Thierno Ibrahima Sow, mort le lundi 16 novembre 2020 en prison, des suites des tortures après son arrestation le 24 octobre à Conakry

Les réactions continuent de se faire entendre suite au décès de Thierno Ibrahima Sow, un vieil homme de 68 ans qui était détenu à la maison centrale de Conakry. Il a rendu l’âme le lundi, 16 novembre 2020, à l’hôpital Ignace Deen de Conakry, où il avait été évacué d’urgence, des suites de tortures, selon ses proches. Au cours d’un entretien qu’il a accordé à Guineematin.com, ce mercredi 18 novembre, le président de la Ligue des Droits et la Démocratie en Afrique (LIDDA), Dr Mamadi Kaba, a demandé à l’Etat de faire la lumière sur cette situation.

Dr Mamadi Kaba, président de la Ligue des Droits et la Démocratie en Afrique (LIDDA)

« Je commence par présenter mes condoléances à la famille éplorée. Et je réaffirme toute la tristesse que la situation génère au niveau de mon organisation. Nous sommes assez peinés d’apprendre qu’un individu perd la vie en détention. Et surtout que les rumeurs qui circulent autour de sa mort se rapprochent un peu plus de la torture, ce qui est quand même extrêmement préoccupant. Alors, nous regrettons les faits. S’il y a eu torture, nous condamnons avec la dernière énergie la torture. Parce que la torture est interdite par les lois guinéennes et par l’ensemble des conventions auxquelles la Guinée est partie.

Et donc, je pense qu’il est très important que tous les Guinéens, quelle qu’en soit leur tendance, quel qu’en soit leur bord, que les tous les Guinéens se donnent la main pour lutter contre l’injustice et la torture. J’encourage le gouvernement à travailler, à faire la lumière sur ce décès. Parce que les informations selon lesquelles il est décédé de diabète sont en train d’être remises en cause par des vidéos et des photos qui circulent et qui montrent des traces de tortures sur le corps du défunt. Je pense qu’il est essentiel que le gouvernement travaille à faire la lumière sur ce décès. Et, s’il est avéré qu’il y a eu torture, que les coupables soient recherchés et punis conformément à la loi », souhaite l’ancien président de l’INIDH.

Malgré les moyens colossaux qui ont été investis par l’Etat guinéen depuis 2010 dans le cadre de la réforme des secteurs de sécurité et de la justice, la torture est toujours pratiquée dans le pays. Une situation que déplore cet activiste des droits humains. « L’habitude a la peau très dure. La torture est une pratique encrée dans les mœurs en République de Guinée. Ce n’est pas une pratique nouvelle. C’est une ancienne pratique. Les seuls moyens que la première République avait pour faire avouer un crime, c’était la torture, tous les autres moyens manquaient.

Alors, cette habitude-là s’est installée chez nos officiers de police judicaire qui ont tendance, qui ont reflexe de recourir à la torture pour extorquer les aveux plutôt que d’utiliser des moyens modernes par la formation, par l’acquisition d’instruments ultra modernes qui permettent à l’Etat de se passer des tortures et d’obtenir les informations sans avoir à torturer les individus. Donc, la torture s’est installée dans les habitudes de notre système de justice.

Les aveux sont extorqués en général par la torture. Et je pense que la réforme du secteur de la sécurité et la réforme du secteur de la justice doivent se poursuivent pour permettre que les officiers de police judiciaire qui s’adonnent à ces pratiques soient punis et mis hors d’état de nuire, afin que notre système de justice soit débarrassé de ce genre de pratiques », préconise Dr Mamadi Kaba.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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