Me Salifou Béavogui, avocat de la défense

Depuis quelques jours, l’actualité politique guinéenne est fortement dominée par les arrestations ciblées de certaines grandes figures de l’opposition au régime Alpha Condé. Ibrahima Chérif Bah, Cellou Baldé, Ousmane Gaoual Diallo (tous membres influents de l’UFDG) et Etienne Soropogui (président du mouvement Nos valeurs communes) sont actuellement écroués à la maison centrale de Conakry pour « fabrication et détention d’armes de guerre et atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation », etc. Ces responsables politiques se retrouvent en prison avec plus de 300 autres citoyens arrêtés en marge des violences postélectorales qui ont secoué la Guinée au lendemain du scrutin présidentiel du 18 octobre dernier. Egalement, ces opposants côtoient derrière les barreaux d’autres hommes politiques et des activistes de la société civile, emprisonnés pour leur opposition à un troisième mandat d’Alpha Condé dans le pays.

Le collectif des avocats qui se bat pour leur libération crie à des règlements de comptes et dénonce des emprisonnements politiques. Ces hommes en robe soupçonnent la justice de jouer sur le terrain politique pour servir la cause du plus fort (le pouvoir d’Alpha Condé). Mais, ces avocats assure qu’ils se battront jusqu’au pour obtenir la libération de leurs clients injustement détenus en prison.

Dans un entretien accordé à Guineematin.com ce mardi, 17 novembre 2020, Me Salifou Béavogui (un des avocats qui défendent ces opposants) a fait une mise au point sur le niveau de la procédure concernant les dossiers de leurs clients. L’avocat accuse le parquet en charge des affaires de ses clients d’avoir fait « des incantations d’infractions » dans des dossiers vides. Egalement, Me Salifou Béavogui a exhorté la justice à lire et dire le Droit dans ces affaires afin de permettre à ces clients injustement détenus à recouvrer leur liberté dans les meilleurs délais.

« Il y a eu des proclamations d’infractions, le parquet a aligné une panoplie d’infractions ; mais, en Droit il ne s’agit seulement pas d’affirmer, il faut aussi le prouver. Pour nous les infractions qui sont alignées ne sont que des incantations. Ces infractions ne sont pas imputables à nos clients. Et, aucune preuve ne peut être établie contre eux… Mais, à présent, la bataille rude et judiciaire que nous menons, c’est leur remise en liberté. Et, ça va continuer jusqu’à ce qu’ils soient tous libres », a martelé Me Salifou Béavogui.

Décryptage !

Guineematin.com : au lendemain du scrutin présidentiel du 18 octobre dernier en Guinée, plusieurs figures de l’opposition ont été arrêtées et emprisonnées à la maison centrale de Conakry. Et, parmi ces opposants actuellement privés de liberté on peut citer Chérif Bah, Ousmane Gaoual Diallo, Etienne Soropagui. Où en êtes-vous aujourd’hui dans la procédure les concernant ?

Me Salifou Béavogui : Comme vous l’avez si bien dit, de grandes figures de l’opposition sont aujourd’hui embastiller à la maison centrale de Conakry pour plusieurs infractions dont ils rejettent en bloc. Mais, malgré ce rejet, ils ont mis sous mandat de dépôt et privé de leur liberté par le doyen des juges d’instruction qui a pris une ordonnance de placement sous contrôle judiciaire. Aussitôt cela a été fait, le collectif des avocats de ces opposants a décidé de relever appel contre cette décision de placement provisoire. Et, à la suite de cet appel, nous initierons toutes les procédures prévues en la matière devant la cour d’appel pour obtenir la remise en liberté de nos clients. Parce que la loi nous indique cette voie ; et, c’est cette voie que nous allons emprunter. Nous nous crions à l’injustice et l’arbitraire. Nous pensons que nos clients sont vraiment victimes d’injustice.

Guineematin.com : Vous dites que vous avez fait appel de la décision qui placé vos clients sous mandat de dépôt ; mais, au cas où vous n’obtiendrez pas gain de cause, quelle va être la suite de cette procédure ?

Me Salifou Béavogui : Bon ! Nous ne souhaitons même pas ne pas avoir une suite favorable au près de la cour d’appel. Nous nous pensons que nous allons pour une cause juste et noble. Nous pensons que le Droit est de notre côté et qu’il n’en sera pas autrement. Nous sommes sûrs, de par nos arguments que nous allons développer devant la cour d’appel, que nos clients vont recouvrer leur liberté. Il n’y aura pas de tergiversation no d’atermoiement ; parce qu’en réalité, pour nous, les motifs qui ont amené nos clients en prison ne sont pas justes. Et, quand le motif de l’emprisonnement n’est pas juste, nous n’avons d’autre solution que de demander la remise en liberté de nos clients, telle que prévue par l’article 535 et suivants du code de procédure pénal.

Guineematin.com : Depuis le début de cette affaire, vous avez toujours dénoncé un acharnement judiciaire pour sert des causes politiques. Est-ce que vous avez une lueur d’espoir, au cas où la cour ne donnerait pas une suite favorable à votre requête, d’un procès rapide pour vos clients qui sont déjà en prison ?

Me Salifou Béavogui : Vous savez, nous avons toujours crié à l’injustice dans cette affaire. Nous avons toujours dit que les charges pour lesquelles nos clients sont poursuivis ne sont pas établies. Donc, nous avons toujours dénoncé le caractère vide du dossier. Il y a eu des proclamations d’infractions, le parquet a aligné une panoplie d’infractions ; mais, en Droit il ne s’agit seulement pas d’affirmer. Il faut aussi le prouver. Pour nous les infractions qui sont alignées ne sont que des incantations. Ces infractions ne sont pas imputables à nos clients. Et, aucune preuve ne peut être établie contre eux. La conséquence directe est que nous pensons qu’à la longue ils bénéficieront d’un non lieu et ils seront remis dans la société, exemptent désormais de toute poursuite. Mais, à présent, la bataille rude et judiciaire que nous menons, c’est leur remise en liberté. Et, ça va continuer jusqu’à ce qu’ils soient tous libres.

Guineematin.com : En plus de ces responsables politiques de l’opposition guinéenne, plusieurs autres citoyens sont aujourd’hui en prison. Ils ont été arrêtés lors des violences postélectorales qui ont secoué la Guinée au lendemain de la présidentielle d’octobre dernier. Aujourd’hui, que peut-on retenir de la procédure les concernant ?

Me Salifou Béavogui : Oui ! En plus des figures de prou de l’opposition, plusieurs guinéens, au nombre de 350, ont été arrêtés ; et, aujourd’hui emprisonnés pratiquement pour les mêmes faits que ceux reprochés aux leaders de l’opposition actuellement en prison. Une chose reste claire, ils sont tous en prison et nous contestons les motifs de leur emprisonnement. Et, les procédures sont en cours devant la cour d’appel. Nous pensons qu’aujourd’hui ils sont en train de les interroger et qu’ils seront libérés.

Guineematin.com : Egalement, il y a d’autres opposants et des activistes de la société, tous opposés à un troisième mandat en Guinée, qui sont écroués depuis des mois déjà à la maison centrale de Conakry. C’est le cas de Fonikè Mengué du FNDC, Ismaël Condé, Souleymane Condé… Où vous en êtes dans ces dossiers qui semblent avoir été plombés par les récentes arrestations de certains leaders de l’opposition guinéenne ?

Me Salifou Béavogui : D’abord, le cas de Souleymane Condé, Kémo Roger Bamba et Youssouf Dioubaté, l’instruction est clôturée. Nous avons reçu notification de l’ordonnance du juge d’instruction qui les renvoie devant le tribunal correctionnel de Conakry2 (tribunal de première instance de Dixinn) pour des faits qualifiés de production et diffusion d’informations de nature à troubler l’ordre et la sécurité publique. Donc, l’ordonnance nous a été notifiée hier ; et, aussitôt, nous avons ressaisi le procureur de la république pour demander la programmation, l’enrôlement, du dossier de la procédure. Parce qu’une fois de plus, tout citoyen en conflit avec la loi a droit à un procès juste et équitable, dans lequel le droit de se défendre est garantie et dans un délai raisonnable. Ces gens là sont en prison depuis maintenant quatre mois. Donc, hier, nous avons saisi le procureur de la république en exécution de l’ordonnance du juge d’instruction et la programmation du droit. On peut donc dire que ce dossier est sur le point d’être jugé. Nous n’attendons que la date pour aller en débattre.

Ensuite, de l’autre côté, à Mafanco, il y a le dossier de Ismaël qui a été appréhendé pour le fait d’avoir changé de ligne politique et qui est emprisonné aujourd’hui à la maison centrale de Conakry. Donc, à ce niveau le dossier a été mis à notre disposition pour les dernières consultations. Nous pensons que dans les meilleurs délais le juge d’instruction prendra son ordonnance de fin d’informer qui peut être un non lieu ou renvoyer nos clients devant le tribunal correctionnel. Nous souhaitons qu’à ce niveau que la cadence soit accélérée. C’est la même chose pour monsieur Oumar Sylla, alias Fonikè Menguè. Son dossier est avec le doyen des juges, auquel nous avons adressé une requête aux fins de mise en liberté. Malheureusement, cette requête a été rejetée hier. En tout cas, tous les jours nous alimentons le dossier. Donc, ce ne sont pas des dossiers qui dorment. Ils sont toujours alimentés. A chaque moment, chaque jour nous écrivons aux juges et nous recevons les réactions des juges. Donc, les procédures sont accélérées et nous avons tout espoir qu’elles seront réglées le plus rapidement que possible.

Guineematin.com : Nous arrivons au terme de cet entretien que vous avez bien voulu nous accorder ce mardi. Mais, avant de nous quitter, quel message avez-vous à l’endroit de la justice guinéenne, notamment les magistrats qui sont censés lire et dire le Droit dans ce pays ?

Me Salifou Béavogui : Vous savez, la vocation principale d’un avocat, c’est la défense des intérêts des citoyens, surtout en matière pénale. Parce qu’en pénale, le règlement de compte est très grave, les erreurs aussi sont graves. Donc, le message que j’ai à lancer à la justice, c’est d’accepter de lire le Droit et dire le Droit. Ça, je le souhaite vivement pour qu’aucun innocent ne soit condamné pour quelque motif que ce soit. Mais, aussi, qu’aucun coupable n’échappe à la répression. Nous nous battons pour l’édification d’un Etat de droit, pour la promotion et la primauté du Droit. Parce que c’est redoutable qu’un citoyen soit en conflit avec la loi. Vous ne pouvez jamais vous rendre compte sauf le jour où vous aurez à faire à la machine judiciaire. Lorsque vous avez la casquette de personne poursuivie, vous avez même envie de croire que c’est la fin du monde. Donc, c’est l’avocat qui reste quand vous êtes abandonnez par tout le monde. C’est l’avocat qui reste quand vous n’avez plus d’espoir. Et, c’est sur lui que vous fondez espoir pour obtenir quelque chose. Parce que la machine judiciaire ravage. Elle prend position et elle tente de vous anéantir. Donc, il faut un avocat pour pousser le juge à regarder dans la bonne direction et à lire et dire le Droit. Notre combat ne date pas d’aujourd’hui et il va continuer. Chaque fois qu’un guinéen est menacé dans ses droits, si nous sommes requis, nous interviendrons pour faire cesser l’injustice et l’arbitraire, sans état d’âme ni répit.

Interview réalisée par Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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