Dr Ousmane Doré, président du Mouvement National pour le Développement (MND)

Alors qu’on s’achemine vers le scrutin présidentiel du 18 octobre prochain, Guineematin.com continue de donner la parole aux différents candidats à cette élection. Hier, vendredi 18 septembre 2020, votre quotidien en ligne est allé à la rencontre de Dr Ousmane Doré, le président du Mouvement National pour le Développement (MND). Avec cet ancien ministre de l’économie et des finances (entre 2007 et 2008), nous avons parlé de son entrée en politique, de sa candidature à la présidentielle d’octobre prochain et de la campagne en période de pandémie de COVID-19 et de l’état d’urgence sanitaire (entre autres).

Décryptage !

Guineematin.com : Ancien ministre de l’Economie et des Finances, vous êtes aujourd’hui candidat à la présidentielle d’octobre prochain au compte du Mouvement National pour le Développement (MND). Qu’est-ce qui explique votre entrée en politique ?

Dr Ousmane Doré : Plusieurs raisons motivent mon entrée en politique. La vie politique est ouverte à tous les citoyens qui veulent contribuer au développement sociopolitique et économique de leur pays. Dans mon cas particulier, je suis un fonctionnaire international. Et, donc, j’ai passé du temps à faire un diagnostic de l’évolution économique de mon pays pour me rendre compte que de nombreux défis restent encore à relever. Je l’ai expliqué dans mon livre que j’ai publié il y a deux mois ici à Conakry, où je montre clairement que ce pays, en dépit de son potentiel de développement, reste encore à la traîne. Voilà la première motivation. Parce qu’ayant travaillé sur des économies à travers le monde, je me suis dit que l’expérience-là pouvait me permettre de contribuer aussi à l’essor de développement de ce pays, en proposant un programme de développement crédible. L’autre raison, c’est vraiment les questions sociales où j’ai dû remarquer un blocage sur le plan politique : le dialogue entre les partis politiques est quasiment inexistant ; et, ça se traduit par des contestations à répétition, des manifestations parfois violentes avec des morts d’hommes. Et, tout cela dans un contexte de fragilisation du tissu social. Donc, pour moi qui ai quitté ce pays il y a une cinquantaine d’années pour être de l’autre côté, ce n’est pas la Guinée que j’ai laissé où les conditions de vivre ensemble sont malmenées. J’ai donc estimé opportun de venir apporter un projet qui unifiera les Guinéens autour d’un programme commun.

Guineematin.com : Les statistiques publiées par la Commission Électorale National Indépendante (CENI) révèle une grande disparité régionale sur le corps électoral. Car, la Haute Guinée à elle seule compte 22% des électeurs ; alors qu’on sait que la Haute Guinée est le  bastion traditionnel du RPG arc-en-ciel, le parti au pouvoir. Est-ce que vous avez aujourd’hui des inquiétudes ?

Dr Ousmane Doré, président du Mouvement National pour le Développement (MND)

Dr Ousmane Doré : ces inquiétudes dont vous parlez, je ne suis pas sûr que pour le moment, sont avérées. Nous cherchons des éclaircissements ; et, je pense que c’est une erreur de faire des associations. La causalité n’est pas que c’est le fief de quelqu’un. Nous, nous pouvons considérer que Kankan n’est le fief de personne. Nous pouvons estimer même que la région de Kankan est notre fief. Mais, ce qu’il faut voir dans ces chiffres, c’est qu’il y a des préfectures ou des zones qui, au regard de leur démographie, semblent avoir eu beaucoup d’électeurs. Est-ce le mouvement des populations ? Est-ce dû à la présence des zones minières ? Encore que nous allons relever des situations dans cette statistique où des zones comme Kérouané n’ont pas connu de tels gonflements. Alors, il faut chercher à voir clair sans aller avec une certaine agitation. Parce que nous, nous sommes sereins. Nous avons dit que nous, nous voulons un processus transparent qui commence en amont du processus. C’est-à-dire qu’on doit s’assurer que les listes sont établies en bonne et due forme, le fichier ne souffre d’aucune irrégularité. Pour cela, il faut que la CENI, organe de gestion des élections, puisse donner des éclaircissements sur tout ce qu’on cherche à voir. Les opérations qui ont conduit à ça sont des opérations techniques d’enrôlement. Je ne sais même pas comment les gens ont été déployés puisque je n’étais même pas là. Sinon, je me demande comment une ville comme Siguiri soit beaucoup plus peuplée en terme électoral que Ratoma ici ou bien Kankan, le chef-lieu de la région. Toutes ces questions ont besoin d’éclaircissements. Donc, ce sont des statistiques qui soulèvent des questions. Pas forcément des inquiétudes puisque dans l’un ou dans l’autre, nous allons nous assurer, avoir la confiance, avant de s’engager dans le processus.

Guineematin.com : quelles sont vos chances de remporter cette élection présidentielle face à des ténors comme le président sortant, le professeur Alpha Condé, et son principal opposant, Elhadj Cellou Dalein Diallo ?

Dr Ousmane Doré : vous pouvez être dans un schéma classique. Je voudrais vous dire que dans un pays ou dans une société, la classe politique se renouvelle, les acteurs qui sont supposés gouverner ne peuvent pas être forcément les mêmes. Donc, quand vous voulez jauger notre possibilité d’arriver en tête par le fait que des gens sont dans ce milieu politique depuis plus d’une décennie, moi je dis simplement que ce modèle de projection est à mettre en question. Parce qu’essentiellement, cette bataille qui s’annonce, les échéances, ce n’est pas une course de vitesse. Nous avons aujourd’hui à travers le monde des exemples frappants, de nouveaux leaderships qui émergent surtout que ce pays qui est d’ailleurs très fatigué. Le mode de gouvernance et de leadership qu’on a connu depuis notre enfance, nous pensons que ce pays a besoin d’une nouvelle page et d’un nouveau leadership qui pourraient rassembler le peuple, gagner une dynamique de changement. Donc, nos chances, c’est votre question, j’y crois fermement. Je crois fermement dans mon modèle, je suis mieux placé pour assurer cette alternance dans ce pays le 18 octobre prochain.

Guineematin.com : la campagne électorale commence dans un contexte d’épidémie. Et, le président de la République a décidé de proroger l’état d’urgence sanitaire. Comment allez-vous mener votre campagne électorale dans ce contexte ?

Dr Ousmane Doré, président du Mouvement National pour le Développement (MND)

Dr Ousmane Doré : nous, nous sommes un parti républicain, nous sommes à la conquête du pouvoir dans des conditions normales d’apaisement. Si l’autorité a décidé qu’à cause de la persistance de cette maladie qu’il faille reconduire l’état d’urgence, nous prenons acte. Mais, encore que nous avons beaucoup de soucis par rapport à une telle décision. Dans un contexte où il y a des pays qui ont connu une calamité face à ce virus, ces pays ont déconfiné parce qu’en réalité il y a une exigence que la vie politique, sociale et économique qu’un pays doit continuer. Mais, ce n’est pas à nous de décider, ceux qui ont décidé, c’est suivant leur compréhension de la chose. Mais, si c’est le cas, notre seule préoccupation, c’est de dire qu’il faudrait que le processus électoral n’y soit pas affecté. Si nous nous adaptons à cette mesure qui dit que nous ne pouvons pas mobiliser nos masses dans des proportions considérables, il faudrait que ça soit appliqué à tous. On ne peut pas dire que certains qui sont d’ailleurs en campagne, j’ai le code électoral devant moi qui est clair ; on ne peut pas commencer les campagnes, les faire en dehors de la campagne. Donc, vous êtes à Conakry, vous les journalistes, vous n’en faites pas un problème. Mais, l’espace est complètement dominé par une campagne qui ne dit pas son nom ; alors que nous sommes dans un contexte où on pense que le virus circule. Donc, nous, nous avons une inquiétude par rapport à ça. Si des élections doivent être libres, transparentes et crédibles, il faudrait aplanir le terrain et que les opportunités soient les mêmes pour tous les partis. Bien entendu, j’ai mon opinion par rapport à l’opportunité ou non de reconduire ces mesures. Mais, ma voix ne compte pas à ce stade…

Guineematin.com : la Haute Autorité de la Communication (HAC) vient d’interdire les débats croisés entre candidats dans les radios. Comment vous avez accueilli cette décision de l’instance en charge de réguler les médias ?

Dr Ousmane Doré : c’est à vous, les médias, de réagir par rapport à ça. De toutes les façons, nous nous sommes disponibles. Vous m’avez appelez, vous êtes devant-moi. Vous m’auriez mis en contact avec chacun de ces 11 autres candidats, je serais disponible. Donc, de notre côté, lorsque l’autorité arrive à mettre en place des dispositions comme ça, c’était aux médias de se dire que non, nous sommes dans l’information, la constitution garantie le droit à l’information. Si nous voulons comprendre un candidat X en rapport avec ce que le candidat Y a dit, vous donnez votre argumentaire, c’est vous qui êtes en contact avec la HAC. En tout état de cause, ce que j’ai compris, on veut limiter ces débats croisés aux chaines publiques qui sont sous le contrôle de la HAC. Pour quel but ? C’est à eux de nous dire. Nous, nous sommes un acteur politique disponible. Et, on aurait voulu d’ailleurs avoir un débat croisé avec tous les 12, comme aux Etats-Unis où une vingtaine de candidats se retrouvent et font ces débats. Je crois que 12 candidats, ce n’est pas quand-même extraordinaire. On pouvait leur permettre de participer aux débats croisés. Le débat dans cette élection doit être une particularité, car les enjeux sont de tailles.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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