Feu Mamadou Oury Barry et sa chère maman, madame Kadiatou Tounkara

Après plus de six mois d’emprisonnement sans jugement de Mamadou Oury Barry, le refus qu’on lui a opposé de le voir le jeudi dernier, lorsqu’on l’a annoncé gravement malade, et l’émotion suscitée par la mort de son fils unique le samedi dernier, madame Kadiatou Tounkara pleure à nouveau aujourd’hui ce qui s’apparente à une torture post-mortem infligée à son enfant à la « morgue carcérale » de Conakry ce lundi, 18 janvier 2021.

Alors que la famille de Garambé centre (située à 10 kilomètres du chef lieu de la préfecture de Labé) à Conakry et environs s’était mobilisée pour l’enterrement du fils unique de madame Kadiatou Tounkara ce lundi, à 14 heures, au cimetière de Démoudoula, les autorités judiciaires de la Guinée ont refusé de rendre le corps de Mamadou Oury Barry. C’est en tout cas, ce qu’a confié à Guineematin.com un membre de la délégation que la famille avait dépêchée à la maison centrale de Coronthie, la plus grande prison de la République de Guinée.

« Nous avons été informés avant-hier, vers 14 heures du décès de Mamadou Oury Barry. Nous sommes allés vérifier à la morgue et nous avons constaté que c’est effectivement son corps. Et, quand nous avons confirmé que c’est notre fils, ils nous ont demandé comment nous voulions procéder. Nous leur avons dit que nous voulons récupérer le corps et aller l’enterrer. Ils ont répondu que ce n’était pas possible ce jour ; mais, de repasser hier, dimanche. Quand nous sommes allés hier, ils nous ont demandé de payer 490 000 francs guinéens pour la préparation du corps. Nous avons alors versé 200 000 francs comme avance. Après la préparation du corps, les responsables de la morgue nous ont dit de rentrer et d’aller ce lundi à la Maison centrale pour avoir un document qui nous autorise de récupérer le corps.

Malheureusement, nous y sommes allés aujourd’hui comme prévu. Mais, les responsables de la maison centrale ont refusé. Ils nous ont expliqué que tout avait été préparé et signé; mais, que la maman de Mamadou Oury Barry aurait critiqué les autorités. On nous dit finalement qu’elle doit aller elle-même à la maison centrale pour s’excuser et se dédire. Nous sommes donc revenus sans le corps… », a expliqué un membre de la famille, qui a requis l’anonymat à la demande de ses proches qui craignent que ce dernier subisse, lui aussi les effets négatifs du rouleau compresseur de la justice.

« Les responsables de la Maison centrale ont d’ailleurs demandé à un policier qui nous accompagnait de venir dire à madame Kadiatou Tounkara d’aller démentir les journalistes, si elle veut récupérer le corps de son fils. Sinon, le corps ne sera pas rendu… », a ajouté notre interlocuteur.

Joint au téléphone par Guineematin.com, Sékou Kéïta, le responsable de la communication du ministère de la Justice, a dit que personne ne peut refuser le corps à la famille.

« Tout le monde sait que quand quelqu’un décède, le corps appartient à la famille. Aucun magistrat, aucun administrateur n’a le droit de dire qu’il ne va pas restituer le corps à sa famille », a-t-il indiqué, ajoutant tout de même qu’il y a une procédure à suivre pour récupérer le corps d’un prisonnier. « Quand il y a un décès, ce n’est pas comme ça qu’on va prendre le corps pour pouvoir le restituer. Il y a des procédures liées à la récupération du corps. Même pour quelqu’un qui est mort et qui n’était pas en détention, il y a une procédure administrative à suivre, à plus forte raison un détenu », a-t-il fait remarquer.

Ne comprenant que très peu des explications alambiquées des autorités judiciaires, la famille de Mamadou Oury Barry continue d’alterner pleurs et interrogations sur la « confiscation » du corps de cet accusé qui emporte à jamais les secrets de son arrestation et sa très longue détention sans jugement. On se couche aujourd’hui sans trop de sommeil, surtout que les causeries sont dominées par l’impossibilité de prier pour lui et l’accompagner à sa dernière demeure. Pour sa part, madame Kadiatou Tounkara, sa maman, passera aujourd’hui sa troisième nuit d’insomnie, doublée de colère face à une justice qui donne l’impression d’aller à un seul sens… Voir son enfant unique emprisonné pour des accusations douteuses fait mal, qu’on vous refuse de voir, même gravement malade est révoltant, apprendre qu’il en est mort est affligeant ; et, quand on vous exige d’aller vous plier en excuses pour récupérer le corps du seul enfant que Dieu vous a donné est sans doute loin de vous consoler…

A suivre !

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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