Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Comme tu as dû l’apprendre, le pouvoir illégal et illégitime m’a empêché de quitter mon pays. Cette mesure, qui n’est basée sur aucune décision de justice, n’a d’autres objectifs que d’accentuer la pression sur moi afin que je renonce à ma victoire. Peine perdue. Car rien ne me fera renoncer à la légitimité populaire que mon peuple m’a accordée.

Dans tous les cas, je suis loin d’être le seul citoyen de ce pays empêché de prendre l’avion ces derniers temps. L’autre opposant, qui a fait la navette entre le pouvoir et l’opposition ces dernières années, a lui-même été empêché de prendre l’avion. Récemment un de ses lieutenants a subi le même sort avant d’avoir plus de chance que moi. Finalement, il avait obtenu une autorisation de partir.

Mais il n’y a pas que les hommes politiques qui sont victimes de ces mesures liberticides. Peu avant moi, c’est un artiste qui a été victime de la même dérive. C’est autant te dire qu’il n’y a pas de grande différence entre les responsables de mon parti en détention et les 12 millions d’habitants de mon pays. Lequel pays est en passe de devenir une vaste prison à ciel ouvert. Concrétisant ainsi, une fois n’est pas coutume, la promesse de lui qui m’a volé ma victoire de reprendre notre pays là où l’autre l’avait laissé.

Pour être tout à fait franc avec toi mon ami, c’est moins le pouvoir d’un octogénaire autocratique qui constitue une menace pour la liberté dans mon pays. C’est plutôt la résignation et la soumission de ses habitants. Imagine qu’à l’exception de deux hommes politiques, la classe politique et la société civile ont gardé un silence de cimetière après mon refoulement à l’aéroport. Chacun se disant que cela ne concerne que l’autre. Et pas lui. Alors que c’est justement cette indifférence coupable qui permet au pouvoir d’avoir un droit de vie et de mort sur nous tous.

Pire, d’autres soi-disant opposants ont même trouvé que c’était peu pour moi. Au lieu de dénoncer l’attitude du pouvoir, ils s’en prennent à moi. L’un me fait un procès en disant que je ne dispose pas de preuves d’avoir remporté la présidentielle. L’autre qui rêve d’être le chef de l’opposition avec quatre élus au fameux parlement – que mes compatriotes qualifient de Covid-19 -, me prend pour son adversaire. A titre de comparaison, je fus le chef de l’opposition au parlement avec 37 élus, y compris bien évidemment ceux de mon allié.

Au regard de la situation que je viens de te décrire, tu te rendras compte que mon pays est une exception dans le petit village planétaire. Aucune science politique ne peut cerner avec certitude la politique dans mon pays. Figure-toi que ce pays est l’unique au monde où il y a une opposition qui s’oppose à l’opposition. Ces dix dernières années, j’ai vu de toutes les couleurs. Plus un soi-disant opposant est capable de me trainer dans la boue, plus il a la chance de voir les portes du palais s’ouvrier pour lui.

Ici, celui qui veut obtenir une nomination n’a pas besoin de faire preuve de compétences et de patriotisme. Il suffit de savoir malmener celui qui donne de soucis au locataire du palais. Et bien évidemment je ne t’apprends rien en te disant que, par la force des choses, je suis devenu le nouvel opposant historique à la place de l’opposant historique dont l’histoire retiendra qu’il est pire que celui qu’il a toujours combattu et vilipendé sur tous les toits.
Revenons un peu à mes déboires. C’est-à-dire mon emprisonnement dans la désormais vaste prison qu’est devenu mon pays. Cette restriction de ma liberté d’aller et de venir n’a d’autres objectifs que d’obtenir ma capitulation. Laquelle consisterait à reconnaitre le hold-up électoral. Mais je compte maintenir la pression.

D’autant plus que les responsables de mon parti sont en prison. Quand il sera question de négociations, il va falloir céder sur une chose.

En attendant, et au regard des dérives autoritaires dont nous sommes victimes, je souhaite que tu t’impliques davantage dans la sensibilisation des gouvernements, des élus et des défenseurs des droits de l’homme en général dans ton pays. Voire tout sur tout le vieux continent. Si vous fermez les yeux devant ce qui se passe dans mon pays, et surtout ce qui se profile à l’horizon, je te parie que nous ne sommes plus loin de la situation des années 70. C’est tout dire pour toi qui connais bien l’histoire douloureuse de ce pays.

Pour terminer, je souhaite qu’il soit mis en place un vaste lobby à l’échelle continentale et plus particulièrement dans la patrie des droits de l’homme. L’objectif est d’éviter à mon pays de revivre ce qu’il a vécu il y a quelques décennies. Pour conjuguer nos efforts, je viendrai dès qu’il me sera permis de quitter le pays.

En attendant il serait souhaitable que ton pays adresse un message fort à celui qui m’a volé ma victoire afin que, une fois pour toutes, il arrête les dérives qu’il a commencées.

Te souhaitant bonne année, je te dis à bientôt.

Ton ami, que les gens qualifient à tort d’opposant et qui se considère comme président.

Habib Yembering Diallo

Téléphone : 664 27 27 47

Toute ressemblance entre cette histoire et une autre n’est que pure coïncidence.

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