La réticence est grande à Gouécké, une sous-préfecture de N’Zérékoré (dans le Sud de la Guinée) où l’épidémie d’Ebola est réapparue récemment. Les habitants de la localité nient l’existence de la maladie chez eux, et refusent de se plier aux mesures prises par les autorités. Une situation qui risque de compliquer sérieusement la riposte engagée contre cette épidémie, a constaté un envoyé spécial de Guineematin.com sur place.

« C’est tout récemment qu’on a entendu dire qu’il y a Ebola à Gouécké. Mais moi, je ne suis pas d’accord avec ces paroles mensongères, auxquelles je ne crois pas du tout », déclare Jacques Noël Haba, un habitant de Gouécké. Ce citoyen refuse de changer ses habitudes au nom de la lutte contre le virus Ebola. Pour lui, le gouvernement guinéen est en train tout simplement d’instrumentaliser cette maladie pour avoir l’aide des partenaires techniques et financier.

« Si Ebola était là, nous l’aurions déjà su, parce que nous connaissons les dégâts humains que cette maladie laisse sur son passage. Mais ici, depuis le décès de la dame (l’infirmière) il y a près de 4 semaines, on n’a pas appris un autre décès ni même un cas de maladie dans sa famille. S’il y a eu des cas de morts, ce n’est pas à Gouécké centre ici, c’est peut-être hors de notre sous-préfecture. Donc si le gouvernement veut mentir pour avoir quelque chose, ils n’ont qu’à le faire, mais il n’y a pas Ebola ici », soutient M. Haba.

Et, cette position est largement partagée dans la sous-préfecture de Gouécké. Ne croyant pas du tout à la présence d’Ebola chez eux, les habitants de la localité ne respectent aucune mesure barrière. Même la fermeture du marché hebdomadaire de cette commune urbaine, annoncée par les autorités, n’a pas été respectée. Rencontré samedi dernier dans ce marché, Aimé Loua, élève au collège de Gouéké, dit ne pas comprendre pourquoi les autorités guinéennes veulent fermer ce marché alors qu’il n’est pas le seul endroit où Ebola pourrait se propager.

« Je suis venu au marché pour m’acheter un sac, mais j’ai trouvé que le prix est très élevé parce que le marché n’est pas rempli. Et, cela est dû à la décision du gouvernement de fermer notre marché hebdomadaire. Mais, pourquoi décider de fermer le marché et laisser les écoles ouvertes ? Ou bien c’est seulement au marché qu’Ebola peut se propager ? Dans les salles de classe, nous sommes assis à 3 par table-banc, mais il n’y a eu aucune contamination là-bas. On veut juste fatiguer nos parents qui sont là en train de souffrir pour nous nourrir. Donc nous demandons au président de nous laisser en paix, parce qu’il y a pas Ebola ici à Gouécké », a dit cet élève.

La campagne de vaccination compromise ?

Pour éviter le scénario de 2013-2015 (période pendant laquelle le virus Ebola avait fait plus de 2 500 morts en Guinée), les autorités misent cette fois sur la vaccination. Les premières doses de vaccins commandées par la Guinée doivent arriver ce lundi à Conakry pour que la vaccination puisse commencer demain, mardi 23 février 2021. Mais, cette opération risque d’être compliquée par la réticence de la population. A Gouécké, certains citoyens laissent entendre que les vaccins contre Ebola ne sont pas le bienvenu dans la localité.

« Ils ont dit qu’il y a maladie chez nous ici, mais c’est faux. Il n’y a pas maladie ici. Il ne faut pas qu’ils nous envoient des vaccins, parce qu’il n’y a pas Ébola ici. S’il y avait la maladie ici, on allait se faire vacciner. Mais, pourquoi on va vacciner des gens qui ne sont pas malades ? Vous voyez que notre marché est rempli, chacun vaque à ses occupations. On n’a pas vu un malade d’Ébola à Gouécké ici, donc nous n’avons pas besoin de leurs vaccins », a déclaré Oumar Soumaoro, un habitant de Gouécké.

De retour de Gouéké, Foromo Gbouo Lamah pour Guineematin.com

Tel : +224620166816/666890877

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