On s’achemine vers des journées sans tricycles à Conakry. Ces motos à trois roues, capables de transporter jusqu’à quatre personnes (en plus du conducteur) et qui arpentent chaque jour les artères principales de la capitale guinéenne s’éclipsent de la circulation. Et, pour cause, leurs conducteurs ont entamé ce jeudi, 07 janvier 2021, une grève d’une semaine pour dénoncer les tracasseries policières dont ils sont victimes au quotidien à Conakry, a constaté un reporter de Guineematin.

Depuis quelques temps, les tricycles sont un moyen de transports favoris de plusieurs habitants de la capitale guinéenne. Car, ces motos à trois roues (tout comme les engins à deux roues), permettent d’éviter aux usagers les embouteillages monstres qui se forment pendant les heures de pointe sur les routes de Conakry. Ils peuvent facilement se faufiler entre deux véhicules et peuvent accélérer comme des motos à deux roues.

Aujourd’hui, plusieurs jeunes diplômés sans emploi et des hommes de métier en difficulté se sont convertis en conducteur de ces fameux et très prisés tricycles dans l’espoir de pouvoir joindre les deux bouts. Plus qu’une banale activité, conduire un tricycle est devenu un métier.

Cependant, se retrouver au guidon d’un tricycle, c’est aussi faire face aux tracasseries policières. A tout bout de champ, à chaque coin de rue et carrefour de la ville, les conducteurs de tricycle sont confrontés à des policiers assoiffés d’argent et qui n’ont que faire des papiers de la moto qu’on leur présente. « Tu penses que ce sont ces papiers qu’on mange », disent souvent ces policiers véreux.

C’est donc pour protester contre cette injustice, à la spoliation, aux abus, voire même au mépris dont ils sont victimes que les conducteurs des tricycles ont entamé ce jeudi une grève d’une semaine à Conakry.

Soultan Mara, diplômé et conducteur de tricycle

« Les problèmes sont énormes. C’est une amertume, une colère qu’on veut exprimer. Tous ces tricycles, ce sont des diplômés qui les conduisent. Mais, si on est là aujourd’hui, c’est pour pouvoir subvenir à nos besoins. La route est tellement restreinte qu’on est condamnés à rouler au milieu pour amener nos mamans, nos frères et sœurs à temps parce que s’ils ont choisi ces tricycles pour éviter les embouteillages et arriver à temps dans leurs lieux de service. Alors, nous sommes là pour dénoncer ce qu’on est en train de subir au niveau de la police routière qui ignore les papiers qu’on a pour nous conduire à la fourrière où on nous verbalise 300 000 francs. Et, pourtant, sur le reçu qu’on vous donne, vous verrez que c’est mentionné 110 000 francs. Donc, on n’en a marre de tout ça ! C’est pourquoi on a déclenché une grève d’une semaine pour qu’on soit entendu », a expliqué Soultan Mara, diplômé et conducteur de tricycle.

Pour cet autre gréviste, Jogbella Jean Pierre, les policiers ne cherchent qu’à faire fortune sur le dos des pauvres conducteurs des tricycles. Car, même les agents de la CMIS (qui relève de la lutte contre la criminalité) fait des recettes de ces jeunes débrouillards leur bourse d’entretien.

Jogbela Jean Pierre, conducteur de tricycle

« Nous cherchons notre quotidien en nous fixant des objectifs. Maintenant, s’il y a des personnes qui nous empêchent d’atteindre ces objectifs, ce sont les policiers. Ils nous gênent beaucoup dans la circulation. C’est pourquoi, on s’est décidé de lancer cette grève pour que l’État arrive à comprendre notre situation. Au niveau de l’axe T7, Lambanyi jusqu’à Madina, nous avons facilité le déplacement des citoyens ; et, tout le monde se réjouit de ça. Mais, aujourd’hui, les policiers cherchent leur quotidien sur nous. Même les agents de la CMIS nous tracassent. Alors, l’État doit se bouger pour nous aider », a dénoncé Jean Pierre.

A en croire Mohamed Kourouma, cette manifestation de colère n’est que la première étape de leur protestation. Car, si les autorités compétentes n’interviennent pas pour mettre fin à cette injustice, les conducteurs des tricycles battront le pavé pour se faire entendre.

Mohamed Kourouma, conducteur de tricycle

« Tous ceux qui travaillent avec ces tricycles, ce sont des personnes diplômés et des hommes de métiers. Non seulement l’État n’emploie pas la jeunesse, mais les policiers qui sont employés par l’État et qui sont payés à la fin de chaque mois, qu’ils travaillent ou pas, ne nous laissent pas travailler. Que les policiers arrêtent de nous voler. Tous les reçus que l’État délivre, c’est écrit infraction 40.000 francs. Mais, quand la police envoie ta moto à la fourrière, on te taxe jusqu’à 700.000 francs. Donc, cette grève, c’est tout simplement un avertissement ; mais, demain, s’ils n’accèdent pas à nos requêtes, nous allons sortir pour manifester… Si tu gagnes beaucoup pendant la journée, c’est jusqu’à 100 000 francs. Donc, chaque jour, quand tu enlèves 40 000 francs ou 50 000 francs à la police, tu vas manger quoi ? Et, c’est devenu un quotidien maintenant. Chaque jour, il faut donner à la police et tous ces tricycles sont victimes », a dit Mohamed Kourouma.

Pour Ibrahima Diallo, un autre conducteur de tricycle, il est temps que les policiers fassent leur travail et qu’ils arrêtent d’arnaquer les usagers de la route.

Ibrahima Diallo, conducteur de tricycle

« Nous (les conducteurs de tricycles), on travaille ici parce qu’on est conscient que le gouvernement ne peut pas employer tout le monde. Mais, le souci, tu peux sortir et travailler jusqu’à 13 heures et un pick-up de la police vient te faire descendre de ta moto banalement comme ça, sans que tu ne sois en infraction. Et, si on t’arrête, la première des choses qu’on demande, c’est de donner l’argent. Si tu refuses, on demande les papiers ; et, quand tu leur donnes les papiers, on n’envoie ta moto à la fourrière pour que tu ailles payer jusqu’à 300 000 francs ou 700 000 francs. Maintenant, tu peux travailler jusqu’au soir sans rien ; alors que tuas une recette à déposer à ton patron. Lui, il ne va pas croire si tu lui dis que la police t’a arrêté et qu’on t’a soutiré de l’argent. Donc, nous disons aux policiers d’arrêter de prendre un pick-up et nous poursuivre en pleine circulation », a indiqué Ibrahima Diallo.

Ismaël Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 624 69 33 33

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