Kollet (Tougué) : 53 villages appuyés par l’Unicef Guinée décident d’abandonner l’excision et les mariages d’enfants

La nouvelle maison des jeunes de Kollet, commune de convergence située à 18 km du chef-lieu de la préfecture de Tougué a abrité, mercredi, 23 décembre 2020, une cérémonie solennelle de déclaration commune publique relayée sur les antennes de la radio rurale locale de la préfecture et à travers laquelle 53 villages appuyés par l’Unicef Guinée dans les districts de Kollet Centre, Mosquée, Dabalaya, Niéniéméré, Fello Kollet, Kirfi, Demouko, Faghan, Kabary, Dara et Douroun Fello se sont engagés à ne plus pratiquer l’excision et les mariages d’enfants dans leurs différents terroirs, rapporte un correspondant de Guineematin.com en Moyenne Guinée.

Organisée par les autorités communales, en partenariat avec les structures locales de protection de l’enfance, cette cérémonie était présidée par le directeur de cabinet du gouvernorat de Labé, Ouremba Traoré en qualité de représentant du gouverneur de région, Elhadj Madifing Diané empêché. Il était entouré pour la circonstance du préfet de Tougué, Elhadj Amadou Oury Kaba.

Ouremba Traoré, Directeur de cabinet du gouvernorat de Labé

On notait aussi à la tribune officielle, la présence remarquable de plusieurs autres cadres des services déconcentrés de l’administration guinéenne dont le Juge de Paix, Souleymane Kouyaté, le sous-préfet de Popodara, dans la préfecture de Labé, Aly Konaté venu avec la délégation du gouvernorat et de l’inspectrice régionale de l’Action Sociale, de la Promotion féminine et de l’Enfance, madame Barry Fatoumata Diakité. Sans oublier l’administrateur chargé de la protection de l’enfant auprès du bureau de l’Unicef de Labé.

Dans son allocution de bienvenue, le maire de la commune de convergence de Kollet, Ibrahima Kaba Bah a tenu à rappeler l’appui sans cesse croissant, grâce à la coopération internationale, que l’Unicef accorde à sa collectivité rurale dans le cadre justement de la protection de l’enfant « qui s’évalue à 167 millions 395 mille francs guinéens, soit 4 requêtes financées pour les années 2019 et 2020 ».

Le chef de l’exécutif communal de Kollet a, en outre, remercié vivement l’Inspection Régional de l’Action Sociale, l’équipe Unicef de Labé à travers « notre valeureuse marraine », madame la cheffe du bureau régional de l’institution, Madina ATHIE « pour leurs appuis de qualité en faveur de notre commune. Nos remerciements vont également à l’endroit de son Excellence le Professeur Alpha Condé, chef de l’Etat pour son attachement à la coopération décentralisée ».

Par cette déclaration solennelle, « les populations de la Commune de Kollet s’engagent librement et résolument à abandonner ces pratiques traditionnelles dont elles ont perçu les conséquences néfastes sur la santé de la reproduction chez les jeunes filles et sur la stabilité des foyers », a ajouté le préfet de Tougué, Elhadj Amadou Oury Kaba.

Après cette communication du préfet de la localité, plusieurs autres citoyens dont le porte-parole des jeunes, la représentante des femmes leaders, un notable, un homme modèle, etc. se sont succédés au micro pour apporter, chacun dans son style de communication, leurs témoignages poignants sur ce qui a retenu leurs attentions au point d’opter résolument pour l’abandon de l’excision et des mariages d’enfants.

Ibrahima Bori Baldé, travailleur Social de Kollet

Le travailleur social, Ibrahima Bory Baldé, lui, a utilisé le temps qui lui était imparti pour revenir largement sur les activités de sensibilisation, de causeries éducatives, de dialogues communautaires et de visites à domicile réalisées sur le terrain par les différentes structures locales de protection de l’enfant.

Selon cet orateur, toutes les activités déroulées sur le terrain pendant ces deux dernières années ont porté sur « la violence basée sur le genre, les mariages d’enfants ou précoces, les mutilations génitales féminines, l’exploitation des enfants, la négligence, l’abandon, la mobilité, les bastonnades, la discrimination, le non enregistrement des naissances, la non scolarisation des enfants, l’exclusion des enfants handicapés, l’utilisation de la main d’œuvre infantile, la traite des enfants et les viols ».

Ainsi, grâce à l’appui de l’Unicef, « nous avons pu atteindre 2035 personnes touchées sur les points cités plus haut soient 1108 femmes et 851 hommes dans le dernier trimestre de 2020, répartis entre les tranches d’âges de 12 à 15 ans jusqu’à 40 ans et plus. Il est aussi à préciser que ces activités ont permis à certains villages de se préparer à l’abandon des mutilations génitales féminines et des mariages précoces », a indiqué le travailleur social de Kollet.

Il a été signalé également à l’assistance que 3 mariages d’enfants ont été empêchés, grâce à la vigilance des organes de protection installés dans la localité.

« Pour terminer, les structures du SYPEG de notre commune s’engagent à redoubler d’efforts pour créer à nos enfants et adolescentes un monde d’épanouissement où il fait bon vivre. C’est l’occasion de louer et de saluer l’appui de l’Unicef dont nous bénéficions, en sollicitant la prise en charge de trois (3) autres CLEF et 31 CVPE », a-t-il conclu.

Prenant la parole à son tour au nom de son cheffe de bureau, madame Madina Athié et du représentant de l’Unicef en Guinée, Pierre N’GOM, Fassou Isidore Lama, administrateur chargé de la protection de l’enfant au bureau de l’Unicef de Labé a déclaré que ce processus qui a abouti à la déclaration publique de Kollet n’est pas la finalité de la protection de l’enfant.

« Il est certes le couronnement d’un travail d’engagement communautaire, mais il reste le départ d’un nouveau pacte social dans les 53 communautés qui consiste non seulement à ne plus faire ces pratiques sur les sols de ces villages mais aussi à ne pas permettre de déplacer les enfants pour aller les faire exciser ou marier ailleurs grâce au mécanisme de surveillance communautaire et d’alerte précoce qui sera mis en place dans chacune de ces communautés sous l’accompagnement des autorités communales et préfectorales ».

C’est à ce stade de son propos que le représentant de l’Unicef à la cérémonie de Kollet, dans la préfecture de Tougué a remercié tous ceux qui se sont engagés dans ce processus dès le départ et qui sont l’émanation des différentes couches sociales dont « les femmes mentors qui jouent les rôles d’accompagnement des jeunes filles jusqu’à leurs mariages sans qu’elles ne soient mariées et protégées contre l’excision ; les hommes modèles dont parfois des imams convaincus que l’excision n’est pas une exigence religieuse ; les enfants et jeunes eux-mêmes qui sont de bons vecteurs de changement et qui apprennent à se protéger elles-mêmes ; les autorités pour qu’elles soutiennent les décisions prises ».

Dans la déclaration proprement dite, signée du maire de la commune rurale, visée par le sous-préfet de la localité et approuvée par le préfet de Tougué, les 53 communautés villageoises de Kollet se sont engagés à « appuyer toute synergie en faveur de protection de l’enfant dans nos différents villages, protéger 100% des filles non excisées et non mariées, dénoncer toute tentative d’excision et/ou de mariage de filles avant 18 ans requis à travers un mécanisme de surveillance communautaire, veiller à l’interdiction de la médicalisation de l’excision, appuyer l’enregistrement de nos enfants dès leur naissance, leur scolarisation et maintien à l’école ainsi qu’à l’appui à la réussite des campagnes de vaccination ».

A cela, il faut ajouter « progressivement, scolariser 100% de nos enfants en général, des filles en particulier afin de les protéger des mariages d’enfants, veiller à la prise en compte de la protection dans le plan de développement local (PDL) de notre localité ».

Souleymane Kouyaté, Juge de paix de Tougué

Le Juge de paix de Tougué, Souleymane Kouyaté a mis l’occasion à profit pour expliquer à l’auditoire les dispositions du code pénal et celles du nouveau code de l’enfant relatives aux sanctions prévues contre ceux qui se rendraient coupables ou complices de la pratique de l’excision en Guinée. Ce magistrat a évoqué des peines de prison ferme allant de 3 mois à 10 ans, selon la gravité du délit ou crime commis sur la victime.

Avant de lever la séance, le directeur de cabinet du gouvernorat de Labé, Ouremba Traoré a félicité et encouragé les 53 communautés concernées qui ont pris la ferme décision d’abandonner la pratique de l’excision et des mariages d’enfants dans la commune rurale de Kollet. Pour convaincre de la justesse de l’option, le représentant du gouverneur de la région administrative s’est exercé à énumérer et commenter des cas pratiques de conséquences néfastes des MGF et ME.

Depuis Labé, Idrissa Sampiring DIALLO pour Guineematin.com

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