Moussa Yero Bah, journaliste et présidente de l’ONG F2DG-G

L’humanité a célébré hier, mercredi 25 novembre 2020, la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Une occasion de promouvoir des actions fortes visant à mettre fin à toutes les formes de violences dont sont victimes les femmes dans le monde. En marge de cette journée, un journaliste de Guineematin.com est allé à la rencontre de Moussa Yéro Bah, présidente de l’ONG Femme développement et Droits Humains en Guinée (F2DH-G).

Dans cet entretien, la journaliste et activiste des droits des femmes a rappelé la nécessité de poursuivre sans relâche le combat contre les violences à l’égard des femmes, tout en exhortant les victimes à ne pas garder le silence.

Décryptage !

Guineematin.com : aujourd’hui, c’est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Vous êtes activiste des droits des femmes et présidente de l’ONG F2DH-G, quel regard portez-vous sur la situation des femmes en Guinée, notamment en ce qui concerne le respect de leurs droits ?

Moussa Yéro Bah : d’abord, il faut replanter le décor par rapport à la journée. C’est une journée à l’occasion de laquelle il faut s’arrêter, faire une pause sur les questions des droits des femmes. Parce que comme elle a été adoptée en 1993 par l’Assemblée générale des Nations Unies, c’est la journée de l’élimination de toutes les formes de violence à l’égard des femmes. Et, la Guinée ne fait pas exception. Nous vivons des cas de violences extrêmes ici, des violences de tous ordres, notamment des violences physiques, des violences sexuelles, des violences psychologiques. C’est ce qui fait que notre combat par rapport à cette journée n’a pas commencé aujourd’hui.

Depuis 2015, nous nous battons. Et chaque 25 novembre, nous faisons le point pour savoir ce qui a marché pendant l’année précédente, qu’est-ce qu’il faut mettre en avant, qu’est-ce qu’on a pu éliminer comme tâche noire sur la question des droits des femmes, sur quel autre point il faut mettre le focus. Mais, nous remarquons qu’avec le travail des activistes, beaucoup de cas sont dénoncés. Aujourd’hui, en Guinée, on parle même de féminisme. Avant, on n’en parlait pas pratiquement. Il y a des femmes qui tombaient sous le coup de leur conjoint, on n’en parlait pas. Mais là, en l’espace d’un mois, on a eu deux femmes qui ont été tuées par leurs époux en Guinée. Elles ont été battues et mort s’en est suivie.

Et, le combat des activistes aujourd’hui, c’est justement d’arrêter cela. Dans la journée d’hier seulement, on a eu deux cas de viols : un cas à Mali Yembering où une jeune fille de 15 ans a subi un cas de viol collectif par cinq jeunes gens. C’est pour vous dire jusqu’où on peut pousser le cynisme dans le cadre des violences faites aux femmes. Et donc, notre combat, c’est justement de faire en sorte que cela puisse s’arrêter.

Guineematin.com : quels sont les types de violences les plus récurrentes en Guinée et quels sont les facteurs qui les favorisent ?

Moussa Yéro Bah : on parle beaucoup des violences conjugales, et des viols sur mineures ici. Quand même, les gens ont pu briser la glace à travers les sensibilisations que nous faisons. Nous sensibilisons les gens à se prendre en charge, à ne pas se taire sur les cas d’abus sexuels que ces personnes subissent, surtout les viols sur mineures. Mais, il y a d’autres cas d’agressions dont on parle rarement, ce sont les violences phycologiques. Ces personnes vivent avec dans leurs foyers ou dans leurs familles. Ça détruit beaucoup plus que les agressions physiques qui sont visibles. Vous humiliez une personne, vous faites en sorte qu’elle ne se considère même pas comme une personne capable de s’assumer.

Mais en plus, il y a aussi des violences économiques qu’on fait subir les femmes, notamment en les empêchant de travailler, en les empêchant d’être indépendantes. Il y en a pratiquement qui disent à la femme, moi je te paie pour que tu restes à la maison pour simplement me faire des enfants. Alors que le travail, c’est juste une question de développement personnel. La femme a aussi besoin de sortir pour travailler, gagner sa propre cheffe, accompagner son mari dans la gestion du foyer. Parce qu’elle a besoin un jour d’acheter des cadeaux pour ses enfants ou ses parents. Donc, il faut laisser les femmes travailler et gagner leur vie.

Guineematin.com : depuis plusieurs années, le gouvernement, les partenaires de la Guinée et les ONG de défense des droits de l’homme mènent ensemble la lutte contre les violences à l’égard des femmes. Pourquoi selon vous, on n’arrive toujours pas à atteindre l’objectif visé ?

Moussa Yero Bah, journaliste et présidente de l’ONG F2DG-G

Moussa Yéro Bah : c’est des faits de société, nous vivons avec. Les vols ont commencé depuis que l’homme est né. Est-ce qu’on s’en est débarrassé ? Les crimes, nous vivons avec depuis le début de l’humanité. Mais, on n’arrive pas à se débarrasser de ces faits de société parce que ce sont des faits pratiqués par l’homme. Ce qu’on peut réussir à faire par contre, c’est de faire en sorte que les gens sachent qu’en commettant ces crimes, ils peuvent être arrêtés, jugés et condamnés. Ils peuvent perdre leur liberté, tout comme ils peuvent perdre leur vie en prison parfois.

Parce que quand vous prenez les cas de viols, selon le code pénal guinéen, l’auteur d’un viol peut passer de 5 à 10 ou de 15 à 20 ans prison, ça dépend de la gravité du viol. D’ailleurs, on peut écoper de la réclusion criminelle à perpétuité quand le crime est commis sur une mineure ou quand le viol est suivi de mort. Donc, il faut que les gens sachent que le combat que nous menons ne peut pas s’arrêter d’un coup. Ça se passe un peu partout dans le monde. Par exemple, en 2019, on parle de 243 millions de femmes et de filles qui ont subi des cas d’agressions de la part de leur conjoint dans le monde. Dans le monde, une femme sur quatre a été victime d’agression.

C’est propre à l’humanité, c’est des faits de société qui se passent un peu partout dans le monde. La différence, c’est qu’ici, il y a des pesanteurs socioculturelles qui amènent parfois les victimes à renoncer à porter plainte. On leur dit non, si tu déposes plainte, les gens vont en parler et on va pointer notre famille du doigt. Alors que ce n’est pas la victime qui devrait avoir honte, mais c’est plutôt l’auteur qu’on devait pointer du doigt, arrêter, juger et condamner. Donc, ce n’est pas un combat en un seul jour. C’est un combat de tous les jours.

Guineematin.com : qu’est-ce qui doit être fait pour rendre plus efficace cette lutte ?

Moussa Yéro Bah : pour y arriver, il faudrait qu’on arrête l’impunité, qu’on arrête les auteurs, qu’on les juge et qu’on les condamne. Il faut qu’on donne des exemples. Qu’on arrête de dire que la femme par exemple qui va porter plainte contre son mari ne sera pas bénie. Est-ce qu’il faut encourager les gens à tuer les gens ou les encourager à se baser sur la tradition ou la religion ? Lorsqu’on prend l’islam, c’est une religion qui prône la paix, l’islam respecte la femme. Mais à cause du système patriarcal, on réduit la femme à rien. Et, pour que ça s’arrête, il faudrait que la loi s’applique.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin