Aminata Pilimini Diallo, secrétaire générale de l’ONG Amazones de la presse guinéenne

Ce mercredi, 25 novembre 2020, l’humanité célèbre la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Une occasion de promouvoir des actions fortes visant à mettre fin à toutes les formes de violences dont sont victimes les femmes dans le monde. En Guinée, l’ONG « Amazones de la presse guinéenne » a mis cette journée à profit pour interpeller les décideurs et les citoyens sur la responsabilité de chacun dans la lutte contre ces violences.

Dans un entretien qu’elle a accordé à Guineematin.com, Aminata Pilimini Diallo, secrétaire générale de cette organisation de défense des droits des femmes, a commencé par rappeler que les violences à l’égard de la couche féminine sont légion dans notre pays. Et cela, malgré les efforts fournis pour lutte contre ce phénomène. « De façon générale, les violences à l’égard des femmes existent en Guinée. Il y a des gens qui minimisent le phénomène parce qu’ils estiment que ça ne se passe pas tous les jours, alors que c’est le contraire.

Par exemple, quand on prend le cas du viol, tous les jours, dans les médias, on lit un article sur un viol qui s’est passé soit à Conakry ou bien à l’intérieur du pays. A part cela, on q les violences conjugales, les mariages précoces et forcés qui se passent tous les jours, l’excision qui se passe pendant toutes les vacances. Et, ce n’est pas seulement qu’on appelle violences faites aux femmes. Il y a aussi le harcèlement au boulot, dans la rue, le problème de salaire entre les hommes et les femmes travaillant dans les mêmes entreprises, où on dit que l’homme mérite mieux que la femme alors qu’ils font le même travail », a-t-elle énuméré.

Même s’il n’y a pas de véritables statistiques concernant les violences à l’égard des femmes en Guinée, Aminata Pilimini Diallo a cité quelques chiffres sur le viol, qui dénotent de la gravité de la situation. « Pour le cas du viol, nous avons tout récemment envoyé un mémorandum à l’Assemblée nationale. Par exemple, il y a l’OPROGEM qui dit que des statistiques semestrielles parlent de 148 cas de viols. Et vous savez que ce n’est pas tous les cas de viols qui sont dénoncés.

Il y a plusieurs autres cas qui ne sont pas dénoncés. Il y a même une ONG guinéenne qui a fait un sondage qui a mobilisé 1200 femmes. Dans 143 quartiers de Conakry, 552 cas de viols ont été commis en trois mois. Cela aussi, je rappelle que c’est parce que ces femmes ont brisé le silence. Aujourd’hui, on a des femmes qui ne parlent pas et qui sont plus nombreuses que celles qui brisent le silence.

Donc, s’il y 152 cas en trois mois, on peut estimer qu’il y a plus que ça parce que beaucoup ne dénoncent pas. Et comme vous le savez, c’est très difficile d’avoir une statistique en Guinée. On a que peu de victimes qui parlent. Par an, on n’arrive pas à avoir plus de 10 victimes qui nous appellent pour parler et dans ces 10 victimes, 5 ou 6 vont dire qu’elles ont laissé l’affaire », explique la secrétaire générale de l’ONG « Amazones de la presse guinéenne ».

Pour cette activiste des droits des femmes, plusieurs facteurs sont à la base des violences faites aux femmes en Guinée. Des facteurs notamment d’ordre social, mais aussi l’impunité. « Le facteur principal, c’est l’inapplication de la loi. C’est aussi parce que les gens estiment qu’il est normal de faire du mal à la femme. On a été éduqués pour que la femme subisse. L’homme a été éduqué pour exercer de la force sur la femme pensant qu’il peut mieux commander la femme en usant de la force ou bien de la violence sur elle.

A cela s’ajoutent les arrangements à l’amiable. Parce que si on sait qu’en faisant du mal à une femme on va l’arranger à l’amiable, demain aussi on le fera à une autre. C’est de l’injustice à l’égard des femmes. Je pense que si on juge et on condamne un violeur reconnu coupable des faits, on montre à tout le monde que celui-ci a été condamné à des peines, l’autre qui voulait violer va l’éviter », estime la journaliste.

Pour rendre efficace la lutte contre les violences à l’égard des femmes, les Amazones de presse guinéenne préconisent une prise conscience collective et l’implication de tout le monde dans le combat. « Je vais demander à tous les Guinéens de s’impliquer parce que le problème des violences faites aux femmes concerne tout le monde. Aujourd’hui, c’est chez moi, demain ça sera chez un autre et ainsi de suite. Les gens pensent que ce n’est qu’un problème de femmes, mais toi homme, tu es grand frère, tu es père, tu es marié et tu es fils et ça peut arriver à ta sœur ou à ta mère, on ne le souhaite pas. Donc, prenons ce problème à bras le corps et luttons contre toute violence faite aux femmes », a lancé Aminata Pilimini Diallo.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com
Tél : 622 68 00 41

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