Un peu moins d’un mois après son investiture pour un troisième mandat, le pouvoir tente de nous présenter comme un premier mandat d’une quatrième République, Alpha Condé a confirmé Ibrahima Kassory Fofana, un des partisans et artisans du changement de la constitution de 2010 au poste de Premier ministre hier, vendredi 15 janvier 2021. Confirmant ainsi l’une de ses différences avec son prédécesseur et éternel adversaire politique, le général Lansana Conté. Contrairement à ce dernier, qui était une puissante machine à dénicher et promouvoir de nouveaux cadres, l’actuel numéro un guinéen, lui, garde très longtemps ses collaborateurs.

Ainsi, et comme une décision dictée par une superstition ancestrale, le poste de Premier ministre reste en Basse Guinée en général et à Forécariah en particulier. C’est une particularité. Kassory Fofana n’a pas mordu la poussière, comme on le disaient. Il n’aura pas regretté d’avoir fusionné son parti avec celui président. Le tandem Condé-Fofana continue son aventure. Une aventure qui aura au passage causé beaucoup de ravages. La constitution de mai 2010 a été emportée. Le Premier ministre préférant l’ordre à la loi a mis à rude épreuve les libertés publiques. Conakry et certaines villes de l’intérieur ont été militarisés. Bref, on peut dire sans risque de se tromper que c’est surtout à cause de Kassory qu’Alpha est de plus en plus détesté.

Mais, ignorant apparemment l’impact que cela ferait sur son image, le chef de l’Etat a déjoué tous les pronostics. Il a repoussé toutes les propositions qui lui ont été faites pour le choix d’un autre Premier ministre. Certains racontent par exemple que sur le plan économique, Kassory le tient aussi dans la gestion des mines. Notamment à Boké. Le troisième Premier ministre de Condé a également commandité plusieurs articles de presse et des sondages d’opinion sur mesure pour résister aux agitations de certains caciques du RPG et les ambitions d’autres « opposants ». Avec respectivement la publication d’un livre par l’ancien ministre Ibrahima Kalil Konaté, l’accusant de s’être acharné contre son actuel patron et les offres d’Ousmane Kaba d’accompagner le chef de l’Etat dans son nouveau slogan « gouverner autrement ».

La vente du fameux livre aurait été interrompue sur demande présidentielle. La sortie de cet ouvrage en ce moment précis était une coïncidence plutôt troublante pour certains observateurs. Si cette sortie avait pour objectif d’éliminer politiquement celui qui est perçu comme la variable incarnation de ceux qu’on appelle désormais au RPG les militants de la 25ème heure, eh bien cet objectif aura été un cuisant échec. Quant à Ousmane Kaba, ses marabouts auront été moins performants que ceux de Kassory Fofana. Il faut souligner qu’une période comme celle que nous venions de vivre –entre la proclamation des résultats de la présidentielle et la nomination du Premier ministre- est aux marabouts ce que la fête de Ramadan est aux couturiers.

Avec le maintien d’Ibrahima Kassory Fofana à la Primature, c’est aussi la continuité avec les querelles et autres mesquineries au sommet. A regarder de près, on se demande bien qui tirera son épingle du jeu dans cette équipe gouvernementale. Ceux qui étaient les concurrents potentiels du Premier ministre pourraient continuer à entretenir la lutte des clans. Parmi eux, le ministre secrétaire général à la présidence de la République, Naby Youssouf Bangoura et surtout la ministre du plan et du développement économique, Hadja Mama Kanny Diallo. La proximité de ces deux personnalistes avec le chef de l’Etat les met quelque peu au-dessus du Premier ministre. Lequel devra tenir compte de l’avis du président de la République dans la composition de la nouvelle équipe gouvernementale. Et, dans cette composition, chacun défendra les siens. Or, dans pareil cas, tout le monde est inquiet, sauf les protégés du chef de l’Etat.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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