Salifou Sawadogo, 2ème vice président du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP)

Au Burkina Faso, les électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche, 22 novembre 2020, pour élire le futur président de la République et les 127 députés à l’Assemblée nationale. Deux sujets ont dominé la campagne électorale, qui s’est achevée vendredi dernier. Il s’agit de l’insécurité grandissante dans le nord du pays et le retour de Blaise Compaoré, qui vit en exil en Côte d’Ivoire.

Pour parler justement de ce dernier point, l’envoyé spécial de Guineematin.com au Burkina Faso a rencontré Salifou Sawadogo, 2ème vice-président du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), parti fondé par l’ancien président de la République. Pour lui, l’ex homme fort du pays doit rentrer chez lui, mais pas pour être jugé parce que, selon lui, les conditions d’un tel procès ne sont pas réunies.

Décryptage

Guineematin.com : la campagne électorale pour la présidentielle de ce dimanche a pris fin vendredi dernier, que peut-on retenir en termes de bilan ?

Salifou Sawadogo : je pense que les partis politiques ont essayé de présenter leur programme, leur vision, leur ambition pour le devenir du Burkina Faso, et cela à travers des meetings, des assemblées générales, des rencontres de proximité, des caravanes et bien d’autres. Ce que je viens de dire, semble être commun à la plupart des partis politiques. Je note que le discours a été très mesuré, les civilités ont été une réalité. Il y a eu par moment des piques par-ci, par-là, mais globalement je pense que la classe politique burkinabè a fait preuve de maturité.

Guineematin.com : 13 candidats, dont le président sortant Roch Mark Christian Kaboré, sont en lice pour ce scrutin. Etes-vous confiant que votre parti, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), pourra l’emporter ?

Salifou Sawadogo : au vue de la bonne mobilisation que nous avons constatée sur le terrain, il y a de quoi espérer. Notre candidat à l’élection présidentielle, par ailleurs président du parti, a parcouru la quasi-totalité des provinces de notre pays. Cela lui a permis de descendre à un niveau acceptable. Et, après ce que nous avons vu comme engouement, il y a bon espoir que notre parti l’emporte au soir du 22 novembre. Pour les législatives, nous ferons un très bon résultat et pour la présidentielle, notre candidat sera retenu. Nous fondons notre espoir sur le rejet du régime actuel par la population.

Guineematin.com : parlant justement du régime actuel, comment jugez-vous le bilan du président sortant, candidat à sa succession ?

Salifou Sawadogo : le bilan est celui-là que nous vivons aujourd’hui. Nous vivons une crise multidimensionnelle dans notre pays depuis l’accession de ce régime au pouvoir, une crise sécuritaire très aigue. Il ne se passe jamais un jour, une semaine, sans qu’il n’y ait une attaque par-ci par-là. Ce n’est pas parce que des efforts n’ont pas été fournis, mais si ça se poursuit, ça veut dire que les tenants du pouvoir n’ont pas la capacité de gérer une telle situation. A côté de cette crise sécuritaire, nous avons la crise sanitaire due à la Covid-19, qui n’est pas propre au Burkina Faso. Nous avons aussi une crise alimentaire, 1 500 000 personnes déplacées internes. Ces populations qui ont quitté leur localité avec de l’espoir, se sont retrouvées dans les grandes villes en abandonnant tout.

Guineematin.com : la question qui brûle toutes les lèvres au Burkina, c’est bien sûr le retour de l’ancien président de votre parti, Blaise Compaoré, qui a dirigé le pays pendant de longues années avant d’être chassé du pouvoir. Comment ce sujet est perçu au sein du CDP ?

Salifou Sawadogo : nous, nous appelons au retour du président Blaise Compaoré avec tout le respect dû à son rang. Il a servi ce pays depuis sa tendre jeunesse. Il a bâti ce pays, bon de nombre de réalisations que vous pouvez voir aussi bien à Ouaga qu’en province sont des marques du président Blaise Compaoré. Tout n’a pas été rose, nous en convenons ; mais ceci dit, pour ce qu’il a été pour notre pays, nous appelons vivement au retour du président Blaise. Nous nous réjouissons de constater qu’il est au centre des sujets débattus pendant cette période électorale.

Guineematin.com : plusieurs observateurs pensent qu’après son retour, Blaise Compaoré devrait faire face à la justice, au regard de tout ce qu’il s’est passé. Il est cité dans l’assassinat du président Thomas Sankara. Qu’en dites-vous ?

Salifou Sawadogo : nous ne prônons pas l’impunité, nous souhaitons que sur l’ensemble des sujets à polémique, il y ait une vérité. Mais aussi, nous pensons à une justice transitionnelle qui peut être propre au Burkina. Le Burkina a son histoire, nous pouvons trouver des formules propres à nous pour que nous nous parlions, pour que la vérité surgisse. Mais la justice classique, telle qu’elle se mène, nous pensons que les conditions ne sont pas réunies pour le jugement du président Blaise. Le faire dans les conditions actuelles équivaut à être une justice aux ordres, parce que les rapports de force sont connues.

Guineematin.com : Blaise Compaoré a exprimé lui-même son souhait de rentrer au pays pour notamment aider à la lutte contre l’insécurité. Pensez-vous qu’il peut apporter quelque chose dans ce domaine ?

Salifou Sawadogo : je ne pense pas qu’il ait dit qu’il veut rentrer pour sécuriser le pays. Il veut rentrer parce que c’est chez lui. Naturellement, une fois chez lui, il peut apporter sa contribution sur bien d’autres volets de développement. Et la préoccupation majeure du Burkina aujourd’hui, c’est la sécurité. Et, en cela, nous pensons qu’il peut apporter beaucoup. Le président Compaoré est d’abord un militaire, donc tout le temps qu’il a passé ici, le pays est resté un havre de paix.

Interview réalisée par Abdoulaye N’koya SYLLA, envoyé spécial de Guineematin.com à Ouagadougou

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