Comme annoncé précédemment, à l’occasion du lancement officiel de la campagne du RPG arc-en-ciel pour la présidentielle du 18 octobre prochain, le président Alpha Condé a ouvert les « vannes de l’ethno-stratégie » à ses militants et sympathisants à Kankan. Le chef de l’Etat guinéen, qui est intervenu le samedi dernier par visioconférence, a demandé aux « malinkés (ceux de son ethnie) » de ne pas voter pour un autre candidat, au risque d’apporter leur soutien à Cellou Dalein Diallo, qui est de l’ethnie peule. Et, comme on pouvait s’y attendre, cette allocution du président-candidat Alpha Condé a suscité une vague d’indignation au sein de l’opinion publique guinéenne. Certains observateurs y voient une volonté manifeste du chef de l’Etat d’opposer les ethnies du pays dans le seul but de se maintenir au pouvoir pour exercer un troisième mandat à la tête de la Guinée.

Dans un entretien accordé à Guineematin.com hier, dimanche 20 septembre 2020, Dr Dansa Kourouma, le président du conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG), n’est pas allé de main morte pour dénoncer et condamner ces agissements d’Alpha Condé.

« Ce sont des propos irresponsables, indignes et inacceptables, surtout quand ça vient d’un haut perché de l’Etat. Donc, c’est quelque chose que nous condamnons malgré le fait que l’ethno-stratégie soit la colonne vertébrale de la politique guinéenne. Il faut dire qu’Alpha Condé n’est pas le seul à utiliser cette arme, c’est toute la classe politique guinéenne qui le fait. C’est pourquoi, nous sommes préoccupés », a notamment dénoncé Dr Dansa Kourouma.

Pour le président du CNOSCG, c’est surtout la faiblesse de la justice qui conduit les politiques à user de l’ethno-stratégie dans la conquête du pouvoir en Guinée.

« Quand vous lisez la constitution, l’Etat a le pouvoir de dissoudre tout parti politique qui s’identifie à une ethnie ou à une communauté. Il suffit qu’un procureur ou un juge patriote, qu’il soit de la Cour constitutionnelle, de la Cour suprême ou d’un simple tribunal, ait le courage simple d’intenter une action contre ces leaders politiques, y compris le président de la République. C’est vrai que nous sommes limités du fait qu’il n’y ait pas la Haute Cour de justice qui permet de poursuivre les hauts cadres de l’Etat ; mais, en réalité, il suffit seulement qu’un juge ait le courage, vous allez voir que le paysage va s’assainir. Donc, il y a la faiblesse de la justice ; mais aussi l’analphabétisme de la population, le manque de rigueur de cette même population sur son choix et le manque de conviction de la jeunesse qui font que les politiciens guinéens tirent le bas-peuple par le nez. Ils nous trompent, nous magouillent et nous détournent de notre objectif par des discours communautaristes », a indiqué Dr Dansa Kourouma.

Par ailleurs, l’activiste de la société civile guinéenne demande aux jeunes de sortir de leur mutisme pour sévir contre ces pratiques qui maintiennent le pays dans une hypocrisie permanente.

« Tant que la jeunesse guinéenne ne se déchainera pas contre ces pratiques qui dévalorisent notre diversité culturelle, la Guinée continuera toujours dans l’hypocrisie. En réalité, nous devons créer toutes les conditions pour que la justice ait la capacité, le pouvoir et l’audace nécessaire d’interpeler n’importe quel guinéen qui utilise le communautarisme comme un moyen d’expression politique. Qu’il soit poursuivi et condamné ; et que son parti politique soit dissout », a-t-il dit.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin