Quelques jours après la publication de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO sur le massacre de Zogota, des réactions se font entendre dans ce district de la sous-préfecture de Kobéla, dans la préfecture de N’Zérékoré. Les victimes des exactions commises dans ce village en 2012, accueillent avec satisfaction la décision de la juridiction sous régionale, condamnant l’Etat guinéen à leur verser des dommages et intérêts. Ces citoyens espèrent que cette décision sera rapidement exécutée pour permettre d’atténuer leur souffrance, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui s’est rendu sur place.

Pépé Kolié, porte-parole des parents des victimes du massacre de Zogota

Pépé Kolié, le porte-parole des parents des victimes du massacre de Zogota, attendait impatiemment la décision de la Cour de justice de la CEDEAO sur cette affaire. Celle-ci est finalement intervenue cette semaine, et elle procure une joie plutôt mesurée à ce citoyen. Il préfère attendre son exécution pour exulter véritablement. « Mes sentiments, c’est d’abord de remercier les avocats, grâce à qui, on a eu la lumière sur ce dossier. Pour le moment, notre joie est limitée jusqu’à l’exécution de la décision rendue par la Cour de justice de la CEDEAO. Notre grande joie se manifestera quand les parents des victimes rentreront en possession des dommages et intérêts pour les préjudices qui leur ont été causés par le gouvernement », a-t-il expliqué.

Kpakile Gnadawolo Kolié, chef du village de Zogota

Satisfaction et espoir, ce sont les sentiments qui animent aussi le chef du village de Zogota, qui a perdu l’un de ses fils dans ce massacre. Kpakile Gnadawolo Kolié souhaite que la justice de la CEDEAO aille plus loin en mettant la pression sur les autorités pour qu’elles exécutent cette décision. « Je veux que la CEDEAO mette la pression sur l’Etat de Guinée. Ceux qui ont été tués, parmi eux, il y a certains qui ont des enfants dans les écoles, d’autres ont même laissé leurs femmes enceintes. Les militaires ont aussi pillé les biens de certains et détruit d’autres. Alors, l’argent que la CEDEAO demande de nous donner, ils doivent nous le payer. C’est quand cela sera fait que nous, les habitants de Zogota, nous serons contents », soutient-il.

Tokpa Michel Loua, neveu de l’une des personnes tuées dans les violences de Zogota

Même son de cloche chez Tokpa Michel Loua, neveu de l’une des personnes tuées dans ces violences. Il espère que cette décision permettra d’atténuer très bientôt la souffrance qu’il endure depuis la mort de son oncle. « Depuis la disparition triste de mon oncle, nous souffrons énormément dans la famille. Moi, je suivais des cours d’informatique. Mais depuis, j’ai abandonné parce qu’il n’y a plus quelqu’un pour me soutenir. Donc, depuis lors, rien ne va. Nous sommes en train de souffrir ici parce qu’il n’y a pas de travail. On va au champ et quand on a des petits contrats, on le fait pour survivre. On espère maintenant que l’Etat guinéen va nous indemniser, afin que nous puissions avoir une meilleure vie », confie ce jeune homme.

A rappeler que c’est dans la nuit du 3 au 4 août 2012, que des militaires ont fait une descente musclée à Zogota, district situé à 70 km de la ville de N’Zérékoré. Cette expédition punitive s’est soldée par six morts, plusieurs blessés, des habitations incendiées, et de nombreuses interpellations. Cette situation avait fortement ému l’opinion nationale, amenant plusieurs avocats et défenseurs des droits humains à porter plainte auprès de la Cour de justice de la CEDEAO. Huit ans après avoir été saisie du dossier, la juridiction supranationale a rendu son arrêt le mardi, 10 novembre 2020. Elle a condamné la Guinée à verser un montant total de 4 560 000 000 GNF comme dommages et intérêts aux victimes. La Cour a donné six mois à l’Etat guinéen pour exécuter cette décision.

De retour de Zogota, Foromo Gbouo Lamah pour Guineematin.com

Tel : +224620166816/666890877

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