Quel bilan faut-il tirer de la journée ville-morte appelée par l’UFDG et l’ANAD ce jeudi, 3 décembre 2020, à Conakry ? Un journaliste de Guineematin.com a posé la question au président de l’Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement (UGDD) et membre de l’Alliance Nationale pour l’Alternance et la Démocratie (ANAD). Pépé Francis Haba, qui a accordé un entretien à notre rédaction ce jeudi soir, parle d’un bilan globalement positif.

Selon l’opposant, les habitants de la capitale guinéenne ont bien répondu à l’appel de Cellou Dalein Diallo et ses alliés.

Décryptage !

Guineematin.com : l’UFDG et l’ANAD ont appelé à une journée ville-morte ce jeudi, à Conakry, pour exiger la libération des opposants incarcérés. Quel  bilan tirez-vous à l’issue de cette journée ?

Pépé Francis Haba, président de l’Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement (UGDD)

Pépé Francis Haba : le bilan est globalement positif. C’est vrai qu’apparemment il y avait par-ci par-là des circulations, mais nos structures en place nous ont dit que globalement en tout cas, les militants ont bien voulu respecter le mot d’ordre de la ville morte.

Guineematin.com : les autorités guinéennes ont annoncé la date du 15 décembre 2020 pour l’investiture du président Alpha Condé pour un troisième mandat. Est-ce que vous ne pensez pas que votre combat visant la reconnaissance de la victoire de Cellou Dalein Diallo est perdu ?

Pépé Francis Haba : la politique est une course de fond, c’est une lutte de longue haleine. Nous sommes conscients que quand un Etat est impopulaire, quand un Chef d’Etat est illégitime comme le nôtre, il met tous les moyens à la disposition des forces de défense et de sécurité, il s’appuie sur l’administration, il s’appuie sur l’achat des consciences. Et cela dit, en tant que politiques et étant républicains, nous voudrions que notre pays ressemble au Ghana, nous voudrions que notre pays ressemble au Sénégal, nous voudrions qu’il y ait une véritable alternance en Guinée maintenant et dans les années qui suivent.

Donc, nous ne pouvons que continuer ce combat républicain. La constitution de 2010 et la constitution qui nous a été imposée en 2020 garantissent le droit de manifester, qui est reconnu aussi par les droits supranationaux. En tout cas, nous continuerons à nous battre et nous espérons qu’un jour, le peuple de Guinée connaîtra un Etat de droit, une justice, un développement harmonieux.

Guineematin.com : ça veut dire que même si l’investiture du président Alpha Condé a lieu le 15 décembre, vous n’allez pas arrêter vos mouvements de protestation ?

Pépé Francis Haba, président de l’Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement (UGDD)

Pépé Francis Haba : je pense que non. Ce qui se passe en Guinée est inédit. On a une Assemblée nationale qui est complètement illégitime. Souvenez-vous des conditions dans lesquelles cette Assemblée nationale a été installée. Et donc, cette Assemblée nationale ternit l’image de notre pays, ça augmente le risque pays et ce sont les populations qui continuent à en souffrir. Je pense qu’il faut continuer à lutter jusqu’à ce qu’on ait une Assemblée nationale qui représente l’ensemble des populations du pays, qu’on ait un régime qui soit légitime. Et ce combat-là, nous le continuerons. Nous nous sommes battus pour qu’il n’y ait pas de nouvelle constitution. La constitution nous a été imposée. Nous avons gagné les élections dans les urnes, Elhadj Mamadou Cellou Dalein Diallo a été élu.

Malheureusement, on nous a confisqué notre victoire à travers l’armée, à travers l’administration, et à travers tous les outils qu’un despote peut avoir à sa disposition pour opprimer son peuple pour se maintenir au pouvoir. Maintenant, nous allons continuer à lutter. Ceux ayant le pouvoir, la masse financière du pays, ils feront tout pour continuer à nous diriger. Et donc, c’est à nous de nous battre de façon à rééquilibrer les rapports de forces. Mais tant que les rapports de forces ne sont pas un jour rééquilibrés, ça va être compliqué pour l’opposition de déloger le professeur Alpha Condé.

Guineematin.com : dans une interview qu’il a accordée à la chaîne russe RT France, Cellou Dalein Diallo a dit qu’il n’est pas exclu qu’il soit candidat à la présidentielle de 2026. En tant que leader politique allié de l’UFDG, comment avez-vous accueilli cette sortie ?

Pépé Francis Haba : vous savez, la politique est comme l’art, elle est comme la musique. A mesure qu’on la pratique, à mesure on acquiert de l’expérience et on a envie de continuer ce combat-là. Même si je ne suis pas à l’intérieur de l’UFDG, pour moi, tant qu’un leader politique est légitime, tant qu’il y a des règles de démocratie à l’interne d’une formation politique permettant à ce leader de se présenter plusieurs fois à une élection, je ne vois pas pourquoi le leader ne continuerait pas à se présenter aux élections.

Mais, s’il n’y a pas les outils démocratiques un peu comme ce qu’on a dans les pays développés ou au sein de certaines formations politiques comme l’UGDD, (parce que chez nous, le président n’est pas d’office candidat, le candidat est choisi par un  consensus), il n’y a qu’un président qui est considéré comme un demi Dieu, qui est guide, qui est l’Alpha et l’Omega, c’est compliqué. A u

n moment donné, ça devient un peu compliqué et je pense que c’est à ces partis-là de s’organiser à ce qu’il y ait des outils de démocratie, de choix de leurs représentants à l’interne.

Guineematin.com : au niveau de l’UGDD, quels seront vos défis dans les mois à venir ?

Pépé Francis Haba : nous venons de sortir d’une élection présidentielle. L’UGDD est membre fondateur de l’UNAD, qui est une coalition qui avait pour objectif de présenter une candidature commune. J’avais été investi par mon parti comme candidat avec celui de l’UDRP. Le doyen Edouard Zotomou Kpghomou avait été investi, nous avions privilégié sa candidature. Et donc, au sein de l’UNAD, tout le monde l’avait soutenu. Et lorsque sa candidature avait été recalée, l’UGDD est restée en cohérence. Les fédérations, les sections, tout le monde a dit de soutenir le candidat de l’opposition avec lequel nous nous sommes battus au sein du FNDC et au sein de l’opposition républicaine.

Au niveau de l’UGDD, chaque trois mois, chaque six mois, les cadres du parti, élargis aux fédérations, nous nous retrouvons pour essayer de faire le point de la situation. Nous regardons dans le rétroviseur et on regarde à l’avenir ce que nous allons faire. Cela veut dire que dans un proche avenir, courant janvier certainement, nous allons faire une réunion importante pour voir sur quel pied nous continuerons de danser. Est-ce que nous allons par exemple continuer à réclamer la victoire de son Excellence le président élu Elhadj Mamadou Cellou Dalein Diallo ? Est-ce que nous allons nous orienter autrement ? Je pense que ces questions-là seront traitées et les réponses seront portées aux journalistes et au public.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

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