Souleymane Condé, président du mouvement “la Diversité Républicaine de Guinée” et ancien coordinateur du FNDC-USA

Les procès contre les pro-démocraties se suivent et se ressemblent en Guinée. Deux jours après la comparution d’Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, au tribunal de Mafaco, et à 24 heures du verdict qui le situera sur son sort, ce fut le tour d’un autre contestataire du troisième mandat de connaitre le sien. En l’occurrence Souleymane Condé. Cette fois à Dixinn. Là même où, contre toute attente, un juge avait été l’exception qui confirme la règle en prononçant la relaxe pure et simple en faveur d’un autre opposant. Mais l’histoire ne s’est pas répétée hier, mercredi 13 janvier 2021.

Le procès de Souleymane Condé constitue tout un symbole. Voilà un jeune qui aurait pu, comme beaucoup d’autres, battre campagne en faveur du troisième mandat. Pour non seulement se remplir les poches mais aussi obtenir une nomination dans la nouvelle administration RPG. Ou tout au moins rester à l’extérieur où il était et observait la situation dans son pays. Mais, en revenant au pays, il a pris des risques.

Il a choisi le respect de la loi. Celle-là qui avait permis à la Guinée de sortir la tête de l’eau en 2010. C’est au nom de ces valeurs, de la démocratie et de l’Etat de droit que ce jeune a résisté contre toutes les pressions. A la fois familiales, communautaires et même religieuses pour s’opposer énergiquement au changement de la constitution. En outre, de par son patronyme, il a ôté tout caractère ethnique et régionaliste au combat politique. Tout un symbole.

Quitter certains pays pour se retrouver en Guinée même en liberté peut ressembler parfois à une prison. A plus forte raison se retrouver dans une prison guinéenne. Or, c’est à cette odyssée que Souleymane Condé est confronté. Mais, l’homme serait serein. Avouant même être heureux d’avoir été un prisonnier politique. Preuve, s’il en était besoin, que les convictions sont plus fortes que les souffrances physiques. Elles peuvent même atténuer ces souffrances.

C’est autant dire que, malgré l’épreuve, Souleymane Condé sortira gagnant de cette traversée du désert. A condition toutefois qu’il ne subisse pas le sort réservé à Roger Bamba. Même si certains estiment que même le sort de Roger peut être enviable. Parce que, mort en martyr, il a fait don de soi pour son pays. Ce qui n’est pas donné à n’importe qui.

Comme indiqué plus haut, Souleymane Condé a pris un risque en décidant de rentrer au pays alors qu’il savait être dans la ligne de mire du pouvoir. Mais, c’est dans des occasions pareilles que les hommes montrent leur véritable personnalité. Un jeune qui a pris un tel risque est incontestablement un homme sur qui on peut compter demain. Jusqu’ici, nombre d’entre nous pouvait parier qu’aucun Guinéen ne prendrait un tel risque en se jetant dans la gueule du loup au nom de la liberté et de la démocratie.

Avec le cas Condé et celui de tous les autres contestataires du troisième mandat d’Alpha Condé, on se rend compte que si les raisons de désespérer de ce pays sont nombreuses, celles d’espérer ne le sont pas moins. Il y a quelques jours, un autre Guinéen, qui est aussi dans l’œil du cycle, a opposé une fin de non-recevoir à ceux qui le suppliaient de quitter ce pays pour sa sécurité. Il s’agit cette fois de Thierno Monenembo. Le célèbre écrivain a martelé qu’il ne quittera désormais la Guinée que pour deux raisons : participation à un colloque ou faire un bilan médical à l’étranger.

Voilà autant de raisons d’espérer. Parce qu’il y a aujourd’hui des Guinéens de toutes les régions qui sont prêts au sacrifice ultime pour que, enfin, la Guinée puisse réaliser le rêve qui fut le sien en 1958.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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