Par Mouctar BAH (AFP) : La campagne pour l’élection présidentielle en Guinée a pris des accents guerriers et communautaristes, à une semaine de manifestations annoncées contre la candidature controversée d’Alpha Condé à un troisième mandat.
« Cette élection n’est pas seulement une élection, c’est comme si nous étions en guerre », a déclaré M. Condé, dont les propos en langue malinké par visioconférence à ses partisans à Siguiri, dans son bastion électoral de l’est du pays, ont été diffusés mardi soir par la télévision nationale.

« Les autres candidats ont fait un bloc pour me combattre », a-t-il rappelé, en référence à la décision de ses onze adversaires de former un collectif pour parler d’une seule voix sur le processus, dans un contexte de suspicion sur la validité des listes électorales.

M. Condé s’exprime habituellement en français durant ses interventions officielles nationales.

Dans son premier discours de campagne le 19 septembre, également en malinké, il avait mis en garde les électeurs de Kankan (est) contre la tentation d’apporter leurs suffrages à un autre candidat issu de cette communauté.

– Référendum contesté –

« Si vous votez pour un candidat malinké qui n’est pas du RPG (Rassemblement du peuple de Guinée, au pouvoir, NDLR), c’est comme si vous votiez pour Cellou Dalein Diallo », le principal opposant, membre de la communauté peule, avait affirmé M. Condé.

« Dans la région du Fouta, il n’y a pas d’autre candidat que Cellou », avait-il souligné en référence au Fouta-Djalon (centre), à population majoritairement peule et fief électoral de M. Diallo.

Les Peuls et les Malinkés sont les deux principales communautés du pays, dont ils constituent plus des deux tiers des 12 millions d’habitants, selon les estimations.

L’appartenance ethnique est considérée comme un facteur de vote déterminant en Guinée.

Ancien opposant historique, M. Condé, 82 ans, premier président démocratiquement élu en 2010 après des décennies de régimes autoritaires, a été réélu en 2015. Il a fait adopter, lors d’un référendum contesté en mars, une nouvelle Constitution qui maintient la limite de deux mandats présidentiels. Mais lui et ses partisans arguent que ce changement de loi fondamentale remet les compteurs à zéro.

Ses adversaires dénoncent un « coup d’Etat constitutionnel ». La protestation contre une nouvelle candidature de M. Condé, à l’appel du Front national de défense de la Constitution (FNDC), a mobilisé depuis octobre 2019 des milliers de Guinéens. Ces manifestations ont été à plusieurs reprises durement réprimées et des dizaines de civils ont été tués lors de heurts.

– « Relent ethnique » –

Les avocats français du FNDC ont écrit à la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, dans un courrier rendu public, pour lui signaler les déclarations de M. Condé visant à dissuader les Malinkés de voter pour un autre candidat de leur communauté.

« Ces propos traduisent la volonté de Monsieur Alpha Condé de déporter le débat sur le terrain ethnique avec le risque d’alimenter des clivages au sein même de la population », craignent les avocats William Bourdon et Vincent Brengarth.

« Ces éléments nous font sérieusement craindre de nouvelles violences électorales à relent ethnique », ajoutent-t-ils, rappelant que le FNDC a lancé un mot d’ordre de mobilisation à partir du 29 septembre pour le départ de M. Condé.

La présidence guinéenne a par ailleurs annoncé mardi soir un allègement des mesures sanitaires contre le coronavirus pour les transports, les bars et restaurants, ainsi que les activités socio-culturelles et sportives.

Elle justifie cet assouplissement des mesures imposées à la population depuis presque six mois par une « revue de la situation épidémiologique, dont les résultats ont été jugés encourageants ».

Dans les transports, si le port du masque reste obligatoire, le nombre d’occupants et les tarifs reviennent à la situation antérieure.

Les taxis peuvent désormais prendre quatre passagers à l’arrière au lieu de deux, et le prix de la course est divisé par deux. Les minibus ne sont désormais plus contraints de limiter leur capacité à la moitié des places.

Les bars, restaurants et motels sont autorisés à rouvrir, à condition de respecter le port obligatoire du masques « par les personnels de service » et les règles de distanciation physique.

Mouctar BAH pour l’AFP

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