Le 29 août 2020, le Professeur Thierno Diallo est décédé à Paris.

Né en 1929 à Labé, fils d’El Hadj Amadou Lariya et de Nennan Aïssatou Kirdandji, il était l’homonyme de son grand-père paternel, Thierno Mahmoudou Lariya (m. 1925), personnalité religieuse du diiwal (province) de Labé. Appartenant par l’ascendance aux bhè karambol e kaydi (« gens du calame et du papier »), il jouit d’une éducation combinant cursus islamique et occidental.

Sa première éducation est placée sous la responsabilité de son oncle, Thierno Mamadou Oury Lariya (m. 1983), qui fut imam assistant (1926-1959) puis imam ratib (1959-1983) de la mosquée (Karamoko Alpha) de Labé.

C’est à son initiative qu’il gagne Fello Bantan (Dara Labé), localité réputée pour l’enseignement du Coran, où Thierno Oumar l’accueille dans son dudhal (centre d’enseignement).

Dans cet environnement rural, l’acquisition et la transmission de la connaissance s’effectuent en deux langues : le poular et l’arabe. De plus, l’apprentissage combine piété, détermination et patience et dote les meilleurs élèves d’un capital combinant savoir, savoir-faire et savoir-vivre.

Thierno suit également le cursus occidental qui le conduit de l’école primaire de Kouroula (Labé) au collège de Conakry puis au lycée Van Vollenhoven de Dakar (Sénégal). Quand l’opportunité de se spécialiser se présente, il opte pour l’arabe – dont il approfondit l’étude à l’Ecole Nationale des Langues Orientales Vivantes (future INALCO) située à Paris.

Cependant, son véritable domaine d’expertise est l’histoire, qu’il étudie à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de la Sorbonne où il obtient son doctorat en 1972.

Thierno Diallo entre dans la carrière d’historien à l’époque où l’Afrique entend marquer sa souveraineté (fraîchement retrouvée) dans tous les domaines – y compris celui de la recherche scientifique.

Son nom reste inséparable d’une œuvre magistrale : « Les Institutions politiques du Fuuta Dyalon au XIXe siècle ».
L’originalité de son approche tient à une méthode, reposant sur l’intelligence des hommes et de leur culture. Pour comprendre les « citoyens » de cette formation politique, écrit-il, il « s’agit de les voir dans leur milieu, dans leur société pour les comprendre, comme eux-mêmes se voient et se comprennent. Pour ce faire, il convient d’utiliser le même langage et les mêmes documents qu’eux ».

« Fii laamu alsilaamaaku Fuuta Jaloo », ouvrage de langue française, est publié en 1972 par l’Université de Dakar – Institut Fondamental d’Afrique noir (IFAN). Il marque l’aboutissement d’une fréquentation assidue de la bibliothèque de cette institution – avec deux équipes.

La première publie le « Catalogue des manuscrits de l’IFAN » (1966) et la seconde, constituée de « chercheurs du Fuuta-Tooro et du Fuuta-Dyaloo », finalise la production d’un « Dictionnaire peul-français » (1969, 1972).
La trajectoire intellectuelle du Professeur Diallo allie avec bonheur cultures peul, arabo-islamique et francophone. Esprit fécond, depuis Dakar puis Paris, il produit simultanément pour les chercheurs et le grand public.

Il se penche sur « Origine et migration des Peuls avant le XIXe siècle » (1972), « La mission du Dr Bayol au Fouta Djalon : 1881 » (1972), Alfa Yaya : roi du Labé (Fouta Djalon) et Dinah Salifou, Roi des Nalous (collection « Grandes figures africaines ; XXe siècle » – éditions ABC, 1976).

Il mène ses investigation sur « Le Fuuta Jalon et le Gabu » (1980), « Les sociétés et la civilisation peul » (1986), « Les stratifications des structures politico-sociales de la société traditionnelle au Fuuta Jaloo » (1999) ou encore « L’islam africain » (2000) et « Les révolutions islamiques en Afrique Occidentale ».

En parallèle, sa carrière d’enseignant le conduit de Dakar (université Cheikh Anta Diop) à Créteil (Université Paris-Est-Créteil-Val de Marne / Paris XII) en passant par Ouagadougou – sans oublier les différentes « missions » menées dans un grand nombre d’universités d’Afrique de l’Ouest.

« Deftere Janngirde Fulfulde Fuuta Jaloo » (2016) est sa dernière œuvre, en deux tomes, consacrée à l’étude de sa langue maternelle, parlée en Guinée et dans une demi-douzaine de pays limitrophes.

Elle complète l’œuvre initiée par le Pr. Alpha Ibrahim Sow (1934-2005), linguiste et promoteur de la littérature du Fouta Djalon – avec, notamment, l’anthologie « La Femme, la Vache, la Foi » (1966).

La vie et l’œuvre du Pr. Thierno Diallo évoque également celle de son compatriote et compagnon de recherche du début des années 1960 à Dakar, le Pr. Boubacar Barry.

Concepteur de la « Sénégambie », partisan d’une histoire régionale, il a souligné les traits culturels et sociaux communs à nos sociétés, par-delà les supposées barrières entre « ethnies ».

En exposant les principes et les usages de la confédération théocratique du Fouta Djalon, le Pr. Thierno Diallo a révélé l’existence d’une vie politique originale et d’un « droit constitutionnel » âprement débattu – soulignant la pertinence d’une « bonne gouvernance » mise au service de la collectivité.

Tout en présentant mes sincères condoléances à sa famille, je forme le vœu que la Guinée et la « république des lettres » (ouest-) africaine accordent à l’œuvre du disparu la place qui lui revient – celle d’une contribution pionnière et incontournable pour comprendre notre histoire et construire notre avenir.

Yo Allah yaafo Cerno Mahmudu Lariya, rokka malal e aljanna!

Que Dieu offre pardon, félicité et vie éternelle à Thierno Mahmoudou Lariya !

Par Alfa Mamadou Lélouma

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