Salifou Camara, Super l

Comme annoncé précédemment, le procès de l’ancien président de la fédération guinéenne de football et ses trois coaccusés s’est poursuivi le jeudi dernier, 30 juillet 2020, au tribunal de première instance de Kaloum. L’audience a duré près de 7 heures et a uniquement porté sur les réquisitions du ministère public et les plaidoiries des avocats de la partie civile et ceux de la défense. Une audience qui laisse entrevoir une lueur d’espoir d’acquittement chez Salifou Camara Super V (président de la Féguifoot de août 2011 à mars 2016), Ibrahima Blasco Barry (ancien secrétaire général de la Féguifoot), Aboubacar Morthon Soumah (ancien agent comptable) et Aly Camara, tous poursuivis principalement pour « Abus de confiance », portant sur 28 milliards de francs guinéens et plus 800 mille euros. Car, l’empereur des poursuites a pris de court les parties au procès en demande au tribunal de renvoyer ces prévenus des fins de la poursuite pour délit non constitué, rapporte Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Ce sont les avocats de la partie civile qui ont l’honneur d’ouvrir le bal des plaidoiries, dans cette rocambolesque affaire de détournement qui a traîné en longueur au tribunal de Kaloum et qui oppose la FEGUIFOOT (représentée par son actuel président, Mamadou Antonio Souaré) à quatre de ses anciens dirigeants. Et, durant leur prise de parole devant cette juridiction de première instance ce jeudi, ces avocats, conduit par Me Doura Chérif, se sont employés à faire asseoir la conviction du tribunal sur la culpabilité des prévenus dans cette affaire d’Abus de confiance.

Tout d’abord, ces avocats ont souhaité à ce qu’on dépassionne les débats dans cette affaire. « Il faut que la haine, les rumeurs et les rancœurs se taisent dans ce tribunal… Car, dans cette affaire, il s’agit d’un dossier de la FEGUIFOOT où des fonds ont été compromis, subtilisés, par des cadres de l’équipe qui a dirigé cette plus haute instance du football guinéen », a entamé Me Doura Chérif.

Poursuivant sa plaidoirie, le doyen des avocats de la partie civile a précisé que c’est en 2017, avec l’arrivée de Mamadou Antonio Souaré à la tête de la FEGUIFOOT, qu’un comité exécutif a été mis en place au sein de cette instance du football guinéen. Et, « ce comité exécutif, de concert avec la FIFA, a ordonné un audit pour voir comment les fonds de la FEGUIFOOT ont été gérés. Un appel d’offre a été fait pour recruter un cabinet d’audit. Et, ce cabinet a produit un rapport qui a conclu au détournement de 28 milliards de francs guinéens tirés des subventions de la FIFA et de la CAF (entre autres) » pour les exercices 2013, 2014 et 2015. Donc, c’est sur la base de ce rapport d’audit qu’une plainte a été déposée à la direction centrale de la police judiciaire par la FEGUIFOOT contre Salifou Camara (Supeer V) et trois de ses collaborateurs. Mais, ayant eu vent de cette plainte, Super V a quitté de « façon clandestine » la Guinée. Ces coaccusés ont été interpelés, entendus et placés en détention (avant de bénéficier ensuite d’une liberté provisoire). Et, soutient Me Doura Chérif, « que ce soit à l’enquête préliminaire ou encore devant le magistrat instructeur, le détournement a été établi à l’encontre des mis en cause » dans cette affaire.

« La FEGUIFOOT avait des comptes à la société générale de banque en Guinée (SGBG). Et, c’est là-bas que ces fonds étaient logés. Et, pour entrer en possession de ces fonds, ils (les prévenus) ont utilisés des lettres de payement et des chèques, tous signés par Super V et contresignés par Blasco pour le compte de Morthon. Et, c’est Morthon qui faisait le retrait, en tant que bénéficiaire, pour ensuite remettre l’argent à Super V… Aujourd’hui, on leur demande que sont devenus ces fonds, rien. Donc, il y a notre avis Abus de confiance », a dit Me Doura chérif.

La partie civile a également laissé entendre qu’en plus des 28 milliards de francs guinéens, Salifou Camra (Super V) et Cie ont subtilisé plus de 800 mille euros des caisses de la FEGUIFOOT. « Cet argent avait été donné au gouvernement guinéen, à travers la FEGUIFOOT, par la société de téléphonie mobile MTN areeba Guinée. Et, il était destiné à accompagner la candidature de la Guinée pour l’organisation de la CAN (coupe d’Afrique des nations) éditions 2019, 2021… Mais, en moins d’une semaine, les prévenus ont fait sortir 834 mille euros de la banque », a précisé un des avocats de la FEGUIFOOT, tout en demandant le payement des montants détournés (28 milliards de francs guinéens et 834 800 euros) par les prévenus.

Prenant la parole pour ses réquisitions dans cette affaire qui a fait coulé beaucoup d’encres et de salives depuis 2017, le représentant du ministère public, Alpha Sény Camara, a pris le contrepied de la partie civile qui n’a pas tardé à dénoncer « un parquet titubant qui tend une main franche à la défense ». En effet, le parquetier audiencier a balayé d’un revers de la main les accusations (Abus de confiance et atteintes à l’image d’autrui) portées contre Super V et compagnie, tout en mettant en cause la qualité de la FEGUIFOOT (à travers Antonio Souaré) d’être poursuivant dans cette affaire où elle n’a pas été victime.

« Comme la FEGUIFOOT est une association et non une entreprise, l’infraction se rapportant à l’atteinte à la dignité ne tient pas… Maintenant, dans cette affaire, qui a intérêt que ces prévenus soient punis et que l’argent soit remboursé ? Juridiquement, ce n’est pas la FEGUIFOOT. Mais, ce sont plutôt la FIFA, la CAF et MTN à travers l’Etat guinéen qui sont les donateurs. Et, la FEGUIFOOT ou Antonio Souaré n’a présenté ici aucun mandat de ces donateurs lui permettant de poursuivre les prévenus qui sont là… Je dirais même qu’il est impossible de soutenir qu’il y a eu détournement. Car les faits ne sont pas constitués dans leurs éléments : légal, matériel et morale. Donc, le ministère public vous (le tribunal) demande de renvoyer les prévenus des fins de la poursuite pour délit non constitué », a dit le procureur Alpha Sény Camara.

Ces réquisitions du ministère public, accueillies comme une douche froide par la partie civile, ont réconforté la défense dans ses plaidoiries. « Le procureur a dit au moins 80% de ce qu’on avait préparé pour défendre valablement nos clients ; le ministère public a marché sur ma langue… », entendait-on du rang de la défense. Cependant, ces avocats ont tenu quand même a exposer leur part de vérité dans cette affaire qu’il qualifie de tous les noms d’oiseaux.

Ils ont commencé tout d’abord par exhiber « un rapport d’assemblée générale de la FEGUIFOOT approuvant la gestion des comptes de la FEGUIFOOT pour les exercices 2013, 2014 et 2015 ». Selon eux, ce dudit rapport fait mention de la présence de Antonio Souaré (le plaignant dans cette affaire) à cette assemblée, en qualité de membre statutaire de Horoya FC. La défense a ensuite brandit des actes de la FIFA qui approuvent la gestion des comptes de la FEGUIFOOT pour les années 2013, 2014 et 2015 (pourtant incriminées dans cette affaire).

Dans leur tentative de démontrer l’innocence de leurs clients dans ce dossier et le « caractère passionné » de cette affaire qui a même suscité « un supplément d’information », les avocats de la défense revenus sur les rebondissements et les nombreuses exceptions (incompétence du tribunal à juger cette affaire, prescription triennale…) qui y ont soulevé et qui devaient très tôt mettre fin à cette procédure.

« Ce dossier est comme une pâtisserie très mal dosée, indigeste, qu’on vous demande de mastiquer quand-même. Madame la juge, il faut craindre la carie dentaire… Par rapport aux subventions de la FIFA et de la CAF, il y a des lettres d’approbation de leur bonne gestion. La FIFA qui a donné l’argent a dit que la gestion de la FEGUIFOOT est conforme. Qu’est-ce qu’on a à chercher alors des poux sur des crânes bien rasés… Nous demandons au tribunal de suivre le ministère public dans ses réquisitions et renvoyer nos clients des fins de la poursuite », a plaidé Me Dina Sampil.

Finalement, le tribunal a mis l’affaire en délibéré pour décision être rendue le 16 Novembre prochain.

A suivre !

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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