. L’opposition et la société civile sénégalaises étaient vent débout pour empêcher maître Abdoulaye Wade de se présenter à la présidentielle. Malgré la détermination du peuple, le chef de l’Etat avait pu faire valider sa candidature. Ceux qui font le procès du FNDC devraient se rappeler que le tout-puissant mouvement Y en a marre n’avait non plus pu empêcher la candidature de Wade au Sénégal.

Mais, entre le Sénégal et la Guinée, il n’existe que très peu de similitudes. Par contre, la différence entre les deux pays est de taille, notamment en ce qui concerne la transparence et la crédibilité des élections. A la différence des Guinéens, les Sénégalais savaient qu’ils pouvaient réussir par les urnes là où ils ont échoué par la rue. Ce qui n’est pas le cas de la Guinée. Dans un pays où le pouvoir a pu modifier les résultats d’une élection dont le nombre de votants était de 45 personnes, l’opposition a de très bonnes raisons de s’inquiéter.

Par ailleurs, l’on sait qu’au Sénégal, les médias s’impliquent activement dans le décompte du vote. Alors qu’en Guinée la synergie des radios privées ne fait qu’un travail très parcellaire.

Et, pourtant, malgré l’existence d’une machine de fraude très redoutable, l’opposition commence à rêver d’une alternance. En cause, entre autres, les manifestations contre le régime en Haute Guinée. Les opposants estiment qu’avec une bonne campagne électorale, si même le fief du pouvoir vote pour l’opposition et que ces voix s’ajoutent à celles des autres régions dont la plupart sont hostiles au régime, il y a de fortes chances que le miracle se produise.
D’autres vont plus loin que ce scénario simpliste. Ils estiment que devant la stratégie de diviser pour régner à laquelle le pouvoir use et abuse depuis une décennie, il faut présenter un candidat unique face au sortant. Seul problème, il est difficile, voire impossible de trouver ce candidat qui fasse l’unanimité. En faisant le portrait-robot de ce candidat, certains pensent au coordinateur général du FNDC. Selon eux, Abdourahmane Sanoh pourrait être le candidat idéal anti système.

Avec cet homme, l’argument d’un pouvoir diviseur selon lequel « ils sont contre vous » sera battu en brèche. En outre, depuis 2009, Sanoh a fait preuve d’une conviction invariable. Il a été le premier des ministres démissionnaires après les massacres du 28 septembre. Et, depuis la volonté exprimée de modifier la constitution, l’homme n’a pas vairé. Et ce en dépit de la répression et de la pression à la fois politique, économique et surtout communautaire. Pour toutes ces raisons, certains observateurs soulignent que l’opposition devrait jouer cette carte pour mettre éventuellement fin au système actuel. Et, ajoutent-ils, en cas de victoire, le nouveau pouvoir pourrait restaurer la constitution de 2010 dont le credo était l’alternance.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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