Me Hamidou Barry, coordinateur principal des avocats des victimes des crimes du 28 septembre 2009

« Il y a une plainte en bonne et due forme contre le Général Sékouba Konaté qui a été déposée par les victimes le 26 septembre 2017. Les juges d’instruction ont rendu une ordonnance, et nous avons relevé appel. Le dossier est pendant au niveau de la Cour d’Appel de Conakry. Au moment venu, cette affaire sera relancée et jugée »…

11 ans après le massacre du 28 septembre 2009, le procès des auteurs présumés de ces tragiques événements tarde toujours à s’ouvrir. Face à ce retard, l’avocat maître Hamidou Barry réclame une « indemnisation provisoire » des victimes, dont la plupart vivent aujourd’hui dans une situation misérable. Il a lancé cet appel au cours d’un entretien qu’il a accordé à Guineematin.com ce lundi, 28 septembre 2020.

Pour la 11ème consécutive, les victimes des événements du 28 septembre 2009 ont commémoré aujourd’hui cette date avec la même soif de justice. Le dossier a été pourtant clôturé depuis le 25 juin 2019, mais aucune date n’a été donnée pour l’ouverture du procès. Mais malgré ce retard, Me Hamidou Barry, le coordinateur principal des avocats des victimes, reste optimiste. « Lors de la clôture du dossier, il y a eu 430 victimes auditionnées, 13 inculpations et des témoins auditionnés. Donc, le dossier est prêt à être jugé. Nous attendons l’ouverture du procès peut-être en début de l’année 2021 parce qu’avec l’élection présidentielle du 18 octobre, il n’est pas facile de programmer un tel procès.

Nous estimons que le procès peut s’ouvrir parce que l’actuel ministre de la Justice a changé de stratégie, en disant qu’il n’attend pas la fin de la construction du site qui doit abriter le procès du massacre du 28 septembre 2009, qui peut prendre une année encore. Donc, j’estime que s’il y a la volonté politique réelle au sommet de l’Etat, notamment au niveau du président la République, on peut ouvrir le procès vers février-mars 2021 dans un endroit qui sera aménagé à cet effet », a déclaré l’avocat.

Mais, en attendant l’ouverture du procès, Me Hamidou Barry relève une autre urgence à laquelle il faut faire face. Il s’agit de la précarité dans laquelle vivent aujourd’hui beaucoup de victimes. L’avocat souhaite que les autorités guinéennes se penchent rapidement sur cette situation, en accordant une indemnisation provisoire aux victimes. « Si nous nous voulons un procès, nous voulons également une indemnisation provisoire des victimes. Parce qu’aujourd’hui, il y a un nombre important de victimes qui souffrent de maladies très graves, comme les femmes qui ont le SIDA.

Il y a aussi des personnes qui ont des jambes ou des mains amputées, des gens qui ont encore des balles dans leur corps, mais aussi des enfants orphelins qui ont besoin d’être assistés pour aller à l’école. A côté ce ceux-là, il y a un nombre important de victimes qui ont perdu leur emploi, leur source de revenu ou bien leur activité principale. Compte tenu de ces facteurs, nous demandons au gouvernement, précisément au président de la République, à son Premier ministre et aux ministres des Finances et du Budget de penser à ces victimes », a-t-il lancé.

Par ailleurs, Me Barry invite les victimes à ne pas se décourager. Malgré le retard de l’ouverture du procès, il leur demande de s’armer de courage et garder espoir. « Ce sont des crimes de masse qui ne sont pas faciles à gérer. Les crimes qui ont été commis pendant la 2ème guerre mondiale, en 1945, il n’y a pas longtemps que les rescapés ont été jugés. Le cas d’Hissène Habré, c’est après 20 ans qu’il a été jugé à Dakar. Il y a eu un arrêt, mais jusqu’à présent, les victimes n’ont pas obtenu réparations. Chez nous, on a à faire avec des anciens chefs d’Etat, des anciens ministres, des hauts gradés de l’armée, mais aussi des personnalités qui sont dans le gouvernement actuel du président Alpha Condé. Donc, ce n’est pas facile de tenir un tel procès. Mais ce n’est pas encore un motif pour se décourager. C’est pourquoi nous lançons un appel aux victimes, de prendre courage, de serrer la ceinture et se dire qu’un jour, il y aura justice pour elles », exhorte l’avocat.

Parlant de la plainte déposée contre le Général Sékouba Konaté, qui était ministre de la Défense nationale lorsque ce massacre a eu lieu, et qui n’a pas été entendu par les enquêteurs, le coordinateur principal des avocats des victimes indique que le dossier se trouve toujours au niveau de la Cour d’Appel. « Il y a une plainte en bonne et due forme contre le Général Sékouba Konaté qui a été déposée par les victimes le 26 septembre 2017. Les juges d’instruction ont rendu une ordonnance, et nous avons relevé appel. Le dossier est pendant au niveau de la Cour d’Appel de Conakry. Au moment venu, cette affaire sera relancée et jugée », promet Me Hamidou Barry.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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